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Nouvelles du Québec

jeudi 25 juillet 2019, par René Merle

La Princesse Dahlia est de retour en cambrousse !

« Bonjour à vous. Un coucou rapide avec mes pensées les affectueuses.
Et ce petit texte en guise de parasol...
Jacques

Historiette du pays lointain de mon enfance.

Ce n’était pas trop à la mode, dans le temps, en campagne, en tout cas chez nous, d’ajouter un parterre fleuri et « clean cut » au déjà grand jardin prenant de ma mère, à ses lilas, pivoines, rosiers et boules de neige ; au carré de patates pour l’année, aux récoltes de mil et d’avoine pour les 21 vaches de la ferme, quelques veaux pour la relève, le « team » de chevaux, cinq-six mamans truies et un verrat, poules, lapins, deux chiens, sept-huit chats... Et cinq enfants espacés de plusieurs fausses couches ! Sans compter le bois à couper et scier manuellement pour la maison (cuisine et chauffage), et la cabane à sucre de mon père. Faut bien dire ce qui est, à la manière du vieil Alfred DesRochers : « Je suis le fils déchu d’une race surhumaine ».

Reste que dans ma petite tête de neuf-dix ans, ça me faisait triper et germiner la culture des fleurs, les plantes sauvages que je ramenais de la sucrerie, la transplantation des arbres... Et ce, bien avant la prise du pouvoir des hippies et de PET (Pierre Eliot Trudeau), fleur à la boutonnière. Mon père m’a dit un jour que je deviendrais peut-être fleuriste. On dirait aujourd’hui horticulteur. Ça ne me le disait pas trop. Le seul fleuriste que je connaissais de réputation, et encore, ce n’était pas un vrai, c’était le chanteur de charme Michel Louvain, propriétaire de quelques boutiques. Ce type ne m’inspirait guère depuis que j’avais vu, interloqué, l’une de mes sœurs ado se prosterner à genoux comme une énervée devant l’écran de la TV sur pattes pour embrasser la merveille de l’heure, en gros plan noir et blanc, en train de chanter Sylvie sous les remparts. Ou Un certain sourire...

Un bon jour de printemps, mon oncle Donia nous a apporté un sac de carottes de dahlias. Il y avait beaucoup de fleurs autour de sa belle maison de style anglais, à dix minutes de marche de la nôtre. Mon oncle possédait même l’outil de mes rêves : une tondeuse à bras ! Je la lui ai d’ailleurs empruntée, tirée à pied sur le chemin de gravelle... Je voyais grand et ne portait pas à terre. Je dois avouer que cet engin s’est avéré difficile à manœuvrer sur le devant raboteux de la maison, couvert de poils sous le gros érable, comme on dit du petit foin fou. Déception. Mais, les dahlias ! Je m’en suis occupé ! Et c’était surprenant, beau à mon goût, ajoutant au fil des saisons glaïeuls et pensées, et même, en toute fierté innocente, une bordure kicht de roches peinturlurées en blanc avec de la chaux !

Mais je crois que le plus vif de ce pays de jadis, « loin dans ma campagne, [où] ce n’est plus comme avant », comme le chante Donald Lautrec, jusqu’à ma pré-adolescence, c’est que mes parents m’ont laissé faire ces jeux et expériences de petit cultivateur en toute liberté, sans jamais dire à leur « bébé » un seul mot de travers. J’étais un enfant plutôt seul, sur un terrain de jeu qui me semblait infini, tournant comme un poème autour du soleil. Je viens d’un autre monde, avec d’autres gâteries, où j’ai rêvé comme un bon à de grandes récoltes par la magie de mes mains, la caboche comme une cabane d’oiseaux.

Ça n’a pas fait de moi un être des plus rigoureux, car la vie, la vie..., mais, je crois, d’une sincère tolérance pour les humains et un amour sans borne pour la nature, rudesse comprise. Bref, il faut miser sur la liberté des enfants, ne pas trop couper de branches, comme a dit un jour Michel Chartrand, regrettant un peu à mots couverts sa propre sévérité de père. Par contre, nous ne sommes pas encore assez sévères pour tout ce qui de nous-même, crache dans l’eau, dans l’air, l’empoisonnement érigé en système !

Cette année, bien humblement, j’ai semé à nouveau des dahlias. Au même endroit que jadis. Pour passer le temps. »

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