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Rome la Grande Bellezza

lundi 29 juillet 2019, par René Merle

Le décor et le vide…

Rome, paraît-il, croule sous les immondices, les touristes et les pèlerins. Rome rongée par la désillusion Mouvement cinq étoiles et le retour d’un fascisme new look. Rome des immeubles mussoliniens et des tristes banlieues post modernes. Rome capitale factice d’un État dont le cœur bat à Milan la capitaliste et dont le fiel vient de l’incontournable mafia sicilienne, napolitaine ou calabraise. Bref, Rome façade et image d’une Italie qui fout le camp, qui a toujours foutu le camp, et que pourtant nous sommes si nombreux à aimer.

Et Rome est belle. Comme la vie. La grande Bellezza, comme dans le magnifique film de Paolo Sorrentino (2013), une beauté qui coupe le souffle au touriste japonais, comme il se doit photographe, et qui en meurt… Une beauté aveuglante qui se révèle au hasard d’une rue nocturne, d’un parc ou parmi les mélancoliques vestiges suburbains (ah, la scène de l’aqueduc…). Une beauté inconcevable que l’on découvre, stupéfait, dans les trésors antiques des palais-musées d’une aristocratie sénile…
La splendeur de la ville vide est décor de la vacuité du monde des « élites », où s’impose le mondain Jep Gambardella, riche écrivain en panne d’écriture, journaliste « cultureux », prince de toutes les fêtes, et surtout de celles, très chaudes, qui se déroulent sur sa terrasse, face au Colisée. Une haute société malade et désabusée, pathétique dans sa nullité. Toute une galerie de personnages felliniens, riches désœuvrées, nobles en perdition, affairistes, ratés de la littérature, ecclésiastiques vraiment très particuliers, maîtres des médias, et jusqu’à une communiste mondaine dont la fausse assurance signe l’impossibilité de tout changement… Et, sur le proche balcon, l’énigmatique présence d’un boss de la grande délinquance…
Peu d’espoir dans tout cela, et même l’amitié amoureuse nouée in extremis avec une effeuilleuse est vouée à la maladie et à la mort. Et l’amour n’existe plus que dans le souvenir rompu d’un amour de jeunesse, « la grande bellezza », celle dont l’écrivain Gambardella aurait tant aimé témoigner…

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