Categories

Accueil > Regards sur le monde > Europe de l’Est > Corps et Âmes, Ildikó Enyedi, 2017 Quand deux...

Corps et Âmes, Ildikó Enyedi, 2017 Quand deux...

dimanche 16 juin 2019, par René Merle

Un beau message qui nous arrive de cette Hongrie si effrayante aujourd’hui

Résumer ce film n’inciterait guère à aller le voir : un homme et une femme s’aperçoivent fortuitement qu’ils partagent le même rêve, (magnifiquement filmé) : le compagnonnage d’un cerf et d’une biche dans une glaciale forêt enneigée. Les rêveurs se découvriront, s’apprivoiseront, s’aimeront. Ce qui n’a rien de facile. L’homme, infirme d’un bras, est un solitaire blasé de l’existence, la jeune femme est emmurée dans une rigidité mutique qui frise l’autisme. Qui plus est, tout ceci se joue dans la routine d’un abattoir dégoulinant de sang des vaches que l’on assassine, où l’homme est directeur sans enthousiasme, et la femme contrôleuse de qualité récemment embauchée. Bref, le parfait mélo, ou la parfaite bluette sentimentale ?
Il n’en est rien. Ce film de la réalisatrice hongroise est une merveille de délicatesse et un hymne impérieux à l’amour. Il en a été légitimement récompensé par un Ours d’or au festival de Berlin 2017.
Il nous vient d’une Hongrie dont le régime communiste s’est effondré il y bientôt trente ans. Est-ce pourtant trop s’avancer que percevoir dans la maturité de la réalisatrice (née en 1955) comme une persistance rétinienne d’une sensibilité procédant de son ancien monde, sensibilité à bien des égards différente de notre sensibilité « occidentale », sensibilité que l’on a vue et que l’on voit à l’œuvre dans les meilleures productions qui arrivent de l’Est ? Car Ildikó Enyedi joue sur la coexistence a priori impossible de deux registres.
D’un côté, un réalisme dépressif (parfois teinté d’humour) : regard sans illusions sur cette communauté de l’abattoir, (sa vie relationnelle médiocre, son travail aliénant), comme sur la société qui l’environne (enquête d’un flic pas très propre, investigation d’une psychologue impayable)…
Et en même temps, (si j’ose l’expression !), une confiance dans la relation humaine la plus véritable qu’est l’amour, que la réalisatrice qualifie de « relation humaine extrême » [1]. L’Amour, condition préexistante à toute rencontre, mais qu’une rencontre fortuite fait advenir.

Notes

[1Cf. l’entretien que la réalisatrice a a accordé à Télérama : Telerama.

Répondre à cet article