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Macchu Picchu

mercredi 21 août 2019, par René Merle

À propos d’un projet d’aérodrome international

Pour vous changer un peu de Juin 1848 à fortes doses (et ce n’est pas fini), voici une petite incidente péruvienne.

Vous avez peut-être reçu l’annonce de cette pétition qu’un ami écologiste vient de me signaler : machupicchu

Faut-il s’indigner que le gouvernement péruvien, dans une logique de rentabilité économique, facilite encore plus, grâce à la construction en proximité d’un aéroport international, la marée touristique qui déferle sur ce site magique et le noie déjà sous ses détritus (voir les vidéos sur youtube) ?

évacuation quotidienne des déchets touristiques de Machu Picchu

Je n’ai pas signé, d’une part parce que je doute fortement de l’impact de pareille démarche sur le gouvernement péruvien, mais aussi parce que le déferlement sur Machu Picchu s’inscrit me semble-t-il irrésistiblement dans l’explosion d’un tourisme de masse que les moyens modernes de déplacement mettent à la portée, je ne dirai pas de tous, mais de beaucoup. Oui, le monde, (en tout cas les parties de ce monde qui ne sont pas en guerre ouverte ou larvée), est grand ouvert au tourisme des petites, moyennes et supérieures classes moyennes du monde dit occidental, de la Chine, et bientôt des puissances « émergentes ». C’est le fruit de notre liberté individuelle et des progrès de notre niveau de vie, qui ne sont pas venus tout seuls. C’est la satisfaction d’un besoin incoercible de voir d’autres lieux, d’autres paysages, qui semble-t-il est inhérent à la nature humaine.

Machu Picchu submergé et violenté ? Je n’ai jamais eu la chance de visiter ce lieu pour moi magique, mais je dois quand même être logique : avant de jeter la pierre, il me faudrait balayer devant ma porte.
Il m’est arrivé de m’énerver de voir Venise ou Florence submergé par le flot des touristes et la vulgarité corrélative. Mais j’y étais aussi.
Il m’est arrivé de m’énerver devant les groupes compacts de touristes rompant la sérénité mystérieuse des moais de Rapa Nui. Mais j’y étais aussi.
Etc. etc.
Dans sa logique capitaliste, le touriste de masse focalise sur des lieux qu’il « faut » absolument avoir vus (et photographiés), au risque de les détruire. De même que le capitalisme actuel, dans son développement insensé, est en train de se suicider dans l’exploitation forcenée des ressources naturelles…

Mais je ne veux pas tomber dans la paranoïa. Il y a encore, heureusement, mille moyens de « voir du pays » sans le saturer et surtout sans l’abîmer. Et vous devez comme moi avoir vos recettes et vos habitudes… Pour prendre un exemple extrême, on n’est pas obligé d’aller faire la queue vers le sommet du Mont Blanc (et bientôt peut-être de l’Everest) pour se dépayser en montagne…

Mais trêve de banalités sur ce thème du tourisme et du dépaysement, que chacun, tant bien que mal, appréhende dans une démarche personnelle.

Les très très riches, eux, ont depuis longtemps abandonné l’idée de visiter le Louvre sur réservation obligatoire, de faire la queue contingentée à Lascaux bis, ou de s’entasser sur nos plages estivales surpeuplées. Ils se sont taillés leurs coins de paradis bien barricadés, et laissent le monde aller à la vau l’eau (d’autant que cela leur rapporte).

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