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Gaston Couté, « Le fondeur de canons »

mercredi 24 juillet 2019, par René Merle

Un terrible texte antimilitariste

Cf. : Antimilitarisme socialiste : Gustave Hervé – Gaston Couté, 1910

Un très beau texte du chansonnier libertaire Gaston Couté (1880-1911) : Le fondeur de canons.
Il s’inscrit dans la phase ultime de création (1910-1911) où Couté prolonge son si profond et si humain rapport au petit peuple de sa Beauce natale, par un engagement protestataire révolutionnaire virulent.

Le texte est publié dans La chanson d’un gâs qu’a mal tourné. Poésies de Gaston Couté. Œuvres complètes, deuxième volume, Le Vent du Ch’min éditeur, Saint-Denis, 1983.
Il a été chanté par de nombreux artistes, que vous pouvez retrouver sur le très riche site de référence : Gaston Couté

Je suis un pauvre travailleur
Pas plus méchant que tous les autres,
Et je suis peut-être meilleur
O patrons ! que beaucoup des vôtres ;
Mais c’est mon métier qui veut ça,
Et ce n’est pas ma faute, en somme,
Si j’use chaque jour mes bras
À préparer la mort des hommes…

Refrain
Pour gagner mon pain
Je fonds des canons qui tueront demain
Si la guerre arrive.
Que voulez-vous, faut bên qu’on vive !

Je fais des outils de trépas
Et des instruments à blessures
Comme un tisserand fait des draps
Et le cordonnier des chaussures,
En fredonnant une chanson
Où l’on aime toujours sa blonde ;
Mieux vaut ça qu’être un vagabond
Qui tend la main à tout le monde.

Et puis je suis aussi de ceux
Qui partiront pour les frontières
Lorsque rougira dans les cieux
L’aurore des prochaines guerres ;
Là-bas, aux canons ennemis
Qui seront les vôtres, mes frères !
Il faudra que j’expose aussi
Ma poitrine d’homme et de père.

Ne va pas me maudire, ô toi
Qui dormira, un jour, peut-être,
Ton dernier somme auprès de moi
Dans la plaine où les bœufs vont paître !
Vous dont les petits grandiront
Ne me maudissez pas, ô mères !
Moi je ne fais que des canons,
Ça n’est pas moi qui les fais faire !

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