Categories

Accueil > À la recherche du temps perdu > Histoire. Des raisons et des pièges d’un choix

Histoire. Des raisons et des pièges d’un choix

vendredi 9 août 2019, par René Merle

De l’objectivité et des pièges idéologiques dans la restitution de la recherche

Les lecteurs de mes blogs précédents ont pu constater, par l’abondance de gloses sur des textes et documents historiques, qu’ils témoignaient d’une évidente addiction à l’Histoire. Et il en va de même dans ce site.
Il est évident que je ne m’adresse pas aux spécialistes des époques concernées, auxquels, même si notre regard peut parfois être différent, je n’ai sans doute rien à apprendre.
Mon propos "n’était que", et c’était déjà beaucoup me semble-t-il, de m’adresser à des lecteurs non spécialistes, mais qui pensent que, pour employer la formule bien usée mais toujours bienvenue, que notre incertain temps en suspens doit se nourrir d’un vrai désir d’histoire.
Il était alors légitime de me poser la question : « Pourquoi ces choix ? De quel lieu parles-tu ? »
En fait, j’ai mené conjointement deux recherches.
En matière linguistique et sociolinguistique, j’ai longtemps travaillé sur la dialectique « français – parlers populaires » dans notre grand Sud-Est et en Suisse romande [1].
Par ailleurs, engagé depuis les premières années 1990 dans la remise en mémoire citoyenne de l’héroïque, mais désespérée insurrection républicaine de décembre 1851, j’ai doublé cette activité associative commémoratrice d’un approfondissement de la connaissance de l’événement, dans notre grand Sud-Est, où l’insurrection fut si ardente et si massive.
J’ai donc replongé dans une histoire qui pour beaucoup de nos contemporains, les jeunes au premier chef, n’était plus que lettre morte, et que nos représentants ne s’empressaient pas de célébrer, c’est le moins que l’on puisse dire.
Et, au-delà, cette recherche sur la période de la Seconde République m’a amené à approfondir les rapports entre le républicanisme et le mouvement social dans ce tumultueux XIXe siècle.
Alors, langue et histoire, une recherche éclatée dans deux direction apparemment sans rapport l’une à l’autre ?
Eh bien non. Ces deux « moteurs de recherche » (linguistique et historique) se sont noués dans l’évocation de cette France du XIXème siècle, à la fin de laquelle mes grands parents naissaient. Un siècle et plus de fascinants bouleversements politiques, sociaux, culturels. J’en ai abondamment traité dans mes blogs précédents. Je ne manque pas d’y revenir dans ce site, comme vous pouvez le constater.

Ce qui témoigne, je le confesse, d’un certain masochisme, voire d’un masochisme certain, à s’enfermer dans le monde de parlers aujourd’hui en phase plus que terminales, et de luttes d’un monde ouvrier disparu.

Ainsi, le lecteur sait maintenant de quel lieu je parle quand je traite d’histoire. Mais quid de l’intervention de notre subjectivité dans l’exposition de cette recherche ? Comprendre et évoquer ce passé procédait certes de la plus élémentaire honnête objectivité.
Mais ce souci d’objectivité ne saurait occulter une autre donne fondamentale : rencontrer ces fragments privilégiés du passé ne peut que nous orienter dans la forêt obscure de notre présent, et nous permettre d’y cheminer en suivant cette étoile des mages ? Ainsi, pour m’en tenir aux deux domaines de recherche dont j’ai fait état précédemment, la démarche peut déraper si notre idéologie la presse trop. Une lecture biaisée de la mise à mort des « patois » aux siècles derniers peut nourrir un sentiment identitaire de compensation, sans fonction opérante sur notre présent, ou, inversement, un constat accablant de mort injuste. Une mise en avant des luttes républicaines et sociales du XIXe siècle peut nourrir aujourd’hui un romantisme révolutionnaire de diversion, greffé sur un sentiment d’impuissance au présent… J’y reviendrai.

Notes

[1Cf. mon blog Archivoc.

Répondre à cet article