Categories

Accueil > Capitalisme > Pour le post-capitalisme ?

Pour le post-capitalisme ?

dimanche 16 décembre 2018, par René Merle

L’engagement de 100 intellectuels.

Les éditions Delga publient en cette fin d’année un important ouvrage collectif, ainsi présenté :
« Sur une proposition du poète et penseur militant André Prone, L’autre voie pour l’humanité, 100 intellectuels s’engagent pour un post-capitalisme.
L’Autre voie pour l’humanité réunit des points de vue pluriels d’auteurs-militants de toutes disciplines et d’horizons politiques différents, convergeant vers la nécessité de construire une société plus humaine hors de arcanes du capital. »
Nul doute que vous y trouverez ample matière à réflexion.

André Prone m’avait demandé ma participation en tant qu’historien, et je l’en remercie. J’ai décliné, un peu parce qu’au moment où il convenait de rédiger j’avais quelques soucis de santé, beaucoup parce que, convaincu de la nocivité du système capitaliste, je ne m’estimais en rien qualifié pour évoquer un post-capitalisme.

En 2008, je publiais sur le site La Sociale un billet intitulé « Vers un républicanisme radical »
Après une mise en perspective historique des luttes pour la vieille revendication de la République démocratique et sociale, (à priori satisfaite, puisque l’article premier de notre Constitution proclame que la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale !), je concluais :

« Pour l’heure, je ne vois qu’un combat possible, celui qui redonnerait leur sens aux adjectifs de l’article premier de la Constitution, dans leur indissociable union, et qui les mettrait vraiment en pratique dans l’intérêt de tous. Le fameux "mouvement social" dont beaucoup attendent le grand réveil, et le grand sursaut dans une stricte perspective sociale (et ceux qui sont dans la panade l’attendent à juste titre impatiemment) trouverait là une chance historique d’être à la fois le porteur et le bénéficiaire d’une entreprise de salut public. C’est peut-être être plus révolutionnaire d’agir dans ce sens que d’adopter des postures anticapitalistes qui en définitive ne mangent pas de pain. Mais je me garderai de donner des leçons à qui que ce soit. »

Dix ans après, et dans le contexte social que nous connaissons, je reprends volontiers le propos. Mais je n’ai pas tenu à l’apporter à l’ouvrage ; en ce qui me concerne, du lieu où je parle qui est celui de la recherche historique et de l’engagement citoyen, il m’est apparu à la fois présomptueux et inutile d’avancer des recettes définitives pour la mise à bas du capitalisme.

C’est dans le processus complexe de la lutte des classes, pour employer un vocabulaire qui paraît ringard à beaucoup), - processus dont les chemins sont aujourd’hui inédits et inattendus -, que mûrit une prise de conscience anticapitaliste. Cette conscience collective n’a pas seulement besoin de bénédictions intellectuelles et de spéculations autorisées sur le futur. Elle a sans doute plus besoin que les acteurs collectifs politiques et sociaux (partis, syndicats, mouvements, associations, etc.) parviennent à nourrir la conscience à vif de l’injustice sociale par des propositions concrètes, immédiates mais porteuses à terme de radicalisme, faute de quoi cette conscience de l’injustice sociale pourrait générer les pires aventures.

Répondre à cet article