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L’insurrection républicaine de 1851 et "la Sociale"

lundi 15 juillet 2019, par René Merle

En écho à un 14 juillet parisien mouvementé

Les Gilets jaunes, que d’aucuns disaient morts, se sont donc énergiquement manifestés hier sur les Champs-Élysées. Ce qui me renvoie aux interrogations sur la nature et les buts du mouvement, que d’aucuns ont vite rangé du côté d’un poujadisme renaissant, et d’autres du côté de l’aventurisme sans principes.
J’ai ménagé mon hypertension en n’écoutant pas trop longtemps les commentaires télévisés, largement unis dans la condamnation en bloc (sifflets du matin, violences de l’après-midi). Exceptés les commentaires pudiques de la gauche de la gauche et de LFI qui faisaient la distinction entre les "vrais Gilets jaunes", ceux du matin, et les trublions anarchiques de l’après-midi. Trublions ? Voire...
Une journaliste effarouchée trouvait la preuve de la main de l’Anarchie dans le fait que les manifestants de l’après-midi scandaient : "Révolution, révolution..."
C’était quand même bien le moins un jour de prise de la Bastille, après la vague de contrôles, palpations, interpellations musclées, ballons jaunes crevés, femmes plus que bousculées, grenadages et autres amabilités.
Et je me suis mis à repenser à l’insurrection populaire de décembre 1851 contre le coup d’État du Président de la République de l’époque, Sous-Napoléon Bonaparte...
Dans mes nombreuses conférences et allocutions à propos de l’insurrection républicaine de 1851 [1], j’ai souvent été interpellé par des militants politiques de "la gauche de la gauche", qui s’étonnaient que j’accorde tant d’importance à un événement qui gommait la dimension de classe telle qu’elle s’était exprimée en juin 1848 dans l’insurrection purement prolétarienne. Lors d’un colloque à Auxerre, un universitaire spécialité dans le mouvement ouvrier... et paysan (Renaud Jean notamment) m’avait interpellé avec un ironique "Et la Sociale dans tout ça ?"
J’avais répondu, sans le convaincre, que "la Sociale" était bien là, à sa façon et plus que jamais, dans ce front de classe républicain unissant des paysans pauvres ou "moyens", des artisans", des médecins et instituteurs de villages, des petits bourgeois généreux, et quelques ouvriers rescapés du trauma de juin 48 et de l’année 49. Certes, l’habillage était politique, c’était celui de la démocratie socialiste "rouge" et de son programme très concret de passage au pouvoir. Et certes encore, l’organisation quasi militaire en sociétés secrètes expliquait l’apparente spontanéité du mouvement. Mais l’assise sociale était bien celle là, et sans elle rien ne se serait produit.
Cécité qui nous ramène aux Gilets jaunes, que l’on ne peut pas comprendre si l’on ne prend pas en compte cette dimension de front de classe populaire, à laquelle, hélas, il manque l’habillage politique et l’organisation nationale d’intervention.

Notes

[1Toutes mes interventions sur ce sujet sont consultables sur le site 1851 catégorie "Auteurs".

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