Categories

Accueil > Idéologies du mouvement social sur le long XIXe siècle > Marx-Engels avant 1852 > Engels, les Etats-Unis et le Mexique, 1849

Engels, les Etats-Unis et le Mexique, 1849

samedi 3 août 2019, par René Merle

La nécessaire expansion du capitalisme ?


Dans son article « Le panslavisme démocratique » (Neue Rheinische Zeitung, 15 février 1849) Engels critique la vision idéaliste de Bakounine [1] qui prône « l’évangile de la fraternité des peuples européens » [2]. Son thème, tel qu’il été présenté dans l’article précédent [3], est que le développement inexorable du capitalisme est un pas nécessaire vers la constitution du prolétariat en classe, et, partant, vers la révolution prolétarienne. La défaite des nations non encore capitalistes et leur exploitation sont donc passées aux pertes et profits de la dialectique de l’Histoire !

« Juste un mot sur « l’union fraternelle des peuples » et le tracé de « frontières établies par la volonté souveraine des peuples sur la base de leurs particularités nationales ». Les Etats-Unis et le Mexique sont deux républiques ; dans les deux le peuple est souverain.
Comment se fait-il qu’entre ces deux républiques qui – d’après la théorie morale – auraient dû être « fraternellement unies » et « fédérées », une guerre ait éclaté au sujet du Texas et que la « volonté souveraine » du peuple américain, soutenue par la bravoure des volontaires américains, ait déplacé de quelques centaines de lieues plus au sud les frontières tracées par la nature, en raison de « nécessités géographiques, commerciales et stratégiques » ? [4] Et Bakounine reprochera-t-il aux Américains une « guerre de conquête » qui porte sans doute un rude coup à sa théorie fondée sur la « justice et l’humanitarisme », mais qui fut néanmoins menée dans le seul et unique intérêt de la civilisation ? Ou bien faut-il déplorer que la splendide Californie soit arrachée aux fainéants Mexicains qui ne savaient qu’en faire ? Que les Yankees énergiques augmentent, par la rapide exploitation des mines d’or californiennes, les moyens de circulation monétaire, concentrent en peu d’années une population dense et un commerce étendu sur la côte la plus propice de l’Océan Pacifique, fondent de grandes cités, créent des communications à la navigation à vapeur, établissent une voie ferrée de New York à San Francisco, ouvrent en fait, pour la première fois, l’Océan Pacifique à la civilisation et donnent, pour la troisième fois dans l’Histoire, au commerce mondial une nouvelle direction ? L’ « indépendance » de quelques Californiens et Texans espagnols peut en souffrir, la « justice » et, çà et là, d’autres principes moraux peuvent être violés ; mais qu’est-ce en regard de pareils faits historiques de portée mondiale ? »

Un article qui, on s’en doute, dans sa découverte au XXe siècle par les marxistes sudaméricains, a fait couler beaucoup d’encre.

Notes

[1Le révolutionnaire libertaire russe Bakounine (1814), alors exilé en Allemagne, œuvrait pour l’alliance révolutionnaire de tous les peuples slaves

[2Traduction : Karl Marx, Œuvres, Politique I, édition établie et annotée par Maxime Rubel, la Pléiade, 1994

[4Le gouvernement mexicain avait dû reconnaître en 1845 l’annexion du Texas par les Etats-Unis. En 1846, les Etats-Unis attaquent le Mexique par sa frontière Nord, puis par un débarquement sur le littoral qui amènera à la prise de Mexico. En 1848 le Mexique vaincu cède aux Etats-Unis le territoire actuel des états de l’Arizona, du Colorado, de la Californie, du Nevada, du Nouveau Mexique et de l’Utah.

Répondre à cet article