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Socialistes français dans le conflit – 1917

mardi 2 juillet 2019, par René Merle

La pierre de touche des deux Révolutions russes

Suite de Socialistes français dans le conflit – 1916

En abordant cette terrible année 1917, je poursuis la publication de quelques documents concernant la position des socialistes SFIO par rapport à la guerre et à l’Internationale socialiste.
Je le répète, cette publication ne vise pas à l’exhaustivité, et elle vise encore moins à jouer à la mouche du coche autour des beaux travaux d’historiens concernant la période, notamment ceux de Marc Ferro, travaux que je ne saurais trop vous inciter à fréquenter.
Mais la plupart des lecteurs de ce blog ne sont pas historiens, et beaucoup se demandent, comme moi, comment comprendre sans parti pris, la volte face des socialistes français en 1914, leur évolution jusqu’au Congrès de Tours de 1920. Et par là de mieux saisir ce qui semble être une donne fondamentale de la social-démocratie.
Après le refus de participer à la conférence pacifiste de Kienthal, en avril 1916, les socialistes SFIO se trouvent confrontés à une donne pour eux absolument nouvelle, la Révolution russe qui dans les premiers jours de mars 1917 balayent le tsarisme. Et ils la revisitent à l’aune de leurs souvenirs, ceux de la Grande Révolution, ceux de 1870.

MARS
f
L’Humanité, 17 mars 1917, publie en première page cette déclaration solennelle :
« A nos frères de Russie
Les socialistes français saluent avec enthousiasme la révolution russe.
Comme la Révolution française, elle est l’œuvre du Peuple, du Parlement [1] et de l’Armée.
En prenant résolument sa place parmi les grandes assemblées parlementaires, en renversant l’ancien régime, en libérant les prisonniers politiques, la Douma a réalisé l’unité de la nation russe pour sa défense. Elle a remis aux mains du peuple les destins du pays.
Par ce grand acte, elle affirme que la guerre doit avoir pour conclusion la liberté politique des peuples et l’indépendance des nations.
Puisse cette révolution, qu’ils ont toujours appelée de leurs vœux comme la condition du progrès démocratique et de la paix définitive dans le monde, dicter leur attitude aux prolétariats d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie.
Elle les replace en face de leurs responsabilités.
Les socialistes russes qui ont tant lutté et tant souffert depuis un demi-siècle, se sont associés de tous leur effort à l’œuvre nationale de libération. Ils y ont intimement participé dans le Comité exécutif [2] et dans le gouvernement issu de la Révolution [3]. Ils consacreront toute leur énergie à la défendre et à la développer. Les socialistes français s’en réjouissent passionnément.
En allant ainsi vers ses destinées nouvelles, la Russie a resserré son alliance avec les démocraties occidentales, et elle est entrée dans le grand mouvement qui entraîne vers le progrès des institutions politiques les peuples d’Europe, d’Amérique et d’Asie et qui prépare la Société des Nations.
Le groupe socialiste au Parlement. »
À la suite de ce texte, on peut lire l’éditorial de Renaudel :
« L’unité de la Russie
D’un seul coup, hier, le peuple de France a appris les nouvelles que nous laissions prévoir et qui marquent l’immense changement de la Russie.
C’est là-bas, la Révolution triomphante. En quelques journées, que préparait une longue incubation remontant à la guerre russo-japonaise [4], le régime de bureaucratie a été définitivement éliminé. Le tsar lui-même a dû abdiquer pour n’avoir pas compris la force irrésistible des choses.
La Douma a su accomplir, à l’heure qu’il fallait, les actes qui déterminent le cours de l’histoire. L’excès du mal intérieur, le danger que courait par lui l’indépendance nationale de la Russie ont éveillé tout l’admirable idéalisme russe, et cette force souverain a soulevé jusqu’en ses profondeurs l’énergie du peuple.
Il est hors de doute que les socialistes ont joué dans les événements un grand rôle. Le seul fait que l’arrestation des membres ouvriers du Comité d’industrie de guerre a provoqué pour sa part l’indignation populaire, que leur libération a été un des premiers actes de la Révolution témoigne assez du caractère du mouvement. De même la présence des deux socialistes Kerensky [5] et Tcheidjé [6] dans le Comité exécutif que nomma la Douma, quand elle refusa de céder à l’ordre de dissolution. De même enfin la présence de Kerensky dans le gouvernement provisoire nommé par la Douma.
Et quel symbole ! Le représentant de ces socialistes, de ces ouvriers qu’on envoyait jadis en Sibérie, au nom d’une police que la justice n’embarrassait pas, Kerensky est aujourd’hui chargé de l’administration de la justice dans l’immense empire.
Le suffrage universel, l’égalité des races telles sont les premières nobles pensées qui vont traverser la Russie et lui donner son unité.
On dit que tout cela s’est accompli dans les rues de Pétrograd eu cri de « Vive la France ! ». [7]
On le voit, l’idée ne semble pas effleurer Renaudel que la Russie révolutionnaire puisse abandonner la guerre. Mais les nouvelles concernant l’état d’esprit des troupes, les fraternisations, les désertions massives vers l’arrière, l’écho que rencontrent les partisans de la paix immédiate, susciteront bientôt chez les dirigeants socialistes les plus vives inquiétudes. La perspective d’une guerre victorieuse que défend la SFIO ne saurait admettre la fin du front de l’Est, qui permettait de prendre en tenaille l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.

AVRIL
Les inquiétudes devant les tendances pacifistes qui se manifestent au grand jour parmi les révolutionnaires russes alarment grandement le gouvernement français et les socialistes SFIO qui y participent. À la démarche officielle du gouvernement (le ministre socialiste Albert Thomas se rend à Petrograd) s’ajoute la démarche officieuse de trois députés socialistes (majoritaires), Marcel Cachin, Marius Moutet, Ernest Lafont. Sous couvert d’information, la mission avait clairement pour but de dissuader les socialistes mencheviks d’aboutir à une paix séparer, et de contrer les socialistes maximalistes (bolcheviks).
Cachin avait déjà fait preuve de ses talents de diplomate en allant au printemps 1915 décider les socialistes italiens (Mussolini !) à l’entrée en guerre. Partis le 31 mars, ils arrivent enfin à Petrograd le 13 avril 1917.
On ne peut dire que leur arrivée ait été accueillie avec enthousiasme !
Il faut lire le très clairvoyant manifeste publié à leur départ par la « section socialiste » du Comité pour la reprise des relations internationales qui regroupait depuis Zimmerwald (1915) des socialistes SFIO minoritaires et des syndicalistes révolutionnaires :

« [...] Pourquoi avant la guerre les socialistes étaient-ils tenus à l’écart de tout ce qui avait trait aux affaires extérieures ?
Pourquoi la Chambre des Députés, de l’extrême droite à la gauche, hurlait-elle à mort chaque fois que Jaurès tentait de jeter quelque lumière sur les manigances tortueuses de la diplomatie dite républicaine ?
Oui, pourquoi ?
La guerre a changé tout cela. Actuellement, les mêmes brasseurs d’affaires et politiciens envoient des socialistes, à l’unanimité, en Russie. Les plus faibles d’esprit eux-mêmes ne croiront point que les Stern [8], les Weiller [9], les Etienne [10], les Leygues [11], les Barrès [12] et tutti quanti aient abdiqué, qu’ils aient immolé tous leurs intérêts de classe sur l’autel de la patrie. Alors ? la vérité s’impose : ceux qui ont abdiqué, ce sont les socialistes, et cette mission de confiance, cette mission payée sur les fonds secrets, n’est autre chose que la preuve et l’aveu de cette abdication.
Les trois ambassadeurs sont partis pour la Russie lointaine.
Ils y parleront au nom du socialisme français, et au nom de la troisième République. Pauvres ambassadeurs !
Que raconteront-ils, ces trois majoritaires, au prolétariat russe, trempé à la bataille, encore tout chaud du combat et frémissant d’espoir ?
Que raconteront-ils, ces trois petits-bourgeois socialisants, qui connaissent leur propre révolution d’après les manuels scolaires, que raconteront-ils aux acteurs du plus grand événement de l’histoire moderne ?
Ils leur diront : « soyez prudents, soyez sages ! Oubliez que vous êtes socialistes, oubliez la lutte de classes, concluez l’union sacrée, ne parlez pas de paix, faites la guerre à outrance au militarisme prussien et nous vous garantissons l’affranchissement de toutes les nations opprimées et la paix éternelle ».
Mais nous entendons d’ici une voix railleuse s’élever dans le Conseil des Ouvriers et des Soldats :
« Bons apôtres ! vos conseils de modération et de prudence nous font rire ; nous les entendons depuis le commencement de la guerre. La bourgeoisie française nous demande par votre voix de faire une révolution bien sage. Nous comprenons les craintes de vos maîtres, mais apprenez « émissaires de la troisième République » que révolution modérée, c’est l’avortement de la révolution.
Sachez que nous entendons rester fidèles aux résolutions votées, aux engagements signés à Stuttgart, à Copenhague et à Bâle [13] : Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, le devoir du prolétariat est de s’entremettre pour la faire cesser promptement et d’utiliser de toutes ses forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter ainsi la domination capitaliste.
Sachez, délégués de MM. Poincaré, Briand et Ribot [14], que nous ne sommes pas encore assez « civilisés » pour traiter en chiffons de papier les décisions des Congrès internationaux, que nous ne sommes pas encore assez « adaptés » pour abdiquer devant la bourgeoisie nationale et internationale.
[…]
Alors, pauvres missionnaires indésirables ! Alors, à toutes les bonnes paroles que vous nous prodiguez au nom de vos grands ancêtres, nous répondons avec la franchise révolutionnaire que réclame la situation : les révolutionnaires russes, sachez-le, n’ont nul besoin de tuteurs ; souffrez qu’ils se passent de vos conseils trop intéressés ; ils n’ont de leçon à recevoir de personne ! Pauvres petits descendants de 93, allez, retournez dans votre pays. Allez dire à ceux qui vous envoient que le prolétariat russe entend rester maître de ses destinées et qu’il ne permettra point à la bourgeoisie impérialiste alliée et à ses domestiques de lui saboter sa Révolution ».
Vous pouvez lire la totalité du texte sur :
Comité

Pendant que Cachin fait route vers Petrograd, L’Humanité, 8 avril 1917, publie cet assez stupéfiant éditorial de Léon Blum, qui justifie la guerre en la situant dans un inévitable et quasi providentiel enchaînement historique, dont l’avènement sera la République généreuse à la mode jauressienne (Jaurès, le grand disparu, sera décidément mis à toutes les sauces pendant cette guerre), et la juste Paix. Le tout baigné d’un ingénu francocentrisme qui pose la France en phare absolu de l’Humanité éclairée.
Lecture éclairant, mais oh combien terrifiante quand on connaît la suite, et quand on pense que ce sont, comme Blum, ces politiques auxquels l’idéologie masque la réalité, qui flotteront comme des bouchons sur les tempêtes des années 1920-1940, et prétendront faire une Histoire qu’ils ne font que subir.
« Vers la République
Notre ami Deuzelles [15] avait bien raison de le dire, et c’est notre pensée à tous qu’il exprimait : « Si Jaurès était là ! »
Chaque jour, depuis bientôt trois ans, nous avons senti s’élargir la place vide. Jamais pourtant il n’avait manqué si gravement, non pas à nous seulement, mais à la nation, mais au monde… Pour répondre aux grandes voix de Russie et d’Amérique [16], il aurait fallu sa voix.
Sa voix nous manque, et il lui manque à lui sa récompense, la seule qu’il eût jamais souhaitée : voir surgir les premiers dessins de l’ordre nouveau, que sa foi prophétisait et réalisait tout ensemble, toucher enfin du regard la terre promise.
Car, cette fois, le voile se déchire. L’évidence des faits dissipe à jamais cette stupeur qui obscurcissait parfois notre pensée. Nous comprenons pourquoi cette guerre atroce fut nécessaire. Nous la voyons à son plan, à sa place dans le progrès de l’humanité.
Au jour où l’instinct de conservation provoque en Russie le sursaut formidable d’affranchissement, au jour où la République américaine, rompant sa tradition d’isolement, vient se placer, avec cette majesté splendide, à côté des démocraties occidentales, il me semble entendre Jaurès, à la tribune, rappelant « l’invocation formidable » de Mickiewicz : « Et la guerre pour la libération des peuples esclaves, donnez-nous la, Seigneur… »
Nous le savions, certes, qu’au cours de l’histoire la guerre fut toujours la grande force révolutionnaire. Mais comment cette force agissait-elle à travers la crise actuelle ? Nous en pressentions la présence sans en saisir toujours clairement la direction. Et voici que les moyens et les fins s’éclairent soudain d’une lumière éblouissante.
Notre utopie socialiste qui, sur ce point, n’est pas autre chose que la tradition républicaine, devient l’expression même de la raison. Le rêve de Jaurès, qui n’est pas autre chose que le rêve précisé d’un Condorcet, d’un Michelet, d’un Hugo, s’approche de la réalité. Cette guerre sera, comme l’a dit Hugo, la guerre auguste, d’où sortira l’auguste paix. Notre victoire sera l’affranchissement, la réconciliation des hommes par la Liberté, par le Droit. Notre victoire sera la victoire des idées, des principes, des espoirs qu’enferme en lui le mot de République.
Entre la Russie que la guerre a conduite à la liberté, et l’Amérique que la liberté conduit à la guerre à côté d’États démocratiques où la forme du gouvernement ne peut plus faire obstacle à aucune sorte de progrès, la République française symbolise d’avance l’ordre nouveau.
Est-ce que l’on comprend maintenant – car il faut qu’à nous aussi l’exemple serve, il faut que le souffle républicain ne s’arrête pas à notre frontière – est-ce que l’on comprend chez nous que notre force fut d’être une nation libre, la nation qui a enseigné au monde la liberté politique, la nation qui pourra lui montrer demain la justice sociale ? Est-ce que l’on comprend maintenant que nous gagnerons cette guerre, non pas quoique République, mais parce que République ?
Et comme nous aurions été plus forts si nous n’avions pas eu peur de cette force, si parfois nous n’en avions pas eu comme un peu de honte !... La République ; pour certains de nos hommes d’État, ce n’était pas un principe, une foi, ce n’était pas l’espoir sacré de la justice future, c’était un régime comme un autre, que l’on servait parce qu’on le trouvait là, et qui n’empêchait pas d’ailleurs de penser comme sous la monarchie censitaire et d’administrer comme sous l’Empire.
C’est bien fini, cette fois. Fini de cette politique qui rougissait du principe républicain comme d’une inélégance plébéienne, au lieu de le proclamer comme une noblesse. Fini de cette diplomatie qui enviait aux monarchies absolues la suite et le secret des grands desseins, sans comprendre que l’idée républicaine était à elle seule, en ce moment de l’Histoire du monde, la plus contagieuse, la plus irrésistible des puissances. Fini de cette indifférence égoïste vis-à-vis des peuples opprimés, de cette soi-disant sagesse si bien prémunie contre les soi-disant entraînements sentimentaux. Fini de cette défiance vis-à-vis des audaces annonciatrices de la pensée. Fini de ces craintes pusillanimes vis-à-vis de toute législation hardie ou novatrice, qu’il s’agisse de fiscalité ou d’organisation alimentaire, du régime de travail ou de l’utilisation des richesses communes. Fini de ces concessions complaisantes à l’esprit d’aristocratie et de ploutocratie…
Sans quoi nous renierions nous-mêmes la leçon que nous avons donnée au monde, et dont la vertu rassemble le monde autour de nous.
Léon BLUM. »
 [17]

MAI
Le 1er mai s’est réuni à Paris le Comité de défense syndicaliste (tendance anarcho-syndicaliste de la CGT), à Paris. On lit le lendemain dans la grand quotidien Excelsior :

Ce que le journal, censure oblige, ne dit pas : la sortie de la salle et dans les rues de la capitale, des milliers de manifestants ont crié « A bas la guerre, vive la Paix », et l’Internationale qui retentissait n’avait jamais été plus d’actualité. Ils sont violemment dispersés par la police.
Les dirigeants SFIO ne se retrouvent évidemment en rien dans cette manifestation, et leur journal fait le silence sur elle. Mais la lassitude d’une partie de l’opinion et la grande fatigue des soldats envoyés au massacre ne peuvent qu’interroger les dirigeants socialistes. D’autant que la vague de mutineries au front est alors mi-mai à son point culminant.
Or, la direction du Parti a depuis quelques semaines reçu, dans le droit fil de Kienthal et Zimmerwald, l’invitation d’un comité de socialistes de pays neutres (néerlandais et scandinaves) à réunir à Stockholm les socialistes de tous les pays belligérants afin d’imposer un programme de paix à leurs gouvernement. Cette initiative a rencontré un grand écho dans la minorité pacifiste du Parti, sans cesse croissante.


L’éditorial de L’Humanité, 15 mai 1917, est une cinglante riposte en faveur de la guerre à outrance :

« Oui ou Non
Comment se pose la question pour le prochain Conseil National ?
Cette fois-ci en pleine lumière dans le concret, la pratique et l’immédiat. Il ne s’agit plus de voter une motion vague, recommandant, dans un délai plus ou moins proche, la reprise des rapports internationaux. Il s’agit de dire : nous répondrons ou refuserons de répondre à telles convocations que voici et dont nous sommes saisis. Il s’agit de dire : nous consentirons ou nous ne consentirons pas, dans les conditions spécifiées qui suivent, à nous aboucher et à nous concerter avec telles personnalités ou tels groupements nommément désignés. Il s’agit de dire : nous nous prêterons ou nous ne nous prêterons pas à une délibération commune avec tels ou tels compagnons, sur tels objet qui sont les plus graves et les plus poignants que les hommes aient depuis longtemps agités.
Oui, c’est ainsi que la question se pose. Et maintenant, dans ce débat, quelle est l’attitude des uns et quelle est l’attitude des autres ?
En présence de l’invitation reçue de Stockholm, nos minoritaires disent : « Nous demanderons au Parti de s’y rendre, sans se préoccuper d’autre chose que de l’appel qui lui est adressé ».
Nous disons, nous : « Nous demanderons au Parti de refuser, car la convocation est irrégulière et l’ordre du jour suspect ».
Nos minoritaires déclarent : « Qu’importe que nous ayons comme interlocuteurs, à Stockholm, Scheidemann, Ebert, Legien et consorts [18], au cours des propos que nous échangerons sur l’heure et sur les conditions de la paix ? Ce ne sont pas les majoritaires de la section allemande que nous allons rejoindre, c’est l’Internationale tout entière. Cette Internationale nous appelle et nous nous écrions : Présents ».
Nous, nous disons : « Nous ne saurions délibérer sur le moment et le contenu de la paix avec des hommes et des partis qui se sont faits les complices de l’agression militaire allemande. Nous ne prendrons pas langue avec ceux-là qui, dès le début, se sont associés et persistent à s’associer aux entreprises et aux crimes de leurs maîtres ».
De tels hommes, nous ne les connaissons plus, pour notre part, que pour les dénoncer et pour les combattre.
Nos minoritaires arguent enfin : « L’Internationale a à connaître des modalités de la paix qui suivra la catastrophe. Il convient que le plus rapidement possible elle délibère, toutes sections réunies, pour abréger la durée de la guerre et poser les conditions d’une paix acceptable pour chacun ». Nous répondons : « L’Internationale ne pourra juger de la paix que lorsqu’elle aura jugé de la guerre. C’est alors seulement, quand elle aura, de ce point de vue, prononcé les sentences nécessaires et pris les sanctions requises, qu’entre sections socialistes, ayant vues identiques et idéal pareil, un examen sur la situation d’ensemble de l’Europe et du monde pourra être utilement et loyalement poursuivi ».
C’est entre ces deux thèses que le Parti a à choisir. Elles sont irréductibles l’une à l’autre. L’une des deux doit donc céder devant l’autre et s’effacer si l’on veut qu’il n’y ait qu’un Parti dans le Parti ; - et jamais cette unité ne fut plus précieuse qu’aux heures graves que nous vivons.
Nous avons pour notre part condensé notre point de vue dans le projet de motion que l’Humanité publiait avant-hier, afin que tous les groupes puissent par avance en délibérer. Cette motions est l’interprétation fidèle, à la lumière des faits nouveaux accomplis, des résolutions prises par le Parti dans ces Congrès précédents, notamment à son Congrès de 1915.
Longtemps nous avions pensé que l’examen de conscience auquel nous convions les sections de l’Internationale ne devait se produire que lorsque le monde aurait recouvré la concorde. Mais puisque les événements en décident autrement, puisqu’on tente, par ailleurs, arbitrairement, de réveiller l’Internationale, nous devons dire, nous qui en sommes, comment nous entendons, non pas qu’on la réveille, mais qu’on la redresse, pour qu’elle soit digne et capable d’action.
Ce faisant, nous sommes en pleine communion d’intentions avec l’immense majorité des socialistes anglais, avec l’immense majorité des socialistes belges, avec d’autres encore qui se sont déjà exprimés comme nous sur la conférence de Stockholm. Avec eux, avec tous ceux qui luttent comme nous pour la liberté des peuples et la démocratisation des institutions politiques, gage de la future entente universelle, nous sommes prêts à nous concerter, décidés à ne rien faire qui ne résulte de notre accord préalable. [19]
Louis DUBREUILH »
 [20]

Coup de théâtre, à son retour de Petrograd, Cachin annonce être convaincu par la proposition du Soviet [21] pour une paix sans annexions ni indemnités. Il se rallie à la proposition du Soviet d’une réunion de l’Internationale et il ouvre la porte à une participation à la réunion de Stockholm. Une partie des majoritaires le rejoint. Devant ce basculement, les majoritaires hostiles à Stockholm se rallient du bout des lèvres.


L’Humanité 29 mai 1917

« La Motion
Goude donne lecture de la motion rédigée par les citoyens Auriol et Pressemane [22]. En voici le texte :
Le Conseil national, saisi d’une part par le Bureau Socialiste International de la convocation aux réunions de Stockholm et d’autre part par les citoyens Cachin et Moutet d’une initiative de la Révolution russe tendant à provoquer une réunion plénière de l’Internationale ;
Se félicite de ce que ces efforts concourent au même but ;
Accueille l’initiative des camarades russes, s’y associe pleinement et se joint à eux pour demander la réunion de l’Internationale ;
Décide en même temps l’envoi d’une délégation à Stockholm apportant dans les conférences préparatoires les vues de la section française pour une action commune destinée à préparer la paix selon les principes formulés par le gouvernement révolutionnaire et les socialistes de Russie ;
Mandate également la délégation pour qu’elle s’entende avec ces derniers relativement à la réunion de l’Internationale demandée par eux.

Éditorial du même jour :
« Pour la paix du droit
Peut-être se trouvera-t-il ce matin, demain, des hommes pour s’étonner que l’unité du Parti socialiste se soit en quelque sorte recréée à notre Conseil national, et que l’unanimité se soit faite sur la motion qui précède – il faut que ce soit de peu – la réponse que le Parti socialiste va apporter au questionnaire rédigé par les organisateurs de Stockholm, et le voyage qui permettre aux délégués français d’entrer officiellement en contact avec les représentants du Comité des ouvriers et soldats et du gouvernement révolutionnaire russe. [23]
Peut-être même s’en trouvera-t-il pour déclarer que cette unanimité a été payée de l’abandon d’une politique suivie jusqu’ici par le Parti socialiste [24]. Ce serait une erreur profonde, et préjudiciable à la France que d’insinuer à propos de nos débats, ou même de laisser croire que la volonté de défense nationale du Parti socialiste français puisse s’en trouver affaiblie. Le Congrès a été unanime sur ce point quand la question a surgi devant lui. On en trouvera la preuve au compte-rendu des débats [25].
Où donc faut-il chercher les raisons de cette unanimité ?
Certes, notre unité nous est chère, nous savons ce qu’elle a coûté d’efforts à celui qui nous manque aujourd’hui [26] et dont la mémoire plane, invisible et souveraine, au-dessus de nos discussions les plus vives. [27] Mais s’il n’y avait pas eu des raisons impérieuses dictées par les circonstances, ce sentiment n’eût pas suffi au rapprochement des idées et des hommes.
Ce qui nous a ramenés tous à l’unité, ce sont les impressions, les renseignements de faits que nous ont apportés nos camarades Moutet et Cachin sur la Révolution russe, sur son développement, sa grandeur interne, et aussi à propos de l’organisation qui fonctionne à Stockholm.
Nos amis nous ont dit les intentions des socialistes russes de placer les socialistes allemands devant leurs responsabilités nouvelles en leur demandant de répondre, pour participer à une réunion internationale, à des conditions précises, nettes, sans lesquelles la participation sera impossible.
J’ai pu, d’autre part, communiquer en dernière heure au Congrès la substance d’une dépêche de Lafont, resté en Russie, nous annonçant que « le Comité exécutif du Comité des ouvriers et soldats de Petrograd vient de nommer pour s’occuper de la convocation de la conférence internationale une commission spéciale, composée des quatre membres présidents du comité, de trois autres membres du comité et de sept délégués des divers partis socialistes ».
Ainsi l’appel des socialistes russes transmis par nos camarades Moutet et Cachin pour une conférence internationale entre déjà dans la réalité de l’action.
Nos amis ont aussi fait connaître au Conseil national un questionnaire dont nous avons donné la publication hier, et auquel le Conseil a déclaré qu’il serait répondu dans le plus bred délai. Ce questionnaire pose de façon suffisante pour permettre l’expression de la pensée socialiste française les questions qui tiennent, soit aux origines de la guerre, soit aux conditions d’une paix organisée et durable.
La réponse du parti tout entier ne pouvait être douteuse. Il ne surgirait comme obstacle à son unanimité que de bien petites questions à côté des immenses intérêts engagés. Elles devaient disparaître. Elles sont disparues.
Et pourquoi avons-nous conscience d’avoir servi notre pays, tout en renouant l’action internationale ? C’est que nous avons préparé pour lui, s’il est et s’il reste lui même juste et noble, le bénéfice de l’action internationale. En poussant à la paix du droit, nous fortifions les courages pour lutter contre la lassitude et la dureté des sacrifices [28]. En mettant à nouveau l’Allemagne prolétarienne et socialiste en face de sa responsabilité la Révolution russe prendra une conscience plus forte, s’il est possible, de la nécessité d’abattre un régime de militarisme et d’impérialisme autocratique, qui resterait dans le monde un insupportable anachronisme. Quand les socialistes russes disent : paix sans annexion – et non pas sans réparation du droit ; paix sans contribution – et non pas réparation de dommages – paix pour donner aux peuples la libre disposition d’eux-mêmes, quand ils posent ainsi leurs conditions à la participation à leur conférence internationale, nous avons le droit de dire que c’est une lumière nouvelle qui, après celle apportée par M. Wilson, se lève aux yeux du monde.
Camarades de Russie, les socialistes de France iront vers vous d’un cœur joyeux jusqu’au milieu des douleurs où saigne leur patrie. Les socialistes de France veulent avec vous ne plus faire qu’une âme pour la justice internationale. Et parce que votre action se traduit en actes de gouvernement , les gouvernements alliés eux-aussi sentiront et diront par leur attitude, leurs paroles et leurs actes, que c’est une grande force morale qui vient à leur secours dans la plus grande tourmente des siècles.
Pierre RENAUDEL »
 [29]

« L’unanimité
Le vote par mandats est demandé de différents côtés, mais le citoyen Renaudel monte à la tribune.
Il faut, dit-il, l’unanimité. Et ceci vous dit assez que dans la discussion qui vient d’avoir lieu entre les représentants de la majorité, je me suis prononcé pour le vote de la résolution. Et pourquoi faut-il l’unanimité ? Je veux le dire surtout pour nos camarades de la majorité [30] qui pourraient hésiter encore, comme s’ils faisaient ici abandon d’une part de la politique que nous avons suivie depuis trois ans. Ce qui permet l’unanimité, c’est que nul n’a repris, et ne reprendra plus, je l’espère, la formule que le défense nationale n’est pas socialiste. Mais si, par une hésitation, nous paraissons négliger cela, c’est nous-mêmes qui affaiblirions la portée de notre constatation.
Et vous, camarades de la minorité, vous avez évidemment voulu paraître nous avoir obligés au voyage à Stockholm, mais qu’importe cela ? A l’heure où nous sommes, quand l’humanité saigne, quand le socialisme peut jouer un si grand rôle dans le monde, croyez-vous que nous ressentions la blessure des humiliations ou la vanité des amours-propres ? (longs applaudissements). Qu’importe cela ! Vous avez paru placer l’entrevue que nous aurons à Stockholm avant l’entrevue que nous aurons à Petrograd, mais il y a quelques minutes seulement, je communiquais à nos camarades une dépêche de notre ami Lafont [31], nous annonçant la constitution, par le Comité des ouvriers et soldats, de la commission spéciale chargée de l’organisation de la réunion internationale. Ainsi, bon gré, mal gré, c’est cela qui passe au premier plan, et c’est avec les socialistes de Russie qu’auront lieu les principales tractations. (Vifs applaudissements.)
Et maintenant que nous sommes résolus à cette action, je dis que plus nous serons unanimes, moins nous sentirons les unes et les autres, les blessures plus ou moins vives des amours-propres. (Applaudissements prolongés.)
Les événements formidables que nous vivons dépassent de beaucoup les hommes. Ils les obligent à une adaptation de tous les instants. Nous savons que nos décisions peuvent avoir une influence sur la vie de l’International. Nous savons qu’elles pourraient avoir une influence grave, au point de vue national, si nous laissions se créer des illusions qui engendreraient des déceptions et affaibliraient par là-même la résistance guerrière du pays. Mais au moment où nous entrons dans l’action, nous voulons aussi nous souvenir de la devise du Maître [32] qui disait : « Fais bien ce que tu fais ! » (Vifs applaudissements.)
C’est donc de plein cœur que nous allons nous engager. Nous dirons à notre pays, nous dirons à notre presse, qui est si souvent prête à nous critiquer, que c’est à l’appel de la Révolution russe que nous agissons, de cette Révolution russe qui nous a déjà sauvés de la trahison tsariste. Ainsi nous aurons rempli le double devoir qui s’impose aux socialistes français : devoir national vis-à-vis d’une France qui ne fut jamais plus grandiose que maintenant, devoir international qui consistera à conquérir la paix durable et organisée.
À ce moment la salle du Conseil National présente un aspect inoubliable. Tous les délégués sont debout et applaudissent frénétiquement Renaudel qui, en scellant par des paroles d’apaisement l’accord qui vient de se réaliser, a touché le cœur de tous les membres du conseil national et refait cette union fraternelle si nécessaire au sein d’un même parti.
Après une courte intervention de Poisson qui déclare votre la motion sans en approuver tous les termes, Loriot [minoritaire, syndicaliste enseignant, zommerwaldien] déclara que ses amis et lui voteront la motion. Ils la voteront dans un esprit d’unité et parce que l’Internationale va revivre.
Mistral [33] fait une intervention identique et on décide de voter la motion par acclamations à mains levées !
Tous les congressistes se lèvent et avec un enthousiasme indescriptible manifestent la joie et l’émotion qui les étreignent à ce moment. C’est l’union des cœurs qui vient de réapparaître et c’est aux cris de : « Vive Jaurès ! » que la proclamation du vote unanime est saluée. »

JUIN


Le 1er juin l’Humanité publie cet éditorial de Marcel Cachin :
« Appel à la raison
Qu’il y ait, en ce moment, autour de notre résolution du Conseil national, la plus passionnée des polémiques, il n’y a pas lieu de s’en montrer étonné [34].
Mais nous sommes sûrs que d’ici quelques jours le pays tout entier sanctionnera les décisions si raisonnables du Parti socialiste.
Nous avons dit à nos camarades des fédérations françaises la situation exacte de la Russie démocratique et socialiste actuelle. Nous le dirons à la France, à son parlement, à son armée ; nous les mettrons au courant des faits précis et qu’ils ignorent, et tous les gens de bonne foi seront de notre avis.
De quoi s’agit-il ?
L’armée russe est de plein accord avec les socialistes des Comités des ouvriers et soldats de toute la Russie. Elle admet leurs idées ; elle l’a déclaré à maintes reprises ; elle vient de le dire hier encore d’après les dépêches (d’ailleurs retardées et tronquées) que nous recevons de Petrograd.
L’armée russe, si durement traitée par l’ancien régime traître à son pays, demande pour marcher résolument à nos côtés les assurances et les garanties que la guerre ne poursuit pas de visées impérialistes.
Pour nous expliquer sur les buts des Alliés et sur ceux des ennemis, les membres socialistes du gouvernement russe, les délégués des soldats, ceux d’un très grand nombre d’officiers nous convoquent à une confrontation générale. Ils fixent des conditions pour que l’on puisse être admis au congrès qu’ils réclament et où ils nous appellent. Ils veulent que chacun des assistants accepte d’abord la charte essentielle de la démocratie socialiste internationale :
« Laissez les peuples libres de disposer de leur destin » !
Répondront-nous à l’appel de l’armée russe ?
Tel est le problème.
Pendant trois ans de guerre la France a suivi le gouvernement tsariste. Refusera-t-elle de s’associer de plein cœur avec la Révolution russe ? Les républicains, les socialistes français feront-ils confiance à la grande démocratie du Nord ?
Pour nous, l’intérêt national le commande impérieusement.
Et nous qui ne sommes pas suspects, qui n’avons jamais séparé la cause de la France de celle du socialisme, nous affirmons que le devoir actuel est clair.
A la Révolution russe nous donnons notre confiance et notre sympathie ardente dans la grande bataille mondiale. Nous sommes avec elle au nom de la France révolutionnaire. Elle nous aidera à venir à bout de la réaction prussienne, de l’impérialisme du Kaiser, dont il faut qu’avec les grandes démocraties occidentales elle libère à jamais le monde.
Marcel CACHIN. »
 [35]
On le voit, il n’est pas question d’un arrêt de la guerre du côté russe. D’ailleurs le socialiste révolutionnaire Kerenski, devenu ministre des armées, prépare une grande offensive.

SEPTEMBRE

Depuis le printemps 1917, l’Union sacrée a été rudement secouée : grèves à l’arrière, massives désobéissances collectives au front (devant la répression, le Parti socialiste prendra prudemment, à retardement mais nettement, la défense des soldats citoyens devant un commandement autoritaire et archaïque ; il demande l’entrée de représentants des soldats dans les conseils de guerre) [36]. Dans l’électorat socialiste grandit la conscience que l’Union sacrée a plus servi les intérêts des possédants que ceux des travailleurs.
En conséquence, il n’y aura pas de participation socialiste dans le gouvernement Painlevé mis en place le 12 septembre.
Dans le même temps (5 septembre) débutait la conférence pacifiste de Stockholm. L’embarras des majoritaires devant l’éventuelle participation annoncée avait été levé début juin par le refus gouvernemental d’octroyer des passeports.
(à noter que les Bolcheviks avaient refusé de participer à la conférence, mais pour de tout autres raisons que les majoritaires SFIO.

C’est dans ce contexte que l’on peut mieux comprendre l’éditorial de l’Humanité, le 5 septembre 1917, sous la plume du secrétaire général de la SFIO, Dubreuilh, qui avait si fermement condamné le 15 mai toute initiative pacifiste.

« Union nationale
Beaucoup, en ce moment, s’interrogent pour savoir s’il convient ou non de dénoncer l’ « Union nationale ». J’avouerai tout net qu’en ce qui me concerne, je ne comprends même pas qu’une telle question puisse se poser.
Au cœur des événements que nous vivons, l’union de tous les Français, de quelque nom qu’on veuille l’appeler, est fatale. Elle s’impose comme une nécessité ou, pour mieux dire, comme un réflexe. Lorsque le feu est au village, ses habitants se précipitent ensemble pour s’en rendre maîtres, laissant à l’arrière-plan leurs querelles et leurs rancunes de la veille. De même pour le pays assailli, envahi et menacé dans son indépendance et sa vie, tous les citoyens se sont levés dès la première heure et ils resteront debout, faisant face au danger mortel, tant que celui-ci n’aura pas été conjuré. S’il est des Français qui pensent et sentent autrement, c’est que ce ne sont pas des Français ; mais je ne crois pas qu’il s’en trouve.
Dans un journal du matin, M. Aulard [37] a écrit, ces jours derniers, sur ce thème, une page excellente. Le libre consentement de tous ses enfants à vivre et agir ensemble est bien, comme il le montre, la pierre angulaire de notre édifice national. A cette volonté déjà manifestement exprimée sous l’ancien régime [38], solennellement et consciemment proclamée ensuite par la Révolution à la fête de la Fédération, en 1790, se sont associés tous les hommes et toutes les femmes des générations venues depuis. L’union nationale est là, organique et constitutionnelle, et rien ne saurait prévaloir à l’encontre.
Certes, et c’est pour cela même qu’il y aurait iniquité à refuser à un quelconque de nos compatriotes de mettre au service de la patrie commune tout ce qu’il a de dévouement, d’énergie et de compétence. La France est à tous les Français, également et pareillement. Comme au surplus, la France est une démocratie, elle ne reconnaît pas, théoriquement, de ressortissants d’espèces différentes, les uns majeurs, les autres mineurs. Tous ont même droit à servir, mais tous ont même droit à décider.
A plus forte raison les franchises de chacun doivent-elles être respectées et protégées. Il ne peut se faire que les privilèges de naissance et de fortune qui sont si durs déjà à tolérer en temps de paix vaillent à leurs bénéficiaires des avantages particuliers à l’heure où le rôle de chacun est non de profiter, mais de se sacrifier.
La question qui se pose n’est donc pas de savoir si l’on rompra une union qui ne peut être rompue devant l’ennemi campé encore et toujours à l’intérieur de nos frontières. La question est seulement de se demander si cette union se traduit au mieux dans les faits et si chacun, pour sa part, en observe comme il sied, les obligations respectives.
La question est de se demander si par certaines manœuvres, par certains procédés, par une campagne hypocrite et tenace faite justement à la tranchée comme à l’usine et comme au champ, sous le couvert et au nom de l’Union nationale, alors baptisée Union sacrée, on ne rompt pas en visière avec cette union même. Le pays, il est surtout dans ses gros bataillons ; il est dans les masses populaires qui se battent au front et qui travaillent à l’arrière. Or pense-t-on que ce soit en suspectant le bon vouloir de ces masses ou en négligeant leurs intérêts légitimes aux bénéfices d’une caste de trafiquants égoïstes que l’on maintiendra le mieux leur foi et leur élan ? France, République et démocratie c’était déjà tout un en période de paix. Quel fou pourrait s’imaginer qu’il en aille différemment par les temps tragiques que nous vivons ?
Ici le régulateur est le Parlement et au-dessus de lui le gouvernement. Il s’agit, en conséquence, pour le Parlement et pour le gouvernement de voir si, dans la pratique, l’équilibre n’est pas faussé au profit de l’une ou de l’autres des catégories sociales qui coexistent dans le pays en guerre ou bien encore à l’avantage de l’un ou l’autre des grands courants d’opinion politique qui demeurent et demeureront.
Telle est la portée de la crise qui, très longtemps latente, tend aujourd’hui à s’extérioriser et qui doit être résolue vite et bien pour qu’avec toutes les forces saines de la collectivité française se poursuive jusqu’à la conquête de la paix juste et durable l’œuvre de la défense nationale.
Louis DUBREUILH »
 [39]

En Une de l’Humanité (3 novembre 1917) je retrouve cette Bourse du travail de La Seyne, cœur battant de la ville ouvrière (Chantiers naval, Arsenal de Toulon), où j’ai connu tant de meetings et de soirées électorales. Je pense à mes anciens qui l’ont assidûment fréquentée. Il s’agit ici d’un meeting SFIO avec Renaudel et Thomas.
L’intervention des deux députés se situe donc, nous l’avons vu, à un moment où l’opinion comme les combattants commencent à être las de la prolongation de la guerre, où l’écho de la première Révolution russe est grand (la seconde Révolution, et la prise de pouvoir des Bolcheviks aura lieu quelques jours à peine après le meeting).
Pourquoi ces deux députés ? Pierre Renaudel [1871-1935], ancien blanquiste révolutionnaire passé à un socialisme bien modéré, a été élu député du Var en 1914. Albert Thomas [1878-1932], est ministre socialiste, chargé de l’organisation de la production d’armement et du travail ouvrier. C’est dire qu’il touche directement le public ouvrier d’affectés spéciaux des Chantiers navals et de l’Arsenal.

« Albert Thomas et Renaudel à La Seyne
La Seyne, 1er novembre. Albert Thomas et Renaudel ont donné aujourd’hui une grande conférence sous le hall de la Bourse du Travail de la Seyne, devant une foule évaluée à deux mille personnes
.

Renaudel, prenant la parole, a expliqué pourquoi les socialistes, essentiellement pacifistes, sont partis comme un seul homme quand la France fut attaquée. Il ajouta qu’ils continueront à faire leur devoir parce que l’ennemi est seul responsable de la guerre.
Après avoir souligné que les nations du monde sont contre l’Allemagne qui ne fit jamais connaître ses buts de guerre. Il dit que le conflit ne cessera que lorsque l’Alsace-Lorraine et Trieste [40] seront restituées, et que la Belgique et la Serbie seront restaurées.
Tant que ces buts ne seront pas atteints, notre devoir sera de poursuivre la triple action militaire, diplomatique et économique
Après le développement de ces trois points, Renaudel a présenté Albert Thomas à l’assemblée.
Comme dans son discours de Commentry, Albert Thomas a commencé par passer en revue les heures graves de la guerre pour en dégager les raisons de confiance et prouver que la victoire dit être pour tous une certitude. A ceux qui pourraient se fatiguer de la longueur de la lutte, il expose le sens de la guerre actuelle qui fut engagée dans de telles conditions qu’elle apparaissait comme la guerre des démocraties contre l’autocratie.
Une poussée de liberté, a-t-il dit, soulève le monde. Seraient-ce vous, socialistes, républicains qui, dans un moment de défaillance, admettriez que les peuples qui veulent la liberté retombent sous le joug qu’ils subissaient depuis des années ?
Si l’Allemagne triomphe, le principe de l’autocratie sera grandement fortifié dans ce pays : c’est toute l’idée socialiste et toute l’idée républicaine réduites à l’impuissance ; c’est d’autre part, la révolution russe compromise.
Notre but, le devoir nous le montre, c’est le triomphe de la loi morale, la suppression de tout ce qui s’oppose à son accomplissement, la réorganisation de l’Europe basée sur la souveraineté des nations libres, c’est l’aide de tous à tous pour l’émancipation de tous ceux qui sont opprimés, pour le soulagement de tous ceux qui souffrent, pour l’éducation de tous, l’indépendance de tous, l’armement de tous.
Albert Thomas rappelle alors ce que M. Caillaux disait récemment au Congrès radical :
« En France, il n’y eut de guerres bien menées, il n’y eut de guerres victorieuses que lorsqu’elles furent menées par la démocratie, par les partis de gauche. »
Mais il ajoute qu’il ne saurait suffire de le dire, comme le fait M. Caillaux.
Ne faut-il que des gouvernements de gauche ? Non ! Il ne suffit pas de proclamer des formules, il faut que le pays ait le sentiment que certains partis, certains groupements sont capables, par leur activité dans la défense nationale, de reconstituer autour d’eux l’union de toutes les forces, l’utilisation de toutes les ressources. Nous, socialistes, en raison de l’appel profond des masses ouvrières, en raison de ce que nous savons de l’opinion des tranchées, nous avons la certitude que c’est vers notre Parti que se tournent aujourd’hui les espérances et les aspirations d’un grand nombre de citoyens.
Parlant du gouvernement de guerre, Albert Thomas s’est exprimé ainsi :
Ces jours-ci, un journal reprenant une parole que j’ai prononcée à Commentry, déclarait que c’était folie et absurdité de la part des socialistes que de prétendre diriger la guerre au lieu et place des généraux. Nous n’avons jamais émis une pareille sottise ; aux généraux incombe le soin de conduire les opérations et de concevoir les plans militaires sans l’intervention du Parlement, ni du gouvernement ; mais, pour tracer le plan général de la guerre, pour voir où l’effort doit porter, en tenant compte à la fois des forces politiques et sociales, ce n’est plus alors le rôle des généraux, mais celui du gouvernement. Ce n’est pas dans un pays comme celui-ci, où l’on a le sens de la prédominance gouvernementale sur le pouvoir militaire, que la moindre difficulté peut surgir à ce sujet. J’ajouterai que le gouvernement de guerre, que vous ferez si vous le voulez par votre énergie, sera seul capable de résoudre les problèmes intérieurs qui troublent la nation.
En terminant, Albert Thomas s’est appliqué à démontrer que pour réaliser le socialisme de demain dans l’Europe libérée, pour que règne un peu plus de justice sociale, comme nous le désirons, il faut, délibérément, résolument, entrer dans la guerre et la pousser jusqu’à l’obtention de la paix durable que nous voulons et que tous les peuples réclament avec nous.
Le beau discours d’Albert Thomas a provoqué dans la salle des applaudissements chaleureux et répétés. »

NOVEMBRE

Depuis Février, l’ombre de la Révolution russe planait sur les engagements des socialistes français. Une révolution que la presse bourgeoise considérait sans la moindre sympathie... De leur côté, les socialistes français avaient placé leurs espoirs dans le gouvernement Kerensky, en soutenant à la fois sa lutte contre les généraux tsaristes (Kornilov) et contre la poussée "maximaliste" (Bolcheviks). On comprend leur angoisse devant la victoire de ces derniers en Octobre (novembre de notre calendrier).
À la fin de cette terrible année de guerre 1917, on ne peut pas dire que les socialistes français aient accueilli avec enthousiasme la prise de pouvoir par les Bolcheviks (aile gauche majoritaire du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, devenue parti indépendant en 1912 sous la direction de Lénine).


L’Humanité, 9 novembre 1917
" Des nouvelles d’une extrême gravité nous arrivent de Russie. Les maximalistes sont maîtres de la capitale. La garnison et le soviet de Pétrograd ont déposé le gouvernement de Kerensky.
Depuis plusieurs jours un vent d’orage soufflait de nouveau sur les milieux politiques de Pétrograd. Les maximalistes, après avoir décidé de ne pas tenter un coup de force, étaient entrés en conflit aigu avec le gouvernement : le Comité révolutionnaire nommé par le Soviet de Pétrograd avait refusé d’approuver les décisions prises par l’état-major de la circonscription militaire de Pétrograd et avait envoyé à toutes les troupes l’ordre de ne plus obéir au gouvernement.
Kerensky avait porté la question devant le Conseil démocratique. Il avait demandé à cette assemblée de déclarer nettement si elle lui prêterait son concours dans l’application des mesures de répression qu’il allait être contraint de prendre. Le Conseil démocratique n’avait pas répondu à cet appel. Par 123 voix contre 102 il rejetait sur la lenteur du gouvernement à résoudre la question agraire la responsabilité du mouvement maximaliste et invitait les Alliés à proclamer leurs conditions de paix.
Cet étrange ordre du jour marquait que le gouvernement ne trouverait pas dans le Conseil démocratique l’appui dont il aurait besoin à l’heure du danger. Les maximalistes avaient le champ libre.
Les mesures d’ordre prises par le gouvernement ont été inopérantes ; la majorité de la garnison était gagnée au maximalisme. L’espoir d’une paix immédiate ; l’espoir aussi que le maximalisme au pouvoir donnerait tout de suite à la démocratie paysanne la terre qu’elle convoite ardemment ; d’autres raisons plus obscures ont fait que le mouvement maximaliste n’a rencontré aucun obstacle.
La « décomposition », cette « razroukha », dont Krichwesky disait ici-même la profondeur de la gravité, avait peu à peu gagné et corrompu la masse de cette ville, où tant de crises, depuis neuf mois, se succèdent presque sans interruption.
Tandis que Kerensky est déposé, Lénine triomphe.
Et avec lui l’idée de la paix immédiate et toutes les surenchères qu’une masse ignorante accueillait sans discernement.
Ce triomphe sera-t-il de longue durée ? La vague maximaliste, maîtresse de la capitale, s’étendra-t-elle au reste de la Russie ? La démocratie travailleuse, les socialistes clairvoyants qui ont lutté avec tant de passion contre le désordre et la lassitude, ne vont-ils pas, en face du péril présent, tendre toutes leurs énergies pour le salut de la Russie et l’avenir des idées qu’ils représentent ?
Est-il possible, une fois la surprise passée, qu’ils ne trouvent pas le concours des énergies nécessaires, et la force qu’auront accrue les expériences les plus douloureuses ? / Nous le saurons sans doute bientôt. De l’excès même du mal le bien peut encore sortir, pourvu que ne soit pas éteinte la flamme révolutionnaire à la clarté de laquelle l’ancien régime fut anéanti. –S.

" A Petrograd
Londres, 8 novembre. – Un message de Pétrograd daté d’hier à 9 h. 5 du soir annonce que le mouvement maximaliste a fait de nouveaux progrès, mais qu’aucun désordre ne s’est produit. 
A 5 heures, le parti révolutionnaire du Soviet publie une proclamation annonçant qu’il prenait possession de la ville. L’aide de la garnison lui permit d’effectuer ce coup d’audace sans effusion de sang. 
La proclamation déclare en outre que le gouvernement proposera une paix immédiate et juste. Il remettra la terre aux paysans et convoquera l’Assemblée constituante. 
Un télégramme parti à 1 h. 10 ce matin prétend que trois régiments de cosaques qui se trouvent à Pétrograd ont déclaré qu’ils n’obéiraient pas au gouvernement provisoire. / Dans un réunion du Soviet hier après midi, le président a déclaré que le gouvernement provisoire n’existait plus. Quelques ministres avaient été arrêtés et le parlement préliminaire avait été dissous. 
Lénine a été reçu avec de vives acclamations. – (L’Information.)
Kerensky déposé
Pétrograd, 8 novembre. – Les maximalistes sont maîtres de la ville. 
Kerensky a été déposé. "

Pendant quelques jours, la dénonciation du "coup de force maximaliste" s’en tient aux dépêches d’agences.


Le 12 novembre enfin, dans son éditorial de l’Humanité, Renaudel apporte l’analyse suivante, où il revisite le processus révolutionnaire russe à l’aune de la Grande Révolution française, et condamne sans appel le "coup de force" des Bolcheviks, dont il pense l’échec inévitable.

« Faisons confiance
Les événements de Russie semblent prendre dès maintenant une tournure nouvelle. Kerensky, qui a pu éviter l’arrestation certainement projetée par les maximalistes, va sans doute pouvoir réunir autour de lui les éléments qui sont prêts à s’opposer au coup d’Etat des Trotsky et Lénine. Ce coup d’Etat aura été le point culminent du maximalisme. Il est difficile d’imaginer que ses conséquences puissent être durables.
Il n’en est pas moins vrai que l’enseignement qui se dégage, pour les hommes décidés à assurer le salut de la Russie révolutionnaire, est de ne pas retarder plus longtemps l’élection de la Constituante. Tant que celle-ci n’a pas eu lieu, il n’y a en effet de possible aucun pouvoir stable, permanent et incontesté. Même une dictature comme celle de Kerensky ne peut être reconnue que si elle est appuyée sur le consentement d’un organisme de représentation du peuple. Sans quoi toute personnalité reste discutable, toute autre personnalité peut intriguer et réclamer pour elle le bénéfice de cette dictature. C’est ce que nous venons de voir, successivement pour les généraux Kornilov et Verkhovsky.
Pour que la Russie s’organise il ne peut pas non plus coexister deux pouvoirs, celui du gouvernement et celui des Soviets.
Notre presse blâme beaucoup les Soviets, oubliant qu’ils ressemblent singulièrement à nos clubs révolutionnaires des Cordeliers, des Feuillants ou des Jacobins. Nous croyons, nous, que les Soviets répondent à la force profonde de la Révolution russe. Mais les clubs révolutionnaires n’avaient qu’une influence indirecte. C’est la Convention qui malgré tout gardait le pouvoir suprême. Il faut que la Russie en arrive là pour son compte. Nous voulons faire confiance à la démocratie russe. Nous nous félicitons de voir que nous ne sommes pas seuls dans cet état d’esprit, et qu’un homme comme M. de Chevilly [diplomate, chargé du service de presse à Petrograd] ait dit hier :
Sous la fumée de tout ce tumulte, il y a quelque chose qui se passe et qu’on ne voit pas : c’est la création de la Russie nouvelle. On ne sait pas si la crise qui accompagne nécessairement cette création sera plus ou moins longue – et personnellement je la crois assez courte. Mais ce qui est sûr pour ceux qui connaissent la Russie, c’est qu’elle sortira de la crise formidablement grandie, qu’elle sera plus que jamais un des facteurs indispensables de la politique internationale future et que la paix du monde et l’avenir de la civilisation dépendront de l’union de la Russie et de la France, bien résolues à prévenir désormais tout retour des tentatives impérialistes.
Ce qui nous change de ces critiques sans mesure que nous voyons s’étaler dans la plupart de nos journaux.
Sans doute, il est grave pour nous, Français, comme pour les alliés, que ce soit au milieu d’une guerre aussi formidable que des événements intérieurs retardent l’effort militaire de la Russie. Mais nous aurions tort de ne pas nous rappeler que notre Révolution n’a pas organisé la France en un jour, qu’elle a connu sa guerre de Vendée, ses troubles de la rue, ses concurrences de personnes, et qu’un vaste pays comme la Russie a besoin de crédit pour sortir du chaos réel où le maintenait un régime aussi exécré et pourri que le tsarisme. Les alliés peuvent aider la Russie pour cette œuvre de réorganisation. C’est à cela que l’on devrait songer plutôt qu’à un dénigrement systématique que ne manquent pas d’invoquer les exagérés dont l’entreprise est en ce moment même, on peut l’espérer, en train d’avorter.
Pierre RENAUDEL. »

Notes

[1la Douma

[2Comité exécutif provisoire du Soviet des députés ouvriers, plus communément appelé Soviet de Petrograd, initiateur de la Révolution

[3Suite à la démission du Tsar, le gouvernement provisoire de coalition avait été formé la veille, 16 mars, par des ministres « constitutionnels-libéraux », centristes et socialistes. Le gouvernement était chargé de préparer des élections pour une Constituante, mais le Soviet de Petrograd contrôlait de fait la ville et l’armée

[41905

[5Graphie de Renaudel. Kerenski, avocat, leader du socialiste révolutionnaire, non marxiste, à base paysanne et intellectuelle

[6Social-démocrate menchévik. Les socialistes SFIO se reconnaissaient dans ce courant menchevik opposé à l’autre courant social-démocrate, les bolcheviks, très minoritaires alors

[7On chanta en effet la Marseillaise, plus en hymne révolutionnaire qu’en hymne « français »] C’est une grande fierté que les socialistes de France ne renieront point que notre pays, à l’heure même de la guerre terrible et meurtrière, soit invoqué par les peuples qui veulent se libérer à la fois du joug intérieur et de la menace extérieure.
Cette heure-là, au milieu des deuils, fera tressaillir d’espoir les cœurs des socialistes, des républicains, de tous ceux qui escomptent le progrès des démocraties comme le facteur de la paix définitive.
Et l’Allemagne, l’Allemagne impériale en sera blessée. L’Allemagne démocratique et socialiste en sera-t-elle remuée ?
Pierre RENAUDEL. »
[[Pierre Renaudel, 1871, vétérinaire, de formation blanquiste, député proche de Jaurès, qu’il remplace à la direction de l’Humanité.

[8Banquier et homme politique

[9Industriel et homme politique

[10Homme d’affaires et homme politique, chef du "parti colonial" en Algérie

[11Homme politique et homme d’affaires

[12On connaît le nationalisme chauvin de l’écrivain

[13Réunions socialistes internationales

[14Alexandre Ribot, Président de la République ; ex président du Conseil, ministre des affaires étrangères ; président du Conseil

[15pseudonyme utilisé par le philosophe et anthropologue Lévy-Bruhl, ami de Jaurès et de son socialisme réformiste, pour signer ses article dans l’Humanité

[16Les États Unis entrent alors dans le conflit

[171872, membre du Conseil d’État depuis 1895, ami de Jaurès, collaborateur de l’Humanité dès sa création, chef de cabinet du ministre socialiste Marcel Sembat, 1914-1916. Réformé pour cause de myopie

[18Dirigeants sociaux-démocrates allemands, partisans de la guerre, opposés à la minorité pacifiste du SPD

[19Donc, refus d’aller à Stockholm

[20Dubreuilh, journaliste, de formation blanquiste, mais unitaire, il contribua grandement à la naissance de la SFIO dont il était le secrétaire général de la SFIO depuis sa création en 1905

[21Dominé par les socialistes mencheviks zimmerwaldiens

[22Représentants des deux courants, majoritaire et minoritaire

[23On imagine ce que pouvaient ressentir qui, comme Dubreuilh, (voir article précédent), avaient rejeté violemment ces propositions

[24C’est bien ce que clame la presse bourgeoise !

[25Donc le Parti reste ferme sur la poursuite de la guerre

[26Jaurès, évidemment, dont Renaudel était très proche

[27Le souvenir était encore à vif des affrontements entre groupements socialistes qui avaient précédé l’unité des socialistes par la création de la SFIO, en 1905

[28Allusion à l’état d’esprit à l’arrière, et surtout à "la grève des tranchées" et aux mutineries sur lesquelles, pour le moment, l’Humanité est plus que discrète, censure oblige

[29Pierre Renaudel, 1871, vétérinaire, de formation blanquiste, désormais majoritaire modéré, député proche de Jaurès, qu’il remplace à la direction de l’Humanité.

[30Les siens

[31Demeuré à Petrograd

[32Jaurès

[33Minoritaire

[34La presse nationaliste était déchaînée

[35Député, collaborateur de l’Humanité, majoritaire

[36En ce début septembre 1917, la désobéissance au front a perdu en intensité après le pic de mai-juin, mais l’investissement militaire du camp militaire de la Courtine (Creuse) se poursuit : plusieurs milliers de soldats du corps expéditionnaire russe en France, partisans des Soviets et de la paix immédiate, y avaient été regroupés afin de ne pas "contaminer" d’esprit révolutionnaire les mutineries françaises de la lassitude. L’assaut sanglant du Soviet de la Courtine sera donné le 18 septembre. Septembre 2017 a connu de nombreuses initiatives autour de la mémoire des soldats russes mutinés. Vous en trouverez facilement l’écho sur le Net

[37Célèbre historien de la Révolution française, militant de la Ligue des droits de l’Homme

[38Concession faite à l’opinion conservatrice, voire encore royaliste, alors que les socialistes insistaient sur la naissance de l’identité nationale dans et par la Révolution

[39Dubreuilh, journaliste, de formation blanquiste, mais unitaire, il contribua grandement à la naissance de la SFIO dont il était le secrétaire général de la SFIO depuis sa création en 1905, majoritaire.

[40Revendiquée par l’Italie ; Renaudel, élu du Var, sait que les Italiens sont nombreux ici

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