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Marx, nationalités, démocratie et lutte de classes

vendredi 26 juillet 2019, par René Merle

La Révolution prolétarienne viendra d’Angleterre…

Cf. : "Engels, compte-rendu du meeting de Londres sur la Pologne..." : Engels et le meeting pour la Pologne, Londres 1847

Voici le texte de l’intervention de Marx au meeting londonien du 29 novembre 1847, tel que le publie le journal bihebdomadaire bruxellois de Marx le 9 décembre 1847 [1], dont le lectorat germanophone mêle radicaux, socialistes et communistes.)
Marx y exprime une fois de plus son sentiment que la Révolution viendra du pays où la classe ouvrière est d’ores et déjà majoritaire. L’avenir ne lui donnera pas raison.

" L’entente et la fraternité des nations est une phrase que tous les partis ont à la bouche aujourd’hui, notamment les libre-échangistes bourgeois. Il existe en effet une sorte de fraternité parmi les classes bourgeoises de toutes les nations : c’est la fraternité des oppresseurs contre les opprimés, des exploiteurs contre les exploités. De même que la classe bourgeoise d’un pays est fraternellement unie contre le prolétariat du même pays, malgré la concurrence et la lutte des membres de la bourgeoisie entre eux, de même les bourgeois de tous les pays sont fraternellement unis contre les prolétaires de tous les pays malgré leur rivalité et leur concurrence sur le marché mondial. Pour que les peuples puissent vraiment s’unir, il faut que leurs intérêts soient communs, il faut abolir les conditions actuelles de propriété, car elles impliquent l’exploitation des peuples entre eux. Seule la classe ouvrière a intérêt à abolir le régime actuel de la propriété. La classe ouvrière est d’ailleurs la seule à avoir les moyens de le faire. La victoire du prolétariat contre la bourgeoisie est en même temps la victoire sur les conflits nationaux et industriels qui dressent de nos jours les différents peuples les uns contre les autres. Aussi la victoire du prolétariat contre la bourgeoisie sera-t-elle le signal de la libération de tous les peuples opprimés.
L’ancienne Pologne est certes perdue et nous serions les derniers à souhaiter son rétablissement. Mais l’ancienne Pologne n’est pas la seule à être perdue. La vieille Allemagne, la vieille France, la vieille Angleterre, toute l’ancienne société est perdue. Mais la perte de l’ancienne société n’est pas une perte pour ceux qui n’ont rien à perdre dans l’ancienne société, et dans tous les pays, c’est le cas pour la grande majorité des hommes. Bien au contraire, ils ont tout à gagner à la disparition de l’ancienne société, qui entraîne la création d’une société nouvelle non plus fondée sur l’antagonisme des classes. De tous les pays du monde l’Angleterre est celui où l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie est le plus développé. La victoire du prolétariat anglais sur la bourgeoisie anglaise est, par conséquent, décisive pour la victoire de tous les opprimés contre leurs oppresseurs. Il en résulte que ce n’est pas en Pologne que la Pologne doit être libérée, mais en Angleterre. Et vous, chartistes, vous n’avez pas à exprimer de pieux souhaits pour la libération des nations. Battez vos propres ennemis de l’intérieur et vous pourrez avoir la fière conscience d’avoir battu toute l’ancienne société."

Notes

[1Die Vereinigung und Verbrüderung der Nationen ist eine Phrase, die alle Parteien heute im Mund führen, so namentlich die bürgerlichen Freihandelsmänner. Es existiert allerdings eine gewisse Art Verbrüderung unter den Bourgeoisklassen aller Nationen. Es ist dies die Verbrüderung der Unterdrücker gegen die Unterdrückten, der Exploiteurs gegen die Exploitierten. Wie die Bourgeoisklasse eines Landes gegen die Proletarier desselben Landes vereinigt und verbrüdert ist, trotz der Konkurrenz und des Kampfes der Mitglieder der Bourgeoisie unter sich selbst, so sind die Bourgeois aller Länder gegen die Proletarier aller Länder verbrüdert und vereinigt, trotz ihrer wechselseitigen Bekämpfung und Konkurrenz auf dem Weltmarkte. Damit die Völker sich wirklich vereinigen können, muß ihr Interesse ein gemeinschaftliches sein. Damit ihr Interesse gemeinschaftlich sein könne, müssen die jetzigen Eigentumsverhältnisse abgeschafft sein, denn die jetzigen Eigentumsverhältnisse bedingen die Exploitation der Völker unter sich : die jetzigen Eigentumsverhältnisse abzuschaffen, das ist nur das Interesse der arbeitenden Klasse. Sie allein hat auch die Mittel dazu. Der Sieg des Proletariats über die Bourgeoisie ist zugleich der Sieg über die nationalen und industriellen Konflikte, die heutzutage die verschiedenen Völker feindlich einander gegenüberstellen. Der Sieg des Proletariats über die Bourgeoisie ist darum zugleich das Befreiungssignal aller unterdrückten Nationen.
Das alte Polen ist allerdings verloren, und wir wären die letzten, seine Wiederherstellung zu wünschen. Aber nicht nur das alte Polen ist verloren. Das alte Deutschland, das alte Frankreich, das alte England, die ganze alte Gesellschaft ist verloren. Der Verlust der alten Gesellschaft ist aber kein Verlust für die, die nichts in der alten Gesellschaft zu verlieren haben, und in allen jetzigen Ländern ist dies der Fall für die große Mehrzahl. Sie haben vielmehr alles zu gewinnen durch den Untergang der alten Gesellschaft, welcher die Bildung einer neuen, nicht mehr auf Klassengegensätzen beruhenden Gesellschaft bedingt.
Von allen Ländern ist England dasjenige, worin der Gegensatz zwischen Proletariat und Bourgeoisie am entwickeltsten ist. Der Sieg der englischen Proletarier über die englische Bourgeoisie ist daher entscheidend für den Sieg aller Unterdrückten gegen ihre Unterdrücker. Polen ist daher nicht in Polen, sondern in England zu befreien. Ihr Chartisten habt daher keine frommen Wünsche zur Befreiung der Nationen auszusprechen. Schlagt eure eigenen inländischen Feinde, und ihr dürft dann das stolze Bewußtsein haben, die ganze alte Gesellschaft geschlagen zu haben.

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