La Seyne sur Mer

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Langue étrusque

mercredi 19 décembre 2018, par René Merle

Ou de la mort des langues

J’évoquais récemment la civilisation étrusque : Retour vers l’Étrurie
J’y reviens.
Entre autres langues mortes, totalement mortes, liquidées par la domination romaine (« notre » gaulois par exemple), j’ai toujours été fasciné par le destin de la langue étrusque, qui fut celle d’une grande civilisation séculaire, et dont les origines sont toujours discutées (antique langue pré-indoeuropéenne ? mutation d’une langue anatolienne ? greffe de cette nouvelle venue sur le vieux fond autochtone ?). Une langue dont les spécialistes peuvent lire les quelques traces qui subsistent, mais qu’ils peinent vraiment à comprendre et à traduire.

Après la conquête romaine (achevée en - 264), tuée lentement par la romanisation politique et le rouleau compresseur latin, la langue étrusque cessa d’être parlée dans les deux derniers siècles de la République. Après sa disparition dans la vie quotidienne, elle fut maintenue avec respect sous l’Empire dans le cercle des érudits et des dignitaires religieux romains. À partir de sources encore présentes, l’empereur Claude écrivit au début de l’ère chrétienne une histoire des Étrusques, aujourd’hui perdue.

Le coup fatal lui fut porté aux quatrième et cinquième siècles par les empereurs chrétiens Théodose et Honorius qui interdirent les sacrifices et consultations des haruspices étrusques, et firent brûler en public les livres sacrés, (initiant ainsi une tradition "chrétienne" dont bien des ouvrages ont fait les frais, ainsi des textes aztèques et incas lorsque l’église catholique s’en vint « civiliser » nos frères humains du « nouveau » continent). Bien que sous Honorius, lors de l’invasion de Rome par les Visigoths d’Alaric, en 410, les prêtres étrusques furent appelés à déclencher la foudre divine sur les barbares... sans grand résultat.

Une langue perdue, parmi cent, mais qui en l’occurrence, répétons-le, fut celle d’une grande civilisation dominant une grande partie de la Botte italique et des mers avoisinantes pendant des siècles... Pas plus parfaite qu’une autre, ni plus humaniste sans doute. Il n’empêche. L’étrusque est ainsi à sa façon la métaphore de l’inexorable destin des langues (y.c du français), ce qui relativise les débats actuels sur la persistance du latin, gravement menacé, et de celle des quelques débris du latin éclaté que sont, entre autres, le français, l’italien et l’espagnol. Pour ne pas parler de nos "langues régionales" si vilipendées, filles bâtardes du latin pour la plupart, voire née de notre antique celtitude à cheval sur la Manche, comme le breton, ou blog erratique d’un néolithique oublié, comme le basque ...

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