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1958 - Pouvoirs spéciaux

mercredi 10 juillet 2019, par René Merle

La fuite en avant du gouvernement Guy Mollet

Je sais combien l’éternelle référence au passé peut agacer nos jeunes contemporains. Je ne m’y risque cependant que dans la mesure où cette référence, d’une certaine façon, peut être éclairante au présent, et je ne m’y risque aussi qu’en mesurant les interrogations, plus que légitimes, sur l’usage qui peut être fait.
J’évoque ici une situation vieille de presque soixante ans, « les événements d’Algérie », situation qui, dans ses tenants, aboutissants et participants, n’a rien à voir avec la situation actuelle, sinon que des êtres humains qui n’auraient demandé qu’à vivre tombaient à cause d’une grenade lancée dans une terrasse de café, à cause d’un ratissage de mechta, à cause d’une violence visant à obliger chacun à choisir son camp, à la vie à la mort.
Le 12 mars 1956 (je n’avais pas encore vingt ans), le gouvernement socialiste – radical de Guy Mollet sollicitait et obtenait des « pouvoirs spéciaux » afin de faire face à la situation dans les départements français d’Algérie. « Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ». Le texte fut adopté par l’Assemblée nationale par 455 voix, y compris par celles des 146 députés communistes (mon père était l’un d’eux, et je me souviens toujours des interrogations qui nous avaient partagés à cette occasion).
On sait, hélas, ce qui adviendra de ces « pouvoirs spéciaux » votés à la hâte, qui ne réglèrent pas, loin de là et c’est le moins que l’on puisse dire, le drame initié à l’automne 1954, et perpétué jusqu’aux dernières et tragiques secousses de 1962.
C’est cette précipitation et cette impuissance assumées du gouvernement socialiste d’alors qui m’interrogent violemment aujourd’hui. Certes, les hommes ont changé, mais au-delà de leur idéologie proclamée (Guy Mollet se disait guesdiste révolutionnaire, mais oui !, alors que François Hollande se dit social-démocrate), quelle confiance pouvons nous accorder à ces dirigeants proclamés « normaux » qui, devant l’avènement de la violence de l’Histoire, semblent ne pas vraiment faire la distinction entre la plus que nécessaire garantie de la sécurité publique et l’engrenage liberticide du tout sécuritaire.

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