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Du fondement ecclésial du pouvoir

mardi 13 août 2019, par René Merle

Royauté de droit divin et LDB

Dans la Traversée, le documentaire de Goupil et Cohn-Bendit sorti en mai 2018, notre Président déclarait : « L’Etat est devenu laïque mais, dans les fondamentaux de notre société, il y a quelque chose d’ecclésial, il y a une hiérarchie ».
On ne peut pas ne pas penser que, en filigrane, le Président s’inscrit dans l’idéologie de la Royauté de Droit divin, qui fut celle de l’Ancien Régime. Le Roi, pardon le Président, est l’élu de Dieu, son destin est de régner sur une société en attente de verticalité rassurante. Le suffrage universel, suffrage d’acclamations, n’est là que pour entériner cette désignation divine.
En fait, il est aussi là pour faire oublier que sa Majesté n’est pas tombée du Ciel, mais a été choisie par d’occultes pouvoirs économiques pour assurer cette fonction.
Mais baste, l’essentiel est que le Monarque puisse dire à la fois : j ‘ai été choisi par le Doigt de Dieu, et vous m’en avez rendu grâce par le bulletin de vote.

Au doigt de Dieu qui l’a choisi, le monarque ne peut qu’apporter reconnaissance et gratifications : à l’Église catholique sans doute, il ne s’en a pas fait faute, mais aussi et surtout aux bailleurs de fonds de la présidentielle, que tout un train de lois hâtives a plus que réjouis, et qui, gourmands, attendent impatiemment la suite pour la rentrée de septembre.

Ah, mais j’allais oublier la Cour, corollaire indispensable de cette bienvenue hiérarchie. Passons sur les facéties du proche entourage élyséen, le feuilleton garde du corps par exemple. Mais que dira l’historien de l’avenir de ce peloton de courtisanes-courtisans, déserteurs sans scrupules du PS et de la droite, députés BCBG sortis du néant par la grâce d’un électorat hypnotisé, et votant comme un seul homme (une seule femme plutôt vue la composition du groupe) ? Sans doute que, bien avant que les façades de leurs permanences n’en témoignent, la distance s’était bien vite installée avec le peuple dit sociologique, et après la distance est venu le désamour, puis la colère, puis la haine pour beaucoup.

Qui décillera les yeux de notre Monarque sur l’extrême fragilité, l’extrême dangerosité de sa conviction d’assumer seulement par le charisme éculé, relayé hélas par le LDB (lanceur de balles de « défense » ( ?), cette suprématie ecclésiale dont il se sent investi ? Qui lui rappellera, puisque monarques il y a, que la tempête inattendue a renversé Louis XVI, comme elle a renversé Charles X, puis Louis-Philippe, et enfin Napoléon III…
Mais rassurez-vous, je ne joue pas au prophète, et j’évite la parano. Je sais bien que tout peut continuer, bons apôtres de la CFDT aidant, et que le Monarque prépare un 2022 qu’il compte bien emporter haut la main face à notre épouvantail frontiste… Mais l’expérience italienne nous montre que l’épouvantail peut hélas bien vite devenir majoritaire, ou presque…

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