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Rentrée littéraire

vendredi 30 août 2019, par René Merle

Vrais auteurs et histrions

Difficile, comme chaque année, de se retrouver dans l’avalanche de romans publiés en cette rentrée. Bien sûr, les critiques dans nos journaux et magazines préférés, les conseils de mon libraire préféré [1], et aussi sûr le bouche à oreille, et puis enfin la pulsion irréfléchie devant une couverture, quitte à s’en féliciter ou à la regretter…
Je n’évoque pas ici le rayon « sciences humaines et politique », (j’y suis tombé dedans tout petit et je m’y dirige fort bien), mais l’immensité du rayon « romans » : je ne parle que des nouveautés, (les anciens, les confirmés, les reconnus n’ont pas besoin de recommandations). Comment choisir, ou pas (d’autant qu’acheter devient un petit luxe, et que l’on se dit que les bibliothèques seront toujours là ?).
Quoi qu’il en soit, je sens que, une fois de plus, si j’achète, je piquerai plutôt dans le rayon roman noirs, où, vaille que vaille (car il y a des déchets, c’est le moins que l’on puisse dire), et dans le suspense souvent (plaisir incontournable), on quitte le bobonombrilisme pour toucher à ce que la société, et l’âme humaine, ont de plus sombre : histoire de se mieux se retrouver mens sana in corpore sano une fois le livre refermé. Ce qui dans mon vieux provençal se disait s’espurgar, autrement dit, chers amis cultivés, la bonne vieille catharsis.

Mais comment ignorer quand même l’avalanche de romans – mises en scène de son enfance, de ses difficultés de vivre, de ses amours, de ses pulsions, bref, de son MOI (Umbilicus, ou plus prosaïquement embouligue dans mon provençal). Alors là, le terrain est piégé, et il faut avancer avec la prudence du fantassin sur un champ de mines. Tant de vies offertes, certaines avec la touchante confiance du petit hérisson dévoilant son ventre trop tendre, d’autres bricolées ou trafiquées dans l’affichage raccoleur… Je vais donc y aller avec prudence.

En tout cas, dans le rayon « j’affiche ma vie, au plus cru », j’ai lu avec un plaisir mêlé de consternation ce qu’a suscité la dernière prestation d’un histrion médiatique qui, avec sa complice Christine Angot, n’a cessé de distribuer le blâme et l’éloge, et plus le blâme que l’éloge, sur nos petits écrans, dans des émissions qui se veulent à la fois divertissantes et « culturelles ». Un de ces rois du Buzz dont notre littérature est vampirisée et dégradée.
À ce sujet, je me permets de vous renvoyer à un article de Vu du droit qui m’apparaît plus que pertinent :
Moix

Notes

[1Le carré des mots, Toulon

1 Message

  • Rentrée littéraire Le 1er septembre à 14:34, par Michel Parolini

    « 524 romans pour la rentrée littéraire 2019 » (Livres Hebdo)

    « L’an dernier, les livres de la rentrée ont généré un chiffre d’affaires de 48 millions d’euros soit 32% de moins qu’en 2012. Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition, a souligné qu’une des raisons de la contraction du marché du livre était que la dernière rentrée littéraire n’avait « pas su pleinement rencontrer les attentes des lecteurs » (France Info)

    On a envie de dire : « Et pour cause ! » Mais on a aussi envie de dire : la bonne littérature, la vraie littérature rencontre-t-elle toujours les attentes des lecteurs ? Quelle étrange marchandise, le livre !

    Il y a deux cents ans et un mois, le 1er aout 1819, naissait Herman Melville. Ecrivain peu lu aujourd’hui, écrivain ignoré de son temps, écrivain « maudit ». « Quand bien même j’écrirais les Evangiles en ce siècle, je finirais dans le ruisseau » confie-t-il à son ami Nathaniel Hawthorne. Il ose quand même son Moby Dick mais il sait : « Ce que je me sens le plus poussé à écrire, m’est interdit — cela ne paiera pas. »
    Et en effet, le plus grand écrivain américain du XIXème siècle, poète du sublime (*) et auteur d’une métaphysique sensible, renonce progressivement à l’écriture après l’échec annoncé de son chef d’oeuvre. Il finira sa vie fonctionnaire des douanes dans le port de New-York.
    A la fin de son étrange Bartleby, récit qui campe un curieux employé qui refuse de faire quoi que ce soit - « I would prefer not to » -, Melville nous dit du clerc qu’il fut « employé surnuméraire au bureau du Rebut postal à Washington » Nous parle-t-il de lui-même et de la littérature ? « Imaginez un homme que la nature et le malheur ont fait enclin à un pâle désespoir, peut-il y avoir une occupation plus propre à l’accroître, que de manier constamment ces lettres mortes et de les trier pour les flammes ? Car c’est par charretées qu’on les brûle chaque année. Parfois du papier plié le pâle employé tire une bague : le doigt pour lequel elle était faite pourrit peut-être dans la tombe. Ou bien c’est un billet de banque envoyé en hâte par charité ; mais celui qu’il soulagerait ne mange plus et n’a plus faim. C’est un pardon, pour qui est mort accablé, un espoir, pour qui est mort sans espérance ; de bonnes nouvelles, pour qui est mort oppressé par les calamités sans réconfort. Chargées de messages de vie, ces lettres vont à la mort. Ah, Bartleby ! Ah, humanité ! »

    Pensée trop pessimiste ? La bonne littérature - « chargée de messages de vie » aujourd’hui ne périt pas dans les flammes. Elle est noyée dans la mauvaise.

    (*) Au sens que Kant donne à ce mot : est sublime ce qui rend possible la représentation de l’illimité.

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