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"Assurance sur la mort", Billy Wilder

dimanche 11 août 2019, par René Merle

Vivent les vidéos à la demande !

Je viens de visionner sur Vidéo à la demande Assurance sur la mort (Double indemnity), Billy Wilder, 1944.
Je sais, c’est plutôt kitsch de se pavaner devant les gloires passées, en l’occurrence hollywoodiennes, tout en se gavant de séries new look et de productions netflix (non, je ne me gave pas de cette façon).
Mais en l’occurrence je ne cédais en rien à un effet mode, je voulais plutôt combler une lacune dans ma formation cinématographique.
D’une part le film était sorti en France en 1945, l’époque où chacun essayait de se reconstituer après quatre années plus que difficiles pour le vulgum pecus (mais rassurez-vous, pas pour la fine fleur de l’administration, de la police, de la justice, serviteurs empressés du pétainisme et de la collaboration, qui s’en sortirent sans problèmes et continuèrent à administrer, policer et juger).
Or, en 1945, j’avais neuf ans, et ce n’était sans doute pas l’âge d’aller me confiner dans un des populaires cinémas bondés de ma ville natale pour réaliser que la femme fatale (Barbara Stanwyck)
n’était pas l’avenir de l’homme en quête de promotion sociale et prêt à tout(Fred MacMurray).

Et d’autre part, quand j’avais atteint l’âge de raison, ce qui pour le fils d’un couple d’instituteurs devait se situer entre dix et douze ans, soit aux débuts de la guerre froide, mon père, passé au communisme pendant la Résistance, n’aurait pas supporté que son fils (aîné) aille se corrompre dans les démoralisantes productions du cinéma de l’ennemi de classe US. Je dois dire, pour être honnête, que ma mère, qui lisait Cinémonde (ses tiroirs secrets en attestaient pour notre curiosité juvénile), ne partageait vraiment pas cette vision quasi calviniste du monde, et m’entraînait parfois, mais en loucedé [1], voir des films américains. J’ai le souvenir encore horrifié d’un Frankestein que j’avais plutôt suivi les yeux fermés ou en position fœtale sous le fauteuil, mais il n’y a pas eu de Billy Wilder dans cette glane.

Naturellement, lors de mes études parisiennes, j’ai été amené à découvrir Assurance sur la mort dans notre cinéclub étudiant. Nous apprenions que le réalisateur était Billy Wilder (1906), une éminente figure parmi la pléiade de réalisateurs, scénaristes et producteurs d’origine juive allemande ou austro-hongroise, (chassés par l’antisémitisme et l’hitlérisme), qui ont fait la gloire d’Hollywood et façonné ainsi l’âme étatsunienne. Nous apprenions aussi que Raymond Chandler avait participé au scénario ! Et nous apprenions enfin que James M. Cain (1892), journaliste et auteur réputé de romans noirs. [2] était à l’origine d’un scénario tiré de Double Indemnity, 1936, publiée aussi dans le recueil Three of a Kind, (Assurance sur la mort) en 1943.
Mais en 1956, je l’avoue, que Walter Neff, employé d’une compagnie d’assurances, tombe amoureux d’une bombe sexuelle qui échafaude avec lui un plan pour supprimer le mari encombrant et violent et se partager l’assurance-vie, et que son chef et ami Barton Keyes (Edward G. Robinson) subodore qu’il ne s’agit pas vraiment d’un accident meurtrier, me paraissait bien maigre pitance au regard de ce qui secouait le vaste monde et notre France, et, partant, de mes jeunes engagements politiques. Bref, dans mon sectarisme, je rêvais exclusivement d’un autre cinéma.
J’avais bien tort. Et de revisionner Assurance sur la mort me l’a confirmé.
Si vous l’avez vu, je ne vous en dirai pas plus. Et si vous ne l’avez jamais vu, je ne vais pas me donner ici le ridicule de redire ce que tant d’autres ont dit magistralement, et je vous renvoie par exemple à une belle critique où tout est dit ou presque : Dvdclassik.

Bref, j’ai replongé dans la tragédie classique, son huis clos, sa focalisation exclusive sur trois personnages (identification possible avec les criminels !), son déroulement inexorable annoncé dès le début, et malgré cela un suspense maintenu sur une fin que nous connaissons déjà, le tout superbement mis en scène et filmé…

Notes

[1Désolé pour la jeune génération d’employer une expression, qui, comme il se devrait, ne relève pas de l’anglo- saxon. En loucedé est l’antique expression argotique pour "en cachette" ou "discrètement". C’est une dérive en de "en douce" : la première consonne est remplacée par un "l" et celle-ci est placée à la fin du mot.

[2Il débuta en 1934 avec le célèbre The Postman Always Rings Twice

1 Message

  • "Assurance sur la mort", Billy Wilder Le 12 août à 17:03, par Jean-Yves

    Je l’ai vu plusieurs fois, même récemment.
    C’est le genre de film où on prend le temps des dialogues, et pas forcément celui des plans.
    Je me réfugie souvent dans ce genre de film, pour me détendre.

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