Categories

Accueil > France contemporaine politique > Macronisme > Macron - Bonaparte ?

Macron - Bonaparte ?

mardi 30 juillet 2019, par René Merle

Emmanuel Macron ou la monarchie républicaine autoritaire

Il a souvent été question du jeune Bonaparte à propos de la transformation du jeune candidat Macron en monarque absolu.
La comparaison avec le jeune Bonaparte ne manque pas d’intérêt, même si la différence dans l’assomption est évidente : en 2017, point de grenadiers dispersant les représentants du peuple, point d’usurpation violente d’un pouvoir chancelant. Pour Bonaparte, l’aval populaire vint au lendemain du coup d’État, pour Emmanuel Macron, il le précéda électoralement. Mais, tous les commentateurs en ont convenu, dès le soir de son élection, le nouveau président assumait le potentiel d’absolutisme dont est grosse une fonction présidentielle que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à incarner.
Sans doute donc la comparaison est-elle plus pertinente dans la marche au coup d’État que dans son brusque déroulement.
L’avènement des deux hommes n’a pas tenu seulement à leur commune détermination et à leur sentiment d’être désigné par le Destin, car elle n’en laissait pas moins apparaître des fragilités : c’est Bonaparte reculant devant l’obstacle, et sauvé par l’énergie de son frère ; ou, dans un autre registre, c’est l’emportement de prédicateur exalté du candidat et sa joie puérile au soir du premier tour…
L’opération Bonaparte, comme l’opération Macron, ont été mises en place par des forces politiques, économiques et médiatiques qui ont trouvé en deux jeunes ambitieux l’assomption de leurs intérêts.
L’opération Bonaparte fut financée par des banquiers (et non des moindres) désireux d’assurer une profitable stabilité économique et politique ; elle fut organisée par une camarilla de politiques « modérés », issus de la gauche comme de la droite du temps, résolus à affermir le règne de la nouvelle bourgeoisie ; elle fut portée par une campagne d’opinion dénonçant la menace de l’anarchie et les dangers « extrémistes », royalistes et néo-jacobins.
La comparaison est tentante avec l’opération Macron, portée par des décideurs économiques, par des « élites » politiques d’horizons divers fusionnant dans un consensus néo-libéral, par une médiatisation superbement organisée et la dénonciation de la menace extrémiste.
Le résultat en est qu’une candidature ne représentant initialement qu’un quart des suffrages exprimés a pu au second tour neutraliser la libre décision d’une grande majorité d’électeurs, et qu’aujourd’hui, une fois les élections passées, la figure « jupitérienne » de l’Élu nous dessaisit de notre pouvoir de délibération citoyenne (si nous exceptons la mascarade du « Grand Débat »), dans l’assomption inévitable de sa toute puissance.
Un grain de sable est venu enrayer la machine. Le mouvement des Gilets jaunes a été extrêmement révélateur de la vraie nature du régime. Janus bifrons. D’une part, (depuis la panique des premiers samedis quand président et ministres se terrèrent dans leurs palais), la brutalité policière et judiciaire a révélé, pour qui en aurait douté, l’autoritarisme inquiétant de ce régime. Mais d’autre part, « une main de fer dans un gant de velours », l’embobinage du débat, « je vous ai compris », « rien ne sera jamais plus comme avant », ont enrayé la dégringolade. Et aujourd’hui, les bains de foule (choisie ?), les interventions sportives et cocardières à répétition, la convivialité et l’empathie affichées sont la douce anesthésie de veille de rentrée à problèmes…

Répondre à cet article