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Tel père tel fils ? Non, c’est fini…

mercredi 31 juillet 2019, par René Merle

De la mutation familiale en matière sociologique et politique

Il fut un temps, paraît-il, où les opinions se transmettaient familialement, comme en témoignaient dans nos campagnes les ancestrales divisions entre blancs et rouges, et comme en témoignaient aussi, jusqu’à une époque récente, les fidélités politiques locales et régionales. Ces temps sont révolus, la nouvelle donne politique mouvante a nivelé et mis à bas ces héritages.

A propos de cette rupture, je voudrais insister ici sur un aspect sociologique assez évident dans le cercle de mes relations, proches et surtout éloignées :
Grands-parents et parents à gauche toute, français moyens, employés, enseignants, ouvriers même, militants politiques et/ou syndicalistes en espérance d’un monde meilleur, et leurs enfants ou petits enfants, fruits de la méritocratie républicaine, engagés par le jeu des sélections scolaires dans les hauts secteurs du commerce et de la finance…
Et ce sont ces héritiers qui, sans le vouloir, mais par leur seule présence et leurs seuls engagements, ont témoigné concrètement pour leurs ascendants d’une autre vision du monde, donc d’une autre vision de la politique. Vision que parents et grands-parents, par amour légitime de leur progéniture, ont timidement, puis ostensiblement adoptée. Vive le Marché ! Vive l’initiative individuelle ! Vivent les Winners ! Et Vive la République en marche !

Ainsi se rompent les chaines de la conscience civique et de la solidarité. Ainsi, par enfant interposé, passe-t-on, tout modeste citoyens lambda que l’on est, dans le camp des Puissants, où, à défaut de participer de la fortune et du pouvoir, l’on a au moins le sentiment d’être, enfin, là où il convient d’être, là où l’on ne proteste plus, là où l’on ne rêve plus d’un monde meilleur pour tous, car le monde meilleur est là, pas pour vous, non bien sûr, mais pour le fruit de vos entrailles qui vit au présent (enfin qui aspire à vivre, car il n’est jamais qu’un rouage fragile), dans le meilleur des mondes, celui des « élites déconnectées » qu’a si bien pointées Christopher Lasch… [1]. Un fruit de vos entrailles qui n’est en rien héritier de ce qui vous a motivé si longtemps, et qu’il juge gentiment ringard, un héritier qui n’hérite de rien du tout, mais qui ébranle en vous les certitudes de ce qui aurait du être son héritage.

1 Message

  • Tel père tel fils ? Non, c’est fini… Le 1er août à 15:54, par MP

    Parfois, remonte à ma mémoire une chanson bien ancienne du sympathique Maxime le Forestier. Elle s’appelle "Dialogue" et résume le regard impitoyable et même un peu injuste que la génération 68 posait sur la génération qui la précédait "Vous êtes morts pour pas grand chose" Ah bon, lutter contre le nazisme par exemple c’était mourir pour pas grand chose ? Elle remonte à ma mémoire comme un remords car elle se termine ainsi : "il est foutu (le monde) et je n’ai plus qu’à le refaire, un peu plus souriant, pour tes petits enfants". Cependant le monde d’aujourd’hui n’est pas plus souriant que celui des années 60. On peut même dire qu’il est pire, car non seulement il n’a pas changé fondamentalement, mais aucune alternative crédible ne semble plus motiver personne. Et, oui, c’est bien nous qui l’avons produit ce monde par bien des côtés désespérant. Ah vraiment, nous étions bien placés pour donner des leçons à ceux qui nous précédaient !
    Nos enfants vont-ils nous en faire au moins le reproche ? Non. Et là la désespérance monte encore d’un cran. Nous les avons élevés, ils sont allés à l’école. Ils sont diplomés. Ils ne songent pas à refaire le monde, mais à s’y faire une place. Peut-être sont-ils moins hypocrites que nous après tout. Mais je pense qu’ils sont surtout plus enfumés par l’idéologie dominante. Si Gramcsi a raison, une guerre culturelle a été gagnée, et pas simplement une guerre politique. Le néolibéralisme est partout vainqueur. "Mon cul, mon nombril, ma gueule" résumait un copain dans une formule peut-être un peu vulgaire, mais pertinente.
    Alors, est-on content de constater qu’ils ont réussi nos enfants, nos anciens élèves ? Qu’ils ont gagné la guerre scolaire. Qu’ils ont intégré les grandes écoles. Qu’ils sont les vainqueurs d’aujourd’hui et les cadres de demain. Est-on content des enfants que nous avons coproduits avec le monde d’aujourd’hui ? Fallait-il qu’ils échouent ? Pouvait-on le souhaiter ? Nous sommes souvent troublés par leur assurance et par la naïveté de leur arrogance. Dans ces moments là, en catimini, presque en douce, tout à la fois nostalgique et désappointé, je remets sur le vieux tourne disques la chanson de Maxime.

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