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Du rôle des minorités actives

jeudi 13 décembre 2018, par René Merle

et du bon usage de la pression populaire

J’ai plusieurs fois écrit sur ce site qu’une des planches de salut du Pouvoir face à la colère des Gilets jaunes était l’anesthésie. On le voit aujourd’hui, l’opération est bien lancée. Le drame de Strasbourg aidant, il n’est pas exclu que le gouvernement obtienne une pause, après avoir lâché quelque lest, et réalisé qu’il n’était plus en situation de force.

On peut imaginer ce qui serait advenu si, au moment des luttes contre la loi Travail et la réforme de la SNCF, des gilets rouges avaient occupé ronds points et péages, fait intrusion dans les artères symboles de la richesse et du pouvoir, obligé le Président à se barricader dans son palais devenu bunker, si des gilets rouges avaient brûlé une préfecture et coursé le Président venu visiter les ruines...

Les bons éditorialistes auraient alors crié au péril rouge, à la révolution bolchevik, à l’anarchie, et j’en passe... Sans doute, fort de la grande peur ainsi suscitée dans l’opinion, le pouvoir n’aurait pas cédé, voire aurait engagé un processus répressif très violent. Mais peut-être aussi, si, au-delà des manifestations promenades, avec casseurs intrusifs traditionnels en tête, les syndicats y avaient vraiment cru, leurs centaines de milliers de sympathisants, et le potentiel de force populaire qu’ils représentent, auraient pu, sans courir l’aventure inutile et dangereuse, obtenir ce que quelques milliers de Gilets jaunes ont laissé entrevoir, faire plier le Pouvoir.

Mais sans doute le relatif succès des Gilets jaunes tenait au fait que l’on ne pouvait pas les connoter de syndicalisme, et encore moins de péril rouge. Et c’est cet apolitisme proclamé qui a terrifié le Pouvoir, car il s’inscrivait dans les profondeurs de notre société, et pas seulement dans sa frange syndiquée et politisée, si mal en point apparemment que ce Pouvoir avait cru la traiter par le mépris et l’ignorer.

Mais on ne réécrit pas l’Histoire. En tout cas, les récentes péripéties ne peuvent que nous faire réfléchir sur ce qui va advenir si, comme le Président contrit mais obstiné l’a encore réaffirmé, il ne changera pas de cap.

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