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Retour sur Camilleri

vendredi 16 août 2019, par René Merle

Lire en italien et lire la traduction…

Le grand Camilleri est décédé, sans avoir jamais renié ce qui a structuré sa vie (j’y ai fait écho sur ce site). Pour la bonne bouche, je me suis replongé ces jours-ci dans un Camilleri déjà ancien, 1998, Un mese con Montalbano (Un mois avec Montalbano), chez Mondadori (aïe, je l’avoue, avec Mondadori j’avais apporté mon écot à Berlusconi, son propriétaire). Avec cet ouvrage de 1998, je me retrouvais déjà au fort de l’immense succès de Montalbano, initié en 1994 par La forma dell’acqua (La forme de l’eau).
Montalbano…Ce commissaire dont le nom provient tout droit de l’admiration que Camilleri professa pour le créateur barcelonais du non moins privé Pepe Carvalho, Montalbán. Mais si Pepe est un enquêteur privé, à l’américaine, Montalbano, fils du peuple et ancien gaucho, est devenu un flic, serviteur démocratique d’un état qui ne l’est guère… Bien entendu, Montalbán ne pouvait pas faire de son héros un agent de la police franquiste ou post franquiste. Mais la question peut se poser pour Montalbano. Vous pouvez lire sur ce blog le point de vue acéré de Louis Janover sur la vogue française (et marseillaise) du flic humaniste : À propos du roman noir (suite). La critique peut-elle s’adresser à Camilleri ? Il en va sans doute autrement pour un flic confronté au quotidien avec l’emprise de la mafia sicilienne et nos si humanistes enquêteurs français des années 90, confrontés plutôt à leurs états d’âme, à leur culture jazzique et à leur boisson préférée.
Bon, d’accord, il n’est peut-être pas politiquement correct aujourd’hui de se retrouver dans le personnage d’un flic, fut-il sicilien, d’autant que le policier est crée par un citoyen engagé à gauche, et d’autant que ce flic original a peu à voir avec les fils du peuple portant l’uniforme de la Celere [1] et des carabiniers, dans lesquels Pasolini se retrouvait quand ils s’opposaient aux étudiants de 1968.
Mais quoi qu’il en soit Montalbano est bien sympathique.

À propos de Camilleri, amis lecteurs non italianophones, ne prononcez jamais, sous peine d’excommunication, « Ca-mi-lié-ri ». La prononciation transalpine étant évidemment : « Ca-mil-lé-ri ». je passe sur l’accent tonique…
J’ai donc lu le recueil sans vraiment respecter la recette : trente nouvelles, un par jour.
Lecture délectable, mais lecture en VO, donc parfois lecture cursive, tant la prose de Camilleri est pétrie du dialecte sicilien, dont j’ignore tout. Ce qui m’a fait réfléchir aux affres des traducteurs : dans mes lectures de Camilleri traduit, je me suis retrouvé surtout dans les traductions de Quadruppani, peut-être, sans doute même à cause de nos communes origines provençales. Mais lire dans le texte est autre chose. Il n’empêche, on est emporté par le contexte et on suit…
Ces trente enquêtes se situent pour la plupart à Vigàta, la ville imaginaire mais bien réelle où officie le commissaire Montalbano : en fait sa ville natale de Porto Empedocle (province d’Agrigente, en Sicile), une localité d’une quinzaine de milliers d’habitants qui s’appelle désormais officiellement Porto Empedocle Vigàta…

Les amis non italianophones de ce site m’en excuseront, mais, puisqu’il s’agit d’un ouvrage en italien, et en l’occurrence lu sans traduction [2], je fais mien à son sujet le propos [3] d’un site que je vous recommande :
Vigata
Ce site est entièrement consacré à Camilleri et qui en prime vous offrira des photos de son Vigàta…

Notes

[1Police mobile anti-manifestations, particulièrement brutale

[2Bien sur il en existe une, Un mois avec Montalban, Fleuve noir, 1999, traduction de Serge Quadruppani, avec l’aide de Maruzza Loria.

[3Il campionario di delitti, premeditati o preterintezionali, inscenati, minacciati o semplicemente simulati, e’ quanto mai vario. E a volte Montalbano arriva in tempo, a volte arriva troppo tardi. A volte la giustizia degli uomini cala razionale e tempestiva, a volte sono piu’ veloci la vendetta o il rimorso. A volte come nella vita, non c’è intelligenza, ragione che basti a spiegare il mistero dei delitti e, in più generale, delle azioni umane. Ogni caso risolto provoca soddisfazione o amarezza, perche si danno anche in cui forse sarebbe stato meglio lasciare le cose come stavano, non sciogliere l’intrigo. La casistica e’ ampia. Sono delitti d’amore, d’interesse, mafiosi, o d’ambizione, di esaltazione, di esplosivo furore o di logorante quotidianità. Li commettono vecchi e giovani, uomini e donne, belli e brutti, laacivi e moralisti, ignoranti e colti. Perche’ nel delitto c’è un’equanimita’ assoluta. L’unico denominatore comune in tanta varia umanità è forse solo l’attagiamento umano di un Salvo Montalbano che alla fericia della vita oppone, con il suo personalissimo tratto stilistico impastato di lingua e dialetto, con la sua morale fatalista ma non rassegnata, le logore eppure sempre acuminate armi dell’uomo, l’intelligenza, l’ironia, la pieta

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