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Jaurès, « Histoire socialiste »

samedi 27 juillet 2019, par René Merle

Seule la vérité est révolutionnaire ?


L’histoire peut-elle être objective si elle est mise au service d’une cause ? On
peut naturellement en douter, mais c’est pourtant le défi que lançait Jaurès en rédigeant son Histoire socialiste de la France contemporaine [1]
Voici comment Jaurès présentait son ouvrage :
« À mesure qu’une nouvelle classe sociale surgit et affirme sa force, elle ne cherche pas seulement à préparer l’avenir ; elle veut comprendre le passé et l’interpréter selon les lumières nouvelles de sa conscience.
L’heure est venue pour le prolétariat ouvrier et paysan de prendre possession par la pensée du siècle qui va finir comme il se saisira par l’action du siècle qui s’ouvre.
Paysans, Ouvriers, ceci est l’histoire des efforts et des luttes de vos pères.
Cherchez-y un surcroît de force et de clarté pour les luttes de demain.
Jean Jaurès. »

Jaurès entrelace ici deux thèmes, dont on doit se demander ce qu’ils peuvent signifier aujourd’hui : « prendre possession » de la vérité historique (ce qui signifie qu’elle n’était pas toujours honnêtement présentée par l’historiographie du temps), et mettre cette vérité au service d’une classe en lutte pour ses droits et sa dignité.
Il n’y a pas 36 vérités historiques. Mais la vérité a toujours été un enjeu de la lutte politique et sociale. « Seule la vérité est révolutionnaire », la phrase court de Lénine à Gramsci…

Oui, l’histoire peut être encore et toujours mise au service d’intérêts de classe, et déjà à ceux de la classe dominante. Sans parler de quelques historiens de métier qui, sans avoir l’air d’y toucher, engagent leur savoir au profit de l’Ordre établi, Lorànt Deutsch et même le sympathique et fort médiatisé Stéphane Berne nous donnent l’exemple d’une histoire revue à leur façon, sans parler de ce journaliste sportif grande gueule qui s’improvise historien en balançant : « les communistes c’est la collaboration avec les nazis », on ne peut que constater que, par exemple, l’histoire de la grande Révolution est médiatisée de façon extrêmement partiale, méchants Montagnards, gentils Girondins, de quoi flatter nos élites « girondines »… A contrario, l’utilisation de symboles venus tout droit de la Révolution française par les Gilets jaunes montre que dans le tréfonds de l’âme populaire quelque chose est resté de la revanche des « petits » sur les « gros », de « ceux qui ne sont rien » (Macron dixit) sur ceux qui se croient importants de vivre dans des palais et d’être entourés de Gardes casqués en grand uniforme et sabre au clair.
Je reviendrai peut-être à l’éclairage que mon expérience d’historien de l’insurrection républicaine de 1851, et de propagateur de son souvenir, a pu apporter à ces réflexions.

Notes

[1Histoire socialiste (1789-1900), sous la direction de Jean Jaurès. Paris, Rouff, 1901-1902.

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