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Rentrée littéraire (bis)

dimanche 1er septembre 2019, par René Merle

Message de Michel Parolini

Cf. : Rentrée littéraire

Un message de l’ami Michel Parolini dans lequel je me retrouve entièrement

« 524 romans pour la rentrée littéraire 2019 » (Livres Hebdo)
« L’an dernier, les livres de la rentrée ont généré un chiffre d’affaires de 48 millions d’euros soit 32% de moins qu’en 2012. Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition, a souligné qu’une des raisons de la contraction du marché du livre était que la dernière rentrée littéraire n’avait « pas su pleinement rencontrer les attentes des lecteurs » (France Info)
On a envie de dire : « Et pour cause ! » Mais on a aussi envie de dire : la bonne littérature, la vraie littérature rencontre-t-elle toujours les attentes des lecteurs ? Quelle étrange marchandise, le livre !
Il y a deux cents ans et un mois, le 1er aout 1819, naissait Herman Melville. Ecrivain peu lu aujourd’hui, écrivain ignoré de son temps, écrivain « maudit ». « Quand bien même j’écrirais les Evangiles en ce siècle, je finirais dans le ruisseau » confie-t-il à son ami Nathaniel Hawthorne. Il ose quand même son Moby Dick mais il sait : « Ce que je me sens le plus poussé à écrire, m’est interdit — cela ne paiera pas. »
Et en effet, le plus grand écrivain américain du XIXème siècle, poète du sublime (*) et auteur d’une métaphysique sensible, renonce progressivement à l’écriture après l’échec annoncé de son chef d’oeuvre. Il finira sa vie fonctionnaire des douanes dans le port de New-York.
A la fin de son étrange Bartleby, récit qui campe un curieux employé qui refuse de faire quoi que ce soit - « I would prefer not to » -, Melville nous dit du clerc qu’il fut « employé surnuméraire au bureau du Rebut postal à Washington » Nous parle-t-il de lui-même et de la littérature ? « Imaginez un homme que la nature et le malheur ont fait enclin à un pâle désespoir, peut-il y avoir une occupation plus propre à l’accroître, que de manier constamment ces lettres mortes et de les trier pour les flammes ? Car c’est par charretées qu’on les brûle chaque année. Parfois du papier plié le pâle employé tire une bague : le doigt pour lequel elle était faite pourrit peut-être dans la tombe. Ou bien c’est un billet de banque envoyé en hâte par charité ; mais celui qu’il soulagerait ne mange plus et n’a plus faim. C’est un pardon, pour qui est mort accablé, un espoir, pour qui est mort sans espérance ; de bonnes nouvelles, pour qui est mort oppressé par les calamités sans réconfort. Chargées de messages de vie, ces lettres vont à la mort. Ah, Bartleby ! Ah, humanité ! »
Pensée trop pessimiste ? La bonne littérature - « chargée de messages de vie » aujourd’hui ne périt pas dans les flammes. Elle est noyée dans la mauvaise.

(*) Au sens que Kant donne à ce mot : est sublime ce qui rend possible la représentation de l’illimité.

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