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L’explosion de Juin 1848 (4). Au plus fort de l’insurrection parisienne

dimanche 18 août 2019, par René Merle

La combativité désespérée des insurgés

Suite de L’explosion de juin 1848 (3) – Les débuts de l’insurrection parisienne

Blanqui et les cadres du blanquisme insurrectionnel sont en prison depuis la fin mai, après l’échec de l’envahissement du Palais Bourbon. L’insurrection n’a pas de leaders, pas de cadres, elle est spontanée, elle n’est pas offensive, mais défensive : la barricade qui ferme l’accès du quartier aux forces de « l’Ordre » signe le désespoir d’un peuple ouvrier enfermé dans la moitié Est de la capitale. Et sa combativité désespérée est le chant de cygne du premier mouvement ouvrier, inorganisé, isolé, coupé du pays « réel », mais soutenu par une rage et un courage qui resteront inégalés, même sous la Commune de 1871 où la donne est tout à fait différente.


La Réforme, 24 juin 1848

« Paris 23 juin – Séance de la chambre
Le bulletin sera court, quoique l’assemblée, depuis quatre heures, ait déclaré qu’elle se constituait en permanence. Au début, le général Lebreton a proposé d’envoyer dans les groupes des représentans [1] délégués par l’assemblée souveraine pour le service de l’ordre et de la liberté. La chambre n’a pas voulu compromettre ou du moins engager officiellement son influence morale, et l’on a repris l’ordre du jour.
Suit un précipité de projets et de phrases inutiles. On n’écoute pas : l’âme est triste, et l’oreille ne s’ouvre qu’aux bruits lointains qui viennent du dehors.
C’est que la ville, dans ses quartiers les plus populeux, est profondément agitée ; le vaste plateau de Sainte-Geneviève et les flancs du mont ne sont plus qu’une forêt de barricades ; la guerre civile a déjà déchiré Paris sur vingt points différens [2], et le sang a coulé sous le même drapeau, entre frères d’il y a trois mois, au même cri puissant et fort : Vive la République !
Nous écrivons ces quelques lignes, le cœur déchiré par une angoisse amère, et notre supplice est cruel :
Du côté du peuple, il y a des griefs terribles de souffrance et de désespoir ; il y a des rancunes amassées et qui sont pour la plupart légitimes.
Du côté du gouvernement, il y a notre principe engagé, le grand principe de la République, et quelles que soient les fautes des hommes, il n’y a pas eu violation du droit souverain, au point de se laisser entraîner à la guerre la plus terrible, à la guerre de famille !
Enfin, derrière le peuple et le gouvernement il y a l’étranger qui nous guette, il y a les prétendans [3] qui travaillent, il y a la réaction qui s’apprête à dépouiller les morts, à relever sur le champ de bataille, ses dieux, ses institutions, ses privilèges !
Travailleurs, gouvernement républicain sincères, songez y tous, ne soyez pas extrêmes ; épargnez le sang ; cherchez et pratiquez la conciliation ; ne laissez pas monter trop haut le drapeau noir ; au nom de la France et de la République, revenons à Février. »
On le voit, nos démocrates avancés, futurs démocrates socialistes, sont bien incapables de choisir leur camp, ce qui revient à choisir le camp de la lutte contre l’insurrection, derrière l’homme des pleins pouvoirs, le général Cavaignac.
Le retour à la fraternité de février, tout émouvant qu’il soit, semble désormais absolument utopique. Paris est partagé en deux, et les gardes bourgeoises des quartiers de l’Ouest paieront de leur personne contre les insurgés de l’Est. À ce propos, remarquons que, même si bien peu de ces insurgés avaient la possibilité d’entrer dans la garde nationale active, beaucoup d’entre eux avaient gardé leurs fusils de février, et s’étaient emparés de ceux des armureries… Beaucoup d’insurgés savaient ce que combattre veut dire ; aux anciens des barricades de 1830, 1832, 1834, se joignirent ceux qui avaient « servi » dans la terrible guerre d’Algérie, sous les ordres des généraux qui les combattaient maintenant.
Le journal poursuit par le détail des événements :
« À onze heures, des barricades se dressaient simultanément rue Saint-Martin, rue du Faubourg-Saint-Martin, rue Saint-Denis et rue du Faubourg Saint-Denis, jusqu’à la hauteur de la rue d’Enghien. Tout passant était contraint d’apporter la contribution d’un pavé.
À onze heures et demie, on avait déjà formé une barricade sur le boulevard Nonne-Nouvelle, à la hauteur de la rue de Cléry ; les gardes mobiles du poste avaient été désarmés. Jusqu’à midi, le peuple n’avait pas eu de lutte sérieuse à soutenir sur ce point ; mais tout à coup des détachements de la garde nationale sont arrivés par la rue Saint-Martin, et ont commencé l’attaque dont on a déjà lu le détail.
On assiège la barricade, sept hommes seulement et deux femmes tiennent ferme ; il y en a un qui, un drapeau à la main, se place debout sur les jantes d’une roue de voiture ; les autres, à l’abri de la barricade qui les couvre, commencent le feu. La garde nationale riposte, et le drapeau tombe avec l’homme qui le portait, et qui ne se relève plus.
Alors, nous assistons à un de ces actes d’intrépidité héroïque dont abondent nos annales révolutionnaires.
Une grande et belle jeune personne, tête nue, le devant des cheveux recouvert d’un fanchon de dentelle, bras nus, en robe de barège rayée, et qui, par ses manières et son costume semblait appartenir à la classe des demoiselles de magasin, s’empare du drapeau, passe par dessus la barricade et s’avance à l’entrée de la rue Cléry, agitant son drapeau, et de la voix et du geste provoquant la garde nationale ; quelques instants après, elle est tombée percée de plusieurs balles. Une autre jeune femme s’avance à son tour, s’empare du drapeau qu’elle agite avec enthousiasme, relève la tête de sa compagne, et dans son superbe dédain, lance des pierres à ces mêmes hommes qui ripostent par une double décharge. Un fort détachement de la 2e légion est venu renforcer les assiégeants.
Après la fusion des deux corps, un silence plein d’anxiété a régné pendant quelques instants sur cette partie du boulevard.
Ce silence a bientôt été rompu par des feux de peloton qui se succédaient dans interruption pendant près d’un quart d’heure, et auquel les insurgés répondaient par un feu de tirailleurs soutenu. »
Après ces exploits peu glorieux, la garde nationale bourgeoise bat en retraite.
« On dit que le mouvement de retraite a été produit par le manque de cartouches. Quelques gardes nationaux, en se repliant, ont été désarmés. À la même heure, une vive fusillade est engagée dans la rue Saint-Denis, à la hauteur de la rue Sainte-Appoline, entre les ouvriers qui ont établi une barricade sur ce point, et un bataillon de la 5e légion dont on entend les feux de peloton répétés.
Le général Lamoricière est arrivé, venant du boulevard de la Madeleine, suivi de nombreux détachements composés du 11e de ligne, de plusieurs bataillons de la 2e légion, deux bataillons de la garde mobile, d’une batterie d’artillerie et d’un escadron de lanciers ; la barricade de la Porte Saint-Denis a été emportée. Le nombre des morts est grand de part et d’autre.
On a sonné le tocsin dans plusieurs quartiers.
Au moment où nous écrivons ces lignes, on vient nous dire, qu’une vive fusillade a été entendue pendant plus d’une demie-heure du côté du Pont Saint-Michel et du quartier Saint-Jacques, que trois cents gardes mobiles ont été mis hors de combat dans le Faubourg Saint-Antoine. Un régiment de dragons aurait été décimé au bas de la rue Saint-Jacques ».


On reconnaît à droite un bon gros garde national, en arrière des soldats de ligne.


La Réforme, 25 juin 1848

« Événements du 24 juin
La journée d’hier avait fini au bruit de la fusillade, aux cris terribles de la guerre civile, et la lutte n’a pas discontinué pendant toute la nuit. A une heure, le canon et de nombreuses décharges de mousqueterie se faisaient entendre dans le quartier Saint-Jacques et surtout dans la cité, et la cloche de Saint-Séverin envoyait au loin le son lugubre du tocsin.
Le combat a recommencé avec un nouvel acharnement aux premiers rayons du jour ; des forces imposantes étaient arrivées dans la nuit, et la troupe de ligne stationnait sur toute la longueur du boulevard intérieur. Les ouvriers occupaient la Cité, les faubourgs du Temple et de Saint-Antoine, les barrières Rochechouart, Poissonnière et de la Villette. On dit qu’ils ont fusillé un combattant qui avait voulu profiter du trouble général pour exercer une vengeance particulière.
Cependant, le canon tonnait sans interruption, depuis le lever du soleil, dans la direction de la Chapelle, pour écraser un bataillon d’ouvriers qui, repoussés dans la plaine des Vertus, y avaient été cernés par la garde mobile et la troupe de ligne.
Les boulevards ressemblaient à un camp : on y voyait échelonnés un régiment de cuirassiers arrivé hier soir, plusieurs escadrons de lanciers, des bataillons de garde nationale et de garde mobile. Les officiers de la garde nationale entraient dans plusieurs maisons et se faisaient remettre les fusils.
Le général Cavaignac a fait signifier aux ouvriers, vers neuf heures, qu’il ne leur donnait que trois quarts d’heure pour se rendre. Ils ont répondu qu’ils étaient disposés à mourir jusqu’au dernier, et la vue de leurs femmes, de leurs enfans [4] qu’ils ont auprès d’eux ne peut rien sur leur résolution, qui paraît irrévocable. A peine le délai est-il expiré, que des forces considérables, composées de cavalerie et d’infanterie, se dirigent vers la Chapelle en suivant le faubourg Poissonnière, sous les ordres d’un général dont on n’a pu nous dire le nom.
Sur la rive gauche, la lutte n’était pas moins acharnée. La maison si connue sous le nom de la Belle Jardinière, et située sur le quai aux Fleurs, a été le théâtre d’un combat atroce.
Les ouvriers qui s’y étaient fortifiés faisaient un feu roulant sur la garde nationale qui les a chassés de cette position.
En ce moment, la façade de ce vaste établissement est à reconstruire par suite des dégâts causés par le feu des assaillants.
Les ouvriers avaient également pris position dans les magasins des Deux Pierrots situés au bas de la rue Saint-Jacques.
Ils ont été délogés de ce poste par le 2e compagnie du 4e bataillon de la 4e légion, qui s’en est emparé à la baïonnette.
Cette compagnie a eu à déplorer la perte de 25 hommes qui sont restés sur le carreau ainsi que trois artilleurs de la ligne.
Sur un point opposé, à la place des Vosges (ci-devant Royale), les ouvriers chassaient la force armée de la mairie du 8e arrondissement.
Les gardes nationales de plusieurs localités voisines sont arrivées à 10 heures, celles de Poissy, de Meulan, de Mantes, ont mis pied à terre au débarcadère du chemin de fer de Rouen, qui, à ce qu’il paraît, n’a point été coupé, comme on s’accordait à le dire hier dans la soirée.
Les ouvriers occupaient encore à onze heures la rue des Noyers, tout le long de la rue Saint-Jacques, la place Saint-michel, la place Sorbonne, la rue des Mathurins, la rue de la Harpe et le Panthéon était le quartier général d’où partaient les mots d’ordre et les commandemens [5].
Le 21e régiment d’infanterie de ligne est arrivé d’Orléans à onze heures et a stationné quelque temps sur la place de la Concorde.
Le combat avait lieu sur plusieurs points. Le général Cavaignac, après avoir forcé quelques postes sur la Bastille, s’est avancé jusqu’à la première barricade du faubourg Saint-Antoine, qui a été emportée après une résistance des plus opiniâtres ; mais la ligne et la garde nationale n’ont pu pénétrer plus loin.
À midi, des barricades énormes, si bien construites que le canon seul pourra les renverser, s’élevaient entre les rues Saint-Martin et Saint-Denis, à l’extrémité du faubourg Poissonnière.
Au clos Saint-Lazare, il s’est livré un combat terrible et sanglant ; un bataillon de la garde mobile y a, dit-on, perdu plus de 200 hommes, et on a été obligé de recourir à l’artillerie pour forcer dans leurs retranchemens [6] les ouvriers qui se sont réfugiés dans les bâtimens [7] en construction de l’hôpital de la République, qui est une véritable forteresse.
Le Panthéon a été pris à deux heures, après un combat sanglant et désespéré ; on a, dit-on, fusillé quelques ouvriers pris les armes à la main : un rue des Mathurins-Saint-Jacques, en face de l’hôtel du Midi, et sept autres à l’hôtel de Cluny ; plusieurs autres ont été conduits au Luxembourg et fusillés dans le jardin.
Les nouvelles du faubourg Saint-Antoine sont peu nombreuses et peu positives ? Là aussi on aurait fait usage du canon, et la fusillade a retenti toute la journée.
La circulation se trouvant interrompue par suite de la mise en état de siège, il nous est impossible de donner des documens [8] précis et complets sur le drame si multiple, si lamentable qui ensanglante depuis deux jours les rues de Paris.
C’est un combat de géant : jamais la capitale ne fut le théâtre d’une lutte plus héroïque, plus terrible. Malheureusement ni les vainqueurs, ni les vaincus n’auront à se louer de leur ouvrage, car, on n’oubliera pas qu’à Rome, il n’y avait pas de couronnes civiques pour les généraux qui avaient le triste bonheur de triompher dans une guerre civile. »
Le ton de la Réforme tranche ici avec celui de la presse conservatrice et de la presse républicaine bourgeoises, qui débordent d’enthousiasme pour les hauts faits des militaires, de la garde national, et surtout des jeunes gardes mobiles, prolétaires sous l’uniforme et agiles preneurs de barricades…

La Réforme, 25 juin 1848
« Événements du 24 juin
La journée d’hier avait fini au bruit de la fusillade, aux cris terribles de la guerre civile, et la lutte n’a pas discontinué pendant toute la nuit. A une heure, le canon et de nombreuses décharges de mousqueterie se faisaient entendre dans le quartier Saint-Jacques et surtout dans la cité, et la cloche de Saint-Séverin envoyait au loin le son lugubre du tocsin.
Le combat a recommencé avec un nouvel acharnement aux premiers rayons du jour ; des forces imposantes étaient arrivées dans la nuit, et la troupe de ligne stationnait sur toute la longueur du boulevard intérieur. Les ouvriers occupaient la Cité, les faubourgs du Temple et de Saint-Antoine, les barrières Rochechouart, Poissonnière et de la Villette. On dit qu’ils ont fusillé un combattant qui avait voulu profiter du trouble général pour exercer une vengeance particulière.
Cependant, le canon tonnait sans interruption, depuis le lever du soleil, dans la direction de la Chapelle, pour écraser un bataillon d’ouvriers qui, repoussés dans la plaine des Vertus, y avaient été cernés par la garde mobile et la troupe de ligne.
Les boulevards ressemblaient à un camp : on y voyait échelonnés un régiment de cuirassiers arrivé hier soir, plusieurs escadrons de lanciers, des bataillons de garde nationale et de garde mobile. Les officiers de la garde nationale entraient dans plusieurs maisons et se faisaient remettre les fusils. »
On ne peut mieux dire que le combat était disproportionné, les insurgés avaient contre eux tout le poids de l’appareil d’État et de l’effarement bourgeois, plus la combativité de ces jeunes gardes mobiles issus du peuple ouvrier, et sauvagement tournés contre les « leurs »…
Cavaignac, investi de tous les pouvoirs, pense être maître de la situation.
« Le général Cavaignac a fait signifier aux ouvriers, vers neuf heures, qu’il ne leur donnait que trois quarts d’heure pour se rendre. Ils ont répondu qu’ils étaient disposés à mourir jusqu’au dernier, et la vue de leurs femmes, de leurs enfans [9] qu’ils ont auprès d’eux ne peut rien sur leur résolution, qui paraît irrévocable. A peine le délai est-il expiré, que des forces considérables, composées de cavalerie et d’infanterie, se dirigent vers la Chapelle en suivant le faubourg Poissonnière, sous les ordres d’un général dont on n’a pu nous dire le nom.
Sur la rive gauche, la lutte n’était pas moins acharnée. La maison si connue sous le nom de la Belle Jardinière, et située sur le quai aux Fleurs, a été le théâtre d’un combat atroce.
Les ouvriers qui s’y étaient fortifiés faisaient un feu roulant sur la garde nationale qui les a chassés de cette position.
En ce moment, la façade de ce vaste établissement est à reconstruire par suite des dégâts causés par le feu des assaillants.
Les ouvriers avaient également pris position dans les magasins des Deux Pierrots situés au bas de la rue Saint-Jacques.
Ils ont été délogés de ce poste par le 2e compagnie du 4e bataillon de la 4e légion, qui s’en est emparé à la baïonnette.
Cette compagnie a eu à déplorer la perte de 25 hommes qui sont restés sur le carreau ainsi que trois artilleurs de la ligne.
Sur un point opposé, à la place des Vosges (ci-devant Royale), les ouvriers chassaient la force armée de la mairie du 8e arrondissement. »
Pour qui connaît Paris, il est assez bouleversant de constater que ces quartiers aujourd’hui gentryfiés, boboïsés (ah, le Marais !), ou encore fiefs du commerce international (ah le Sentier !), étaient alors, avant la « rénovation » d’Haussmann, des quartiers ultra populaires.
« Les gardes nationales de plusieurs localités voisines sont arrivées à 10 heures, celles de Poissy, de Meulan, de Mantes, ont mis pied à terre au débarcadère du chemin de fer de Rouen, qui, à ce qu’il paraît, n’a point été coupé, comme on s’accordait à le dire hier dans la soirée. »
Les gardes nationales de la proche province, on le voit, avaient été rameutées pour casser du Rouge, et ces « ruraux » s’y employèrent, d’autant qu’ils faisaient retomber sur les « fainéants » des Ateliers nationaux l’augmentation considérable des impôts : 45 centimes de plus pour un franc ! Flaubert a écrit là-dessus des pages définitives dans L’Éducation sentimentale.
« Les ouvriers occupaient encore à onze heures la rue des Noyers, tout le long de la rue Saint-Jacques, la place Saint-michel, la place Sorbonne, la rue des Mathurins, la rue de la Harpe et le Panthéon était le quartier général d’où partaient les mots d’ordre et les commandemens [10].
Le 21e régiment d’infanterie de ligne est arrivé d’Orléans à onze heures et a stationné quelque temps sur la place de la Concorde.
Le combat avait lieu sur plusieurs points. Le général Cavaignac, après avoir forcé quelques postes sur la Bastille, s’est avancé jusqu’à la première barricade du faubourg Saint-Antoine, qui a été emportée après une résistance des plus opiniâtres ; mais la ligne et la garde nationale n’ont pu pénétrer plus loin.
À midi, des barricades énormes, si bien construites que le canon seul pourra les renverser, s’élevaient entre les rues Saint-Martin et Saint-Denis, à l’extrémité du faubourg Poissonnière.
Au clos Saint-Lazare, il s’est livré un combat terrible et sanglant ; un bataillon de la garde mobile y a, dit-on, perdu plus de 200 hommes, et on a été obligé de recourir à l’artillerie pour forcer dans leurs retranchemens [11]. »
On le voit, bourgeois et petits bourgeois ne craignaient pas de risquer leurs vies pour défendre leur sécurité et leurs privilèges, alors qu’aujourd’hui les mêmes délèguent volontiers la sale besogne à des combattants stipendiés !
« Les ouvriers qui se sont réfugiés dans les bâtimens [12] en construction de l’hôpital de la République, qui est une véritable forteresse.
Le Panthéon a été pris à deux heures, après un combat sanglant et désespéré ; on a, dit-on, fusillé quelques ouvriers pris les armes à la main : un rue des Mathurins-Saint-Jacques, en face de l’hôtel du Midi, et sept autres à l’hôtel de Cluny ; plusieurs autres ont été conduits au Luxembourg et fusillés dans le jardin.
Les nouvelles du faubourg Saint-Antoine sont peu nombreuses et peu positives ? Là aussi on aurait fait usage du canon, et la fusillade a retenti toute la journée.
La circulation se trouvant interrompue par suite de la mise en état de siège, il nous est impossible de donner des documens [13] précis et complets sur le drame si multiple, si lamentable qui ensanglante depuis deux jours les rues de Paris.
C’est un combat de géant : jamais la capitale ne fut le théâtre d’une lutte plus héroïque, plus terrible. Malheureusement ni les vainqueurs, ni les vaincus n’auront à se louer de leur ouvrage, car, on n’oubliera pas qu’à Rome, il n’y avait pas de couronnes civiques pour les généraux qui avaient le triste bonheur de triompher dans une guerre civile. »

SUITE : L’explosion de juin 1848 (5). Vers la fin de l’insurrection

Notes

[1Graphie de l’époque

[2id.

[3id.

[4graphie de l’époque

[5id.

[6id.

[7id.

[8id.

[9graphie de l’époque

[10id.

[11id.

[12id.

[13id.

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