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L’évenement de La Salette, 1846

vendredi 14 juin 2019, par René Merle

René Merle – « Un regard sur l’Événement de La Salette (1846-1852) » [1]

Cf. mon étude linguistique :
"L’événement de la Salette et le patois"
Patois

Dans un roman récent, Gentil n’a qu’un œil [2], j’évoquais l’événement de La Salette , auquel j’avais en son temps consacré une étude sociolinguistique dans la revue Lengas. [René Merle, "1846, l’apparition de La Salette et le ’patois’ ", Lengas revue de sociolinguistique, 31-1992, pp.69-106.]. 

Un certain nombre de lecteurs de ce roman se sont étonnés, voire émus, de la vision qu’il proposait de La Salette en 1850. Cette réaction m’amène à préciser que, hormis le “miracle” dont bénéficie mon héros, miracle dont je laisse au lecteur éventuel le soin de préciser la nature, je n’ai rien inventé. La totalité de la documentation est fondée sur un travail d’archives [3].
C’est donc un bref rappel des faits que je propose aux lecteurs de Gavroche, en me limitant à la période initiale, qui va du jour de l’Apparition (19 septembre 1846) à la pose de la première pierre de la Basilique (mai 1852), période qui coïncide donc avec l’immense bouleversement de la Seconde République et ses prémices. Mon propos se limite à suivre la “fabrication” de l’événement, initialement inscrit dans un microcosme montagnard ignoré, à le situer dans le climat d’une époque, en focalisant sur deux données majeures : les retombées sociales et politiques du message marial, le statut complexe de la langue du peuple au regard de la langue nationale.
Mon propos est aussi de transmettre mon émotion devant le destin de ces deux petits dont le destin dévia en ce jour de septembre 1846 : la crasse humide du taudis, l’immensité des alpages, l’ignorance et le “patois”, à quoi pouvaient se borner leurs jours, laisseront place à l’école française, au séminaire que l’on quitte pour une vie chaotique et brisée de zouave pontifical puis bistrotier alcoolique, ou pour le couvent où la mystique délire.
La Salette-Fallavaux (Isère), 734 habitants au recensement de 1846, un bout du monde entouré d’un cirque de hauts sommets. Ce chapelet de hameaux est relié à Corps et au monde par quelques kms de mauvais chemin non carrossable, et près de 1000m de dénivellation. Corps (Isère), 1451 habitants en 1846, est un bourg-étape sur la route Grenoble-Gap, en limite des Hautes-Alpes. Cette montagne est pauvre et surpeuplée.
À la Salette, le dimanche 20 septembre 1846, le vieux curé Perrin, dans un prône assez incompréhensible aux auditeurs, évoque la rencontre miraculeuse faite la veille par deux jeunes bergers du hameau des Ablandens alors qu’ils gardaient les vaches dans les solitudes, à 1800 m d’altitude. Mélanie Mathieu (née en 1831), Maximin Giraud (né en 1835) sont deux enfants de Corps, comme beaucoup loués par leurs pauvres familles à des cultivateurs.
Selon l’enquête sur le travail agricole et industriel de 1848, la moitié à peine des propriétaires du canton de Corps savent quelque peu lire et écrire, la grande majorité des journaliers et ouvriers est illettrée. Les deux enfants appartiennent à cette partie la plus pauvre et la moins instruite de la population.
Mélanie, placée chez des paysans depuis l’âge de 10 ans, ne passe que les mois d’hiver chez elle : un taudis humide et sombre dans lequel couchent côte à côte les parents et les huit enfants. Le père journalier fait de tous métiers misère. Mélanie a mendié jusqu’à l’âge de 10 ans. Au moment de l’événement une des sœurs mendie encore.
Maximin est le quatrième enfant d’un pauvre charron. La mère est morte, la marâtre peu affectueuse. À onze ans Maximin n’a jamais fréquenté l’école. Son père vient de le placer pour quelques jours chez un paysan dont le berger est malade.
Rien dans ces deux familles ne pousse à la bigoterie. Le père Giraud est pilier de cabaret. Et Mélanie est née trois ans avant le mariage religieux de ses parents ! Le samedi soir Maximin annonce à son patron, Pierre Selme qu’une belle Dame leur a parlé sur la montagne. On interroge Mélanie, qui est allée soigner le bétail à l’étable de son employeur, Baptiste Pra. Elle confirme. On ne la prend pas au sérieux, mais la mère de Pra dit que peut-être la Dame était la Sainte Vierge. Le dimanche on envoie Mélanie chez le curé, qui annoncera aussitôt au prône l’Apparition.
Le dimanche soir, le maire de la Salette, désireux d’arrêter la rumeur, se rend chez les employeurs. Il menace Mélanie, lui offre de l’argent pour qu’elle se taise. Après le départ du maire, le patron de Mélanie, Pra, va chercher son voisin Selme, maître de Maximin. Mais Maximin est déjà redescendu à Corps. Pra et Selme veulent noter le récit de Mélanie, qui s’exprime dans la langue ordinaire de Corps (un “patois” dans lequel il est aisé de reconnaître une forme septentrionale de l’occitan alpin : les parlers dits francoprovençaux apparaissent à une vingtaine de kms au nord de Corps). Les deux hommes s’appliquent à traduire le propos en français, aidés par un jeune voisin, retour du service militaire, que l’on imagine plus familier de la “langue haute”. Initiale confusion des langues : selon Mélanie, la Dame a commencé par parler français aux enfants, et, voyant qu’ils ne la comprenaient pas bien, elle a continué en “patois”. Ainsi l’adolescente relate en “patois” ce que la dame aurait dit en français, (propos patois que les paysans retraduisent en français), puis en “patois” ce que la dame aurait dit en “patois”, (propos que les paysans traduisent en français) ! Le texte original de cette relation a aussitôt circulé, mais n’a jamais été retrouvé.
La nouvelle parvient donc le jour même à Corps : “la Vierge est apparue à deux bergers”, puis se répand.
L’abbé Mélin, curé de Corps, croit en l’apparition. Il est le premier à informer (4 octobre) l’évêque de Grenoble, dont dépendent Corps et La Salette. Les deux enfants ont rencontré “une Dame, d’assez haute taille, vêtue de blanc, portant une croix éblouissante sur la poitrine, et resplendissante elle-même d’un vif éclat. /.../ La peur les empêchant d’avancer, elle s’est levée et les a invités à s’approcher sans crainte. Quand ils ont été tout près, et en face de cette dame, ils ont entendu sortir de sa bouche des paroles étonnantes. Son Fils est irrité, il veut écraser les hommes, elle ne peut plus soutenir son bras. Ce qui provoque sa colère au suprême degré, ce sont : les travaux du dimanche, l’éloignement, la désertion des églises de la part des hommes, les blasphèmes qui s’entendent sur les grandes routes, la négligence, l’abandon de la prière. L’année dernière les hommes ont été avertis par la maladie de la pomme de terre, ils n’en ont pas fait cas. Cette année sera plus mauvaise encore, et s’il n’y a pas retour vers Dieu, l’année prochaine il y aura une famine horrible. Ordre formel de la part de cette Dame à ces deux enfants de faire savoir tout cela à tout son peuple. Après quoi elle s’est éloignée de quelques pas, s’est élevée de terre, et a disparu à leurs yeux étonnés”.
Dans sa relation initiale, Mélin ne signale pas le propos “patois” de la Dame. Mélin est originaire de Jallieu, au nord de la zone occitane, mais enfin, curé à Corps depuis 1841, il ne saurait en ignorer le parler quotidien. Cependant, il ne semble pas accorder de l’importance à ce surgissement assez inattendu. C’est le contenu du message qui lui importe.
De même, quand le sceptique vicaire général Berthier, qui coordonne aussitôt le travail d’information, s’étonne en décembre 1846 du “langage étrange” qu’on fait tenir à la Vierge, ce n’est pas au “patois” qu’il fait allusion, mais bien au contenu du message, qu’il récuse.
De fait, initialement, ce biliguisme de la Dame interroge et dérange. La Vierge ne pouvait pas ne pas savoir que les enfants comprenaient mal le français. Pourquoi ne pas leur avoir parlé “patois” tout de suite ? Pour les professeurs du grand séminaire, enquêtant fin 1846, la Dame devait s’adresser en français aux enfants car elle “ne pouvait, dès le principe, compromettre sa dignité à leurs yeux, en les interpellant avec des expressions qui auraient indiqué une basse origine”.
D’aucuns sourient : le vrai miracle n’aurait-il pas été qu’elle se fasse comprendre des bergers non francophones en ne leur parlant que français ?
En fait, les témoignages attestent que le français, certes bien difficile à manier, n’est pas vraiment langue étrangère pour les enfants, avant même le bain de langue auquel ils seront bientôt soumis par les centaines de curieux et d’enquêteurs, et par leur admission forcée, et peu productive, à l’école des Sœurs de Corps. Corps est lieu de passage, donc de brassage de langues, et la mère de Mélanie est originaire de Séchilienne (au nord de la zone occitane).
Les traductions, commentaires ou silences autour de cette “apparition du patois” confirment surtout le statut du français “langue haute” et du “patois” “langue basse” mais encore générale...
Le message de la Dame rejoint les préoccupations des habitants de la montagne. L’année a été dure : récoltes de blé insuffisantes, maladie de la pomme de terre. La mortalité augmente, particulièrement la mortalité infantile. On craint l’hiver qui s’annonce. Une semaine avant l’événement, Mélin a prêché dans une chapelle, entre Corps et la Salette, pour que les prières des paroissiens protègent les récoltes.
Le message rejoint aussi les préoccupations de Mélin, qui ne cesse de dénoncer l’impiété, l’irrespect manifestés par la majorité de ses concitoyens. Dénonciations soutenues à Corps par les religieuses-enseignantes de la Providence, et par l’influente archiconfrérie du Saint et immaculé cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. Il existe donc localement, face aux ouailles grandement défaillantes, et aux protestants, majoritaires dans le canton voisin de Mens, un mouvement marial que le message ne peut que combler.
Mais pour l’heure l’évêque interdit que l’on parle en chaire de l’événement. Il demande information à deux commissions, une de chanoines, une de professeurs du grand Séminaire. Cependant l’évêque est déjà favorablement impressionné. D’autant que se produisent les premiers “miracles”, aussitôt salués par des feuilles de colportage. Ainsi, en novembre 1846, l’épouse d’un boulanger de Corps boit de l’eau de La Salette : elle quitte grabat et béquilles. Les visiteurs affluent, les incrédules sont châtiés : une enfant est ébouillantée accidentellement après que son père ait nié l’apparition.
Sollicités constamment, les enfants figent bientôt leur récit en une commune version, récitée de façon immuable. Le curé de Corps ne met pas en doute leurs propos. Le 12 octobre 1846, il écrit à l’évêque : “Ces deux enfants sont-ils rusés ? Non, Monseigneur ; ils ne savent ni lire ni écrire et ont été refusés l’un et l’autre, pour la première communion et pour la confirmation, l’année dernière, pour défaut d’instruction”. Et la catholique Étoile du matin de Lyon présente en janvier 1847 “deux enfants pauvres, ne sachant ni lire ni écrire, presque idiots, incapables avant cet événement d’avoir la moindre intelligence des plus simples choses”.
En novembre, l’évêché de Grenoble informe le périodique La Voix de l’Eglise : la nouvelle de l’Apparition est diffusée dans toute la France à partir de décembre 1846. Passées les rigueurs de l’hiver, pèlerinages spontanés, culte improvisé, et guérisons reprennent sur l’alpage.
Dès ce début 1847, la presse est évidemment partagée.
Le Censeur de Lyon (opposition modérée), Le Patriote de Grenoble (républicain), Le Siècle, un des plus lus journaux nationaux, le gouvernemental Constitutionnel, ironisent sur ce recours au miraculeux, sans pour autant insister sur l’usage du “patois” langue de l’arriération.
La légitimiste Gazette de Lyon (malgré l’hostilité de l’archevêque De Bonald), L’Univers de Veuillot mettent l’accent sur l’appel à la conversion et à l’observance des devoirs religieux. À peine évoqué, le recours à “l’idiome natal” est reçu en utile communication efficace, et non en dignification de la langue des Humbles. Les Humbles n’ont qu’à obéir au message marial, mis au service de l’Ordre social. À cet égard, brochures populaires et feuilles de colportage sont plus explicites encore, faisant annoncer par la Vierge punitions et récompenses inouïes : les adultes mourront de famine, les enfants de moins de sept ans d’un tremblement de tout le corps. Il ne faut pas semer, mais si le peuple fait pénitence, les rochers se changeront en monceaux de blé, les pommes de terre viendront sans semence. Les autorités civiles s’en émeuvent d’autant que dans ce dur hiver 1846-1847 la crise économique et la disette ont suscité des troubles graves.
Ainsi en mai 1847 la brochure [4]publiée à Grenoble et peut-être la plus diffusée (300.00 exemplaires vendus), évoque le “tragique événement de Buzançais” : en janvier 1847, à Buzançais, (Indre), une sanglante émeute populaire contre des propriétaires spéculateurs a entraîné la condamnation à mort de trois émeutiers par un jury bourgeois. Si le message de la Vierge n’est pas entendu, les troubles de l’hiver ouvriront la voie au chaos social.
Et si ma prière fervente / De mon fils n’arrêtait la main, / Bientôt la mort et l’épouvante / Vous saisiraient sur tout chemin.
Il faut donc que l’homme “ivre d’une folle science”, boive “aux sources salutaires, ouvertes par la piété”, pour éviter la Révolution.
Mais la Révolution a déjà éclaté quand est publié le rapport Rousselot [5], dans l’été 1848. Commandé par l’évêque en 1847 à l’abbé Rousselot, professeur au séminaire diocésain de Grenoble, une enquête a abouti à ce rapport “officiel”, qui fixe la “vulgate” de l’apparition. À la différence des publications précédentes, qui évoquaient le discours “patois” sans le publier, le rapport en propose deux versions : prudemment, Rousselot s’en est remis à deux prêtres occitanophones ayant rencontré les enfants en 1847 : Pierre Lambert, curé dans le Gard, et surtout François Lagier, originaire de Corps, dont il parle le langage. Ce “patois” n’apparaît qu’en pièce à verser au dossier document. Une fois de plus, on ne voit aucune symbolique dans le fait que la Vierge ait fait choix de la langue des Simples. Son choix pointe autant l’incontournable présent (le peuple ne parle pas encore français), que le proche avenir où il le parlera.
Lors des conférences qui ont examiné ce rapport avant publication, une minorité a refusé l’approbation totale et J.P. Cartellier, curé à Grenoble, affirmera publiquement son opposition, que partagera une partie de l’épiscopat français.
Cependant, avec la caution de l’évêque, le culte marial se développe à la Salette : pèlerins priant par milliers, parfois agenouillés dans la neige, bijoux des miraculées attachés aux croix fichées sur les lieux de l’apparition. À des manifestations spontanées et sincères de piété se mêlent charlatanismes mystiques et entreprises mercantiles...
Entouré de cantons qui votent “bleu”, voire “rouge”, Corps fait électoralement figure de bastion conservateur. Dans un Dauphiné qui a majoritairement soutenu la candidature de Louis-Napoléon en décembre 1848, et qui en 1849 vote majoritairement démocrate, la presse de gauche, Le Patriote de Grenoble en tête, n’est pas tendre pour La Salette. Le turbulent abbé Déléon, qui dirige le journal bonapartise L’Union dauphinoise, est lui aussi résolument hostile à l’Apparition que les partisans de l’Ordre, sauf exceptions (et il en est de notables) considèrent favorablement.
Qui plus est apparaît, notamment autour du pseudo baron de Richemont (un aventurier se faisant passer pour Louis XVII), une exploitation politique des prétendus secrets que la Vierge aurait confiés aux enfants. Jouent un rôle trouble dans ces entreprises un prêtre de la Croix Rousse, Nicod, et des activistes “blancs” de Provence.
Les adversaires de l’Apparition, dont les virulents Cartellier et Déléon, en sont d’autant plus remontés. Ils s’appuient en 1850 sur une rétractation, controversée, de Maximin, devant Viannay, le curé d’Ars. L’évêque de Gap, initial partisan, devient opposant déclaré.
Est mise en cause une pieuse demoiselle de bonne famille, Constance de Lamerlière. Originaire de Saint-Marcellin (entre Valence et Grenoble), cette sexagénaire vit à Tullins (Isère), après des années d’enseignement religieux à Grenoble. Fidèle de Notre Dame du Laus (Hautes-Alpes), pélerinage qui a lui aussi pour origine une apparition de la Vierge, elle veut fonder l’association religieuse de la Sainte Famille. Mais en août 1846, son exaltation ont amené sa sœur et son beau-frère à demander une mise sous tutelle.
Mlle de Lamerlière a été remarquée à Tullins, et dans son voyage Grenoble-Gap, via Corps, au moment de l’apparition : son costume, celui-là même de la Dame, son langage exalté ne sont pas passés inaperçus.
Pour les opposants, tout s’expliquerait donc très simplement : la pieuse demoiselle lie conversation avec les enfants en parlant des difficultés du temps, puis leur adresse l’habituelle leçon sur l’observance des devoirs religieux. Sans émotion particulière, ceux-ci passent l’après-midi avec le troupeau ou à jouer, et le soir rapportent le fait à leurs maîtres qui n’en font pas cas. Mais des ecclésiastiques mettent en forme le récit de l’Apparition à partir de textes répandus, comme ces lettres “tombées du Ciel” ou Lettres de Jésus-Christ (mises en cause par Le Censeur de Lyon dès 1847), dont la formulation se retrouve textuellement dans le propos attribué à la Dame.
Les défenseurs de l’Apparition demandent comment, vu son âge et sa forte corpulence, la demoiselle aurait pu se grimper à 1800 m d’altitude, à quatre heures de marche de Corps, et ce sans être remarquée dans une montagne bien fréquentée : bergers, faucheurs, etc. Qui plus est, Mlle de Lamerlière, originaire de l’Isère non occitane, ne saurait parler le “patois” de Corps sans se faire remarquer par des locuteurs attentifs aux moindres variations du parler natal. Si mystification il y a, ce ne peut donc être que le fait d’une femme de la région, possédant suffisamment le “patois” pour que sa parole ne déconcerte pas les bergers [6].
Ni ces polémiques, ni les réserves du cardinal De Bonald et d’autres ecclésiastiques, n’empêcheront le culte, officialisé en 1851, de se développer sur les lieux de l’apparition où en mai 1852 sera posée la première pierre d’une basilique, avec l’aval empressé du nouveau pouvoir. Dans sa dénonciation, le message marial n’anticipait-il pas sur les égarements coupables et la menace “rouge” dont le Prince-Président venait de débarrasser la France, le 2 décembre 1851 ? Ainsi, paradoxe apparent, immédiatement après le coup d’État, qui comble ses vœux, l’abbé Déléon est frappé d’interdit en janvier 1852 !
Le haut lieu de La Salette devenait de fait, dorénavant, un de ces signes divins qui consolident les pouvoirs établis, s’ils sont ceux de l’Ordre.
Quant au surgissement inattendu de la langue populaire dans le propos “patois” de la Vierge, surgissement initiateur de quelques autres (Lourdes, 1856), loin de signer une reconnaissance de la différence populaire, il était déjà versé au dossier de la nécessité de la francisation.
René MERLE

Notes

[1Article publié dans Gavroche, revue d’histoire populaire, n°135/136, mai-août 2004.

[2René Merle, Gentil n’a qu’un œil, 2003, Éditions de la Courtine, 2003

[3La source indispensable est la somme rassemblée et commentée par l’archiviste des Missionnaires de N-D de la Salette à Rome, Jean Stern, La Salette. Documents authentiques : dossier chronologique intégral. T.I, 1980, Descle de Brouwer. T.II, 1984, éditions du Cerf. T III, 1991, id. Cf. également le très important fonds de publications et de manuscrits de la bibliothèque municipale de Grenoble, dont on trouvera de nombreuses références dans l’article cité, note 2.

[4Hommage à Notre-Dame de la Salette, suivi de la relation très circonstanciée de l’apparition de la très-Sainte-Vierge à deux bergers sur la montagne de la Salette, près de Corps, Isère, le 19 septembre 1846, et des faits extraordinaires qui ont suivi cet événement miraculeux, Grenoble, Prudhomme, 1847.

[5Jean Rousselot, La vérité sur l’événement de la Salette du 19 septembre 1846, ou Rapport à Mgr l’évêque de Grenoble sur l’apparition de la sainte Vierge à deux petits bergers, Grenoble, Grand Séminaire, Carus, Baratier, 1848.

[6Mlle de Lamerlière intentera à ses accusateurs un procès pour diffamation. Les tribunaux de Grenoble la débouteront en 1855, et en 1857 (son avocat est alors Jules Favre !).

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