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Trump persiste et signe

mardi 20 août 2019, par René Merle

La fin des illusions sur la pacifique fin de l’Histoire après la victoire des Marchés

Cf. : Groenland

Loin de se décourager devant le flot d’indignation et de quolibets après sa proposition d’acheter le Groenland, l’homme aléatoire qui tient une partie de notre destin entre ses mains vient de réitérer. Il y a quand même de quoi s’inquiéter. Pourtant pas, jusqu’à ce jour, de réactions de l’Union européenne. Après tout, le géant américain a annexé et acheté tant d’autres territoires, de la Louisiane à Porto Rico, de l’Alaska aux Samoas, qu’avaler un territoire, qui plus est si peu habité, ne le gênerait en rien. Il ne lui reste plus, si le Danemark n’est pas d’accord, à susciter un mouvement indépendantiste Inuit qui se jetterait dans les bras du riche Oncle Sam, ou alors tout bonnement à « débarquer » (mais les temps ne s’y prêteraient guère).
D’après les dépêches d’agence, le président Trump aurait affirmé :
« Essentiellement, c’est une grosse transaction immobilière ». Le Groenland « fait beaucoup de mal au Danemark parce qu’ils perdent environ 700 millions de dollars chaque année pour l’entretenir ». Et stratégiquement, pour les États-Unis, ce serait sympa, a-t-il ajouté.
Stratégiquement, les USA en savent déjà quelque chose puisque depuis les débuts de la guerre froide ils avaient installé au Groenland la base antisoviétique de Thulé.
Mais aussi, et peut-être surtout, l’opération serait juteuse car, avec le réchauffement climatique (qu’en l’occurrence Trump finirait par admettre avec joie), les énormes ressources du sous-sol seraient beaucoup plus facilement exploitables.

Avec son cynisme habituel, Trump dit tout haut ce que les Belles Âmes refusent d’admettre. Le monde actuel n’est plus bipolaire, depuis la disparition du bloc soviétique. Et le leadership américain, jadis « justifié » par leur bouclier atomique anti-URSS, n’est plus admis aussi directement, voire contesté, par les autres puissances capitalistes (j’en excepte le toutou britannique.
Le monde aujourd’hui est quasi entièrement capitaliste et si, comme le disait un certain Jean Jaurès, le capitalisme porte en lui la guerre comme le nuage porte l’orage, il y a de quoi s’inquiéter.
Le monde n’est plus bipolaire, il est un champ clos entre puissances capitalistes rivales qui appuient leurs tentatives d’emprise sur le monde en attisant les brûlots nationalistes. Les USA se trouvent désormais en bonne compagnie, puisque, à côté des robustes pays capitalistes émergents d’Asie et d’Amérique latine, ils côtoient l’ex-URSS passée au capitalisme, et la Chine qui fait du capitalisme « contrôlé » la clé de sa réussite proclamée socialiste.

Je me souviens de mes amis retour des forums altermondialistes de Porto Alegre, qui me vantaient les mérites de la nouvelle alliance anti impérialiste entre grands pays émergents : le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Russie et la Chine.
Seul problème aujourd’hui, le Brésil et l’Inde sont dirigés par des ultra nationalistes d’extrême droite, et l’Afrique du Sud voit la génération de l’après Mandela confrontée aux néo-libéralisme triomphant. La Russie a abandonné toute fibre socialiste à la soviétique pour devenir un pays capitaliste, et d’un capitalisme sauvage digne de notre jeune XIXe siècle, capitalisme couvert d’un nationalisme d’autant plus vif qu’il a été bafoué par l’Occident après la chute de l’URSS. Quant à la Chine, désormais à l’évidence puissance mondiale, je vois beaucoup de bons amis me vanter sa sage utilisation du capitalisme pour parvenir au socialisme… Si cette sagesse passe à l’évidence par l’acquisition ou le contrôle de tant de marchés et de ressources hors du territoire chinois, il est très possible que cette politique se heurte à celle d’autres puissances qui se soucient du socialisme comme d’une guigne.
Je me souviens aussi de l’enthousiasme de leaders de la gauche de la gauche française pour l’extraordinaire percée démocratique sud-américaine, ouvrant la voie au socialisme. Je ne les entends plus guère aujourd’hui, à part Jean-Luc Mélenchon qui désormais s’enthousiasme pour le Mexique.
Bref, un monde de tensions, d’alliances provisoires et de frictions, où la moindre imprudence, la moindre provocation, pourraient déclencher des catastrophes.
Mais l’Union européenne, me direz-vous ? N’est-elle pas un facteur de paix, dans la mesure justement où elle n’est pas un impérialisme économique et où il lui est impossible de porter un nationalisme européen, qui n’existe pas.
Le problème, c’est qu’en fait les états qui composent cette union, porteurs d’intérêts économiques et de nationalismes particuliers, jouent leur carte perso dans le grand jeu capitaliste mondial. La Grande Bretagne veut prendre le large, l’Allemagne veut continuer à imposer son nationalisme économique et financier, l’Italie, il y a peu encore si « européenne » bouillonne de nationalisme. Reste (entre autres) la France, dont le prince charismatique, rhéteur habile, croit pouvoir substituer aux dures réalités le charme de sa parole, qu’il commence quand même à teinter de réalisme.

Bref, les historiens de demain auront du pain sur la planche quand ils voudront traiter de cette période d’après la guerre froide, où des prophètes aveugles voyaient la fin de l’Histoire par le triomphe des Marchés…
En attendant, et par force, nous sommes plus spectateurs qu’acteurs, et c’est bien regrattable.

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