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Leçons de l’Histoire et Identités ?

samedi 17 août 2019, par René Merle

Fausser le passé au profit d’engagements identitaires présents ?

Cf. Histoire. Des raisons et des pièges d’un choix

Remarquons le bien, il y a une grande différence entre évoquer le passé et manipuler le passé.
Il a existé, et il existe encore par exemple, des reconstitutions d’histoire, qui n’ont pas d’autre but que de justifier et cimenter des unités nationales déjà bien en place. Nous autres Français sommes bien placés pour le vérifier, si nous en avons envie : tout comme le XIXe siècle, mais d’une autre façon, le XXème siècle finissant a abondé en études démontant l’élaboration et la diffusion de notre roman national, ou plutôt de notre légende nationale, sur le long terme. L’écolier que j’ai été a appris que nos ancêtres étaient les Gaulois, tout comme devaient en apprendre (si tant est qu’école il y avait) les « indigènes » de nos chers départements d’Algérie… Et le citoyen que je suis devenu a dû démêler les incantations européanistes (Charlemagne n’était plus notre empereur à la barbe fleurie, mais l’empereur initiateur d’une Europe franco-germanique) et les morceaux choisis de notre histoire contemporaine, où De Gaulle faisait oublier Pétain, et Mitterrand notre leader de la gauche faisait oublier la francisque, sans parler de Clémenceau idole de nos successifs ministres de l’Intérieur… Mais en fait, comme nous étions tous des Américains, (comme le sanglotaient nos élites après le 11 septembre), et accessoirement des Européens : le roman national n’était plus que l’apanage d’une droite nostalgique et rétrécie…

D’autres reconstitutions d’histoire n’ont eu pour but que de créer ou renforcer des identités antagonistes quelque peu artificielles, et, pire, d’aviver des inimitiés anciennes, mais émoussées par le temps ; la liste serait longue.
Chacun sait que le souvenir vivant d’un épisode historique majeur ne dépasse pas la quatrième, voire la cinquième génération. Toute plongée en amont relève donc du rappel historique, ou pseudo-historique, qui vient s’inscrire, en positif ou en négatif, sur la cire vierge du présent.
À ne prendre qu’un exemple qui m’est cher en tant qu’occitaniste, je peux évoquer l’émission célèbre en son temps de Stellio Lorenzi, André Castelot, Alain Decaux, La caméra explore le temps qui révéla en 1966 au grand public les Cathares, Montségur, et la conquête coloniale des terres d’Oc par le pouvoir royal français, épisodes parfaitement oubliés jusqu’alors par notre Éducation nationale, et, hormis les érudits et une poignée de félibres, tout à fait inconnus du commun des Méridionaux. Bien de jeunes vocations occitanistes d’après 1968 sont nées de l’effacement télévisuel de ce blanc d’histoire.
La France n’en a pas éclaté pour autant. Mais on ne saurait dire la même chose pour des pays proches. Oublions nos séparatistes padans qui sont allés puiser dans la celtitude anti romaine (avant de se forger un triste destin national italien sous la houlette de Salvini). Mais, pour nous en tenir à un autre exemple un peu moins récent, tragique celui-ci, (et significativement gommé lui aussi de la mémoire médiatique), on sait comment des intellectuels yougoslaves irresponsables, soutenus par des politiques européens, allemands au premier chef, en revisitant à leur façon l’histoire balkanique, ont fourni aux nationalismes latents de la Yougoslavie socialiste jusqu’alors pacifiée matière à d’abominables conflits civils entre 1991 et 2001…

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