Categories

Accueil > Idéologies du mouvement social sur le long XIXe siècle > 1830-1847. Communistes > L’Humanitaire (Paris) et le Travail (Lyon). Deux fondements du communisme (...)

L’Humanitaire (Paris) et le Travail (Lyon). Deux fondements du communisme égalitaire néo-babouvisme

vendredi 14 décembre 2018, par René Merle

L’Humanitaire et Le Travail

J’évoquais dans un article récent la naissance à Paris, en juillet 1841, du mensuel égalitaire l’Humanitaire Communisme égalitaire, Jean-Jacques Pillot, dont le matérialisme résolu et le communisme proclamé firent scandale. Ne proclamait-il pas que sans la société communiste pour laquelle il militait « toute domination de l’homme sur l’homme serait abolie » ! l’Humanitaire n’eut que deux numéros : en septembre son gérant, le jeune Gabriel Charavay [1] fut arrêté et condamné à deux ans de prison.
Dans le même temps (juin 1841) naissait à Lyon une autre publication tout aussi communiste, le Travail. Je l’ai déjà présentée sur ce site Naissance du communisme prolétarien
Voici comment cette publication est saluée et commentée par l’Humanitaire :

« Le Travail. Organe de la rénovation sociale.
Tel est le titre d’un journal mensuel récemment publié à Lyon, fondé et rédigé exclusivement par des ouvriers. Pour ce qui est de l’esprit exclusif qu’ils impriment à leur œuvre, nos frères de Lyon peuvent s’approprier les mêmes raisons que nous donnons au journal l’Atelier [2]. Mais ce n’est pas là encore ce qui nous tient le plus à cœur : nous gémissons de les voir marcher dans une fausse voie, de les voir se rattacher aux idées spiritualistes diamétralement opposées à la doctrine de la communauté égalitaire, dont ils sont les apôtres [3]
Espérons qu’ils reviendront de leur erreur, et qu’ils reconnaîtront qu’on ne peut tirer de bonnes conséquences d’un principe mauvais. Puissent-ils n’admettre, comme nous, que les choses susceptibles de la plus rigoureuse démonstration [4]
Il y a assez longtemps qu’on donne dans le vague, et qu’on cherche le bonheur où il n’est pas. »

Un bon exemple de la scission philosophique entre les deux courants et les deux justifications du jeune communisme, telles que l’indiquent les sous-titres des deux publication : science sociale nourrie de matérialisme athée et libertaire, et rénovation, « spiritualisme » chrétien porteur de l’idéal christique.

Notes

[1Né à Lyon en 1818, le bonnetier Gabriel Charavay, militant blanquiste, était disciple de Buonarotti

[2Je reviendrai dans un article ultérieur sur la polémique entre l’Humanitaire et l’Atelier, à propos du rôle des intellectuels dans le mouvement ouvrier

[3Ainsi, on lit dans le n°1 : « Donc, si Dieu n’a pu vouloir sur la terre que l’harmonie et le bonheur, l’Égalité et la Fraternité ont dû entrer dans ses desseins, car le bonheur ne saurait exister là ou l’égalité et la fraternité ne régneraient pas. »

[4On lit au début de l’éditorial du n°1 de l’Humanitaire : « Le journal que nous publions a pour mission de développer les principes de la science sociale. »

1 Message

Répondre à cet article