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L’explosion de juin 1848 (2) - Hugo

jeudi 15 août 2019, par René Merle

D’une barricade à l’autre

Suite de L’explosion de Juin 1848 (1)

Vue de la place de la Bastille et de la barricade du faubourg Saint-Antoine, au matin du 25 juin 1848. Huile sur toile de Jean-Jacques Champin (1796-1860) Paris, Musée Carnavalet. La barricade est au fond, surmontée d’un immense drapeau rouge.

On sait que dans les Misérables, Hugo présente l’épisode de l’insurrection républicaine parisienne du 6 juin 1832 : passage décisif de l’ouvrage où Jean Valjean épargne Javert et sauve Marius.
Mais on peut lire, et je vous recommande de lire, la digression de Hugo vers l’insurrection ouvrière de Juin 1848, et son magnifique passage sur deux barricades, dont la formidable barricade du Faubourg Saint-Antoine. Si vous ne possédez pas l’ouvrage, reportez-vous au tome V des Misérables, annoté par Guy Rosa : Chapitre I – « La Charybde du faubourg Saint-Antoine et la Scylla du faubourg du Temple. ». Il y présente la « bonne barricade » (respectable, mais qu’il fallait prendre malgré tout) et la « mauvaise » barricade, celle des sectaires rouges [1]
Je suis toujours à la fois emporté par le souffle de Hugo, et mal à l’aise quand je repense à son attitude en 1848. Je me garderai de juger une évolution politique empreinte de sincérité, et qui s’inscrit à l’évidence dans l’air du temps.
Victor Hugo (né en 1802), était devenu un personnage éminent de la Monarchie de Juillet. Il était très lié à Louis-Philippe, qui en fit un Pair de France. Mais il se découvrit républicain, fort « modéré » et « raisonnable », dès l’avènement de la République en février : Lamartine le nomme maire du VIIIe arrondissement. Candidat aux élections des 23-24 avril 1948, il n’est pas élu, mais il devient député à l’occasion des élections complémentaires partielles du 4 juin. Il siège parmi les conservateurs.
Le 20 juin 1848, Hugo prononce devant l’Assemblée un discours fustigeant les Ateliers nationaux et demandant leur suppression [2]
On sait que c’est cette suppression des Ateliers nationaux, votée le 22 juin 1848, qui déclencha aussitôt l’insurrection ouvrière. C’est donc logiquement que Hugo va participer à la répression de l’insurrection, (il était l’un des soixante commissaires nommés par l’Assemblée à cet effet). Et il pourra en 1862 évoquer les barricades prolétariennes en connaissance de cause, puisque, dans ce VIIIe dont il était maire, il s’était trouvé physiquement à la tête de la Garde nationale, du côté de ceux qui attaquaient les insurgés.
Mais le Hugo de 1862, exilé à cause de sa résistance au Coup d’État de 1851, n’est plus tout à fait le Hugo de 1848. Au lendemain du Coup d’État, il avait pu mesurer le terrible trauma de la répression de Juin 48, quand les ouvriers parisiens opposèrent une indifférence narquoise à l’appel à l’insurrection pour défendre une République qui les avait massacrés. Son rapport au peuple s’était modifié. Il avait pris conscience de la nécessité pour les républicains bourgeois de prendre en compte le fait que le prolétariat s’était affirmé en force sociale et politique autonome, et qu’il fallait compter avec lui, et non l’asservir. Le tragique épisode de la Commune, en 1871, le mettra à nouveau devant ses responsabilités.

SUITE : L’explosion de juin 1848 (3) – Les débuts de l’insurrection parisienne

Notes

[1Texte sur Barricade.

[2Vous pouvez le lire sur le site de l’Assemblée Nationale : Hugo.

1 Message

  • L’explosion de juin 1848 (2) - Hugo Le 18 août à 20:10, par Jean-Yves

    Dans les Misérables, quand on prend connaissance des arguments du Conventionnel G, face à Monseigneur Myriel, on s’aperçoit que Hugo déploie un souffle épique justifiant la Révolution et la lutte.
    Myriel ressort de ce "débat" complètement retourné.
    J’en garde toujours depuis pour ma part, un souvenir intense.

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