Categories

Accueil > Religions > Quid de la Laïcité ?

Quid de la Laïcité ?

samedi 15 juin 2019, par René Merle

Athées et chrétiens...
Un retour sur mon expérience du travail commun avec les « croyants »

La commission américaine sur les libertés religieuses internationales, dont les membres sont nommés par le président et le Congrès, a estimé que la France pratiquait "une laïcité très agressive". Rien d’étonnant pour un pays dont le dollar est placé sous l’égide de la divinité.
Lorsque j’avais publié l’étonnante biographie de l’insurgé de 1851 Campdoras, qui refit sa vie au Kansas[Campdoras], un professeur du dit Kansas m’avait contacté. Entre autres choses, il m’avait confié, sur le registre de la plaisanterie certes, mais aussi dans celui de la vérité, qu’il pensait être le seul athée du Kansas !
Nous avons effectivement bien du mal à comprendre la réalité d’un pays où il apparaît anormal, voire inquiétant, de ne pas affirmer une croyance religieuse, et où il est pratiquement impossible de comprendre le sens que nous donnons en France à la notion de laïcité.
Comme si laïcité impliquait hostilité, voire brimades, à l’égard des croyances religieuses, alors qu’au contraire laïcité implique la pleine reconnaissance de ces croyances, leur libre exercice, à condition qu’elles ne débordent pas de la sphère privée pour empiéter sur la liberté d’autrui, voire pour contrôler la sphère politique.

Nos amis américains se font un gros souci pour pas grand chose, car, si l’on gratte bien, dans le subconscient du Français moyen (par héritage ou par opportunisme plus que par conviction) veille le spectre de la chrétienté, qui, nolens volens, le pousse, quand même, à faire baptiser ses gosses, à leur faire faire la communion, à se marier à l’église, et surtout, dans l’intérêt de leurs études et de leur psycho-soma, à les envoyer à l’école "libre" du secteur... Quitte à s’énerver pour un foulard, mais c’est une autre histoire.
Je pense à une épreuve du baccalauréat assurée dans un établissement confessionnel (le lycée public où elle devait se tenir étant indisponible pour travaux, je crois) : nous avions été bien peu parmi les surveillants, deux s’il m’en souvient, à trouver anormal que le bac. soit placé, très concrètement, sous le rassurant signe mural de la Croix...

"Mais vous voilà laïque de chez laïque bien remonté", me direz-vous, "prêt à guerroyer contre l’ombre de la Croix"...
Ce n’est pas exactement mon propos...
Laïque convaincu, et par ailleurs tout à fait athée, j’ai pendant longtemps (années 1960-1970), et avec grand profit, participé dans la ville où je travaillais, et où travaillaient aussi des prêtres-ouvriers catholiques, à un cercle fraternel de rencontre et de discussion chrétiens - marxistes. Ces chrétiens-là mettaient leurs actes en conformité avec leur foi et prenaient au sérieux les injonctions du Christ ! Je me souviens même avoir été invité sur ce thème à une assemblée des évêques du Sud de la France ! Je ne suis pas persuadé qu’ils étaient tous dans les mêmes dispositions d’esprit que ces amis du cercle...
Mais je me souviens aussi d’une assemblée organisée par une association laïque dans une localité proche de chez moi, qu’un véritable commando se réclamant du catholicisme (le sien en tout cas !) avait entrepris de saboter au nom de la liberté d’expression...
La vie est ainsi faite, qui nous apprend que les étiquettes globalisantes recouvrent en fait des positions fort différentes, et parfois opposées, et ce dans tous les camps.

En tout cas, ce qui m’inquiète aujourd’hui n’est pas la supposée existence d’une "laïcité agressive", mais c’est bien, tout au contraire, le démantèlement de cette laïcité à la française qui a permis, selon une formule consacrée que je n’utilise guère, tant elle est galvaudée, de "vivre ensemble", croyants de toutes croyances, et non croyants... La France avait déjà trop donné pour ne pas être vaccinée, avec le siècle sanglant, le siècle terrifiant des guerres de religion, puis l’absolutisme royal traquant les Huguenots, ghettoïsant les Juifs, imposant une religion d’État... D’autant que le sinistre épisode de l’État français (1940-1944), qui livra les Juifs de France à l’holocauste nazi, s’était replacé sous l’égide de la religion catholique.

Ce qui m’inquiète au contraire aujourd’hui est la réapparition ou l’apparition des étiquettes : on nous définit d’office dans les enquêtes d’opinion (ou on se définit) comme chrétien, musulman, juif, voire bouddhiste ou chamaniste. Pas de place là-dedans pour les non-baptisés, pour les athées. Il n’est que de voir le tollé qui a accompagné l’idée d’un retour à l’enseignement d’une morale "laïque" à l’école publique. Comme si l’engagement religieux était le seul garant de la révélation et de la mise en œuvre d’une morale, comme si l’existence d’une morale républicaine n’était pas le fondement de la démocratie... Il faudra revenir là-dessus dans ce site.

Répondre à cet article