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1958, l’année du Coup d’État

mercredi 10 juillet 2019, par René Merle

Le ralliement à de Gaulle de presque toutes les familles politiques.

Cf. : 1958 - Pouvoirs spéciaux

Pascal Quignard dut quitter sa ville d’enfance, Le Havre, en 1958. Avant de partir, il jeta quelques piécettes dans les ruines de l’ancienne chapelle où avait dû faire la quête.
« Je vois encore les pièces de monnaie légères et blanches qui glissent entre les lambeaux de plâtre, en 1958, juste après le coup d’État ».
Ainsi écrit-il à la fin du chapitre VII, "la cité de l’autre monde" [1].
Ainsi sème-t-il cette vérité dans ses textes et dans ses dires (je l’ai entendu aux journées de la correspondance de Manosque), ainsi assène-t-il cette vérité à ceux qui veulent oublier, à ceux qui ne veulent pas savoir et ne veulent pas entendre : 1958, l’année du coup d’État...

Le jour du putsch militaire du 13 mai 1958, un nouveau gouvernement avait été formé sous la présidence du démocrate chrétien Pflimlin. Mais il fut dépassé par la tournure que prirent les événements.
Je me souviens comme si c’était hier de ce 24 mai1958 où la radio nous apprit que les Paras de Calvi, en liaison avec les paras putschistes d’Alger (opération aéroportée), avaient pris le contrôle de la Corse, et institué un comité de salut public prolongeant celui des putschistes d’Alger.
Avec, il faut bien le dire, l’aval enthousiaste d’une bonne partie de la population insulaire que ne travaillaient pas encore les ferments nationalistes. Mais le cœur penchait vers ces Pieds Noirs dont tant étaient des compatriotes.
Un ultimatum de cinq jours était donné au gouvernement pour qu’il laisse place à un Comité de salut public.
Je me souviens de l’affolement du gouvernement quand l’annonce fut faite que les paras allaient sauter sur la capitale, vers laquelle devaient converger les unités parachutistes de la métropole. On a su plus tard, que les groupes activistes d’extrême droite étaient programmes pour investir les centres stratégiques et neutraliser les opposants possibles.
La police et les CRS n’étaient pas sûrs, c’est le moins que l’on pouvait dire, et pendant ces jours dramatiques la France a été en suspens en attente du coup de force.
« Opération Résurrection » !
Télécommandée par les putschistes du Comité de salut public d’Alger, elle se fixait pour but le retour au pouvoir du général de Gaulle, au risque assumé de la guerre civile. Les historiens savent aujourd’hui que Michel Debré et le général suivaient l’affaire heure par heure, et préparaient leur entrée en scène politique.
Il n’en fallut pas plus pour que, le 28 mai, à quelques heures de l’échéance de l’ultimatum lancé par les putschistes, le gouvernement démissionne et que le Président Coty fasse appel au général de Gaulle.
De Gaulle est nommé président du Conseil le 1er juin, par 329 voix contre 224. Ont voté contre des personnalités comme Mendès France et Mitterrand, une partie seulement des socialistes et des radicaux, et la totalité des communistes.
L’Assemblée lui vote ensuite les pleins pouvoirs pour six mois, et le charge de rédiger une nouvelle constitution.
Dans ce premier gouvernement de Gaulle, outre les gaullistes et de hauts fonctionnaires, se retrouvent notamment des ministres socialistes, démocrates chrétiens (MRP), « indépendants » (CNI, droite)…

Le 14 juillet, les paras triomphants (mais quelque peu floués, ce n’était pas le de Gaulle et le gouvernement qu’ils attendaient) faisaient florès dans les bals populaires parisiens.
Et la guerre d’Algérie continuait…

Notes

[1Pascal Quignard, La barque silencieuse, Seuil, 2009. - Folio, 2011.

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