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La lutte des classes, film, 2019.

mercredi 4 septembre 2019, par René Merle

Vision réaliste ou vision idéologique de la réalité d’un quartier « difficile » ?

Je viens de regarder le tout récent film La lutte des classes(Michel Leclerc, 2019).
Lutte des classes ? Rassurez-vous, amis lecteurs, il ne s’agit pas ici d’un énième épisode de mon addiction marxiste, mais tout simplement de la question que beaucoup de parents se posent concernant l’école qui assurera au mieux l’avenir de leurs enfants. Public ou privé ?
Il s’agit ici en l’occurrence d’un jeune couple qui vient d’acquérir une petite maison à Bagnolet (couronne parisienne populaire pour qui en ignorerait) et scolarise leur garçon de 8 ans à l’école primaire Jean Jaurès, « Jean Jo » pour les habitants du quartier.
Couple un peu particulier : elle, brillante avocate d’origine maghrébine revenant vivre au quartier natal, lui, homme au foyer, batteur dans ce qui reste d’un groupe punk h.s, totalement réfractaire à l’idéologie dominante.
Leur sympathique rejeton, qui a baigné huit ans durant dans une idéologie « laïque », se retrouve à peu près le seul « gaulois » dans une classe où il n’arrive pas à s’intégrer : ses condisciples lui reprochent son origine bourgeoise et son indifférence en matière religieuse alors qu’évidemment il conviendrait d’être musulman… Pauvre gamin largué dans un monde dont il n’a pas les données et qui l’isole…
Les quelques amis « gaulois » du couple, tout aussi « bobos » qu’eux, trahissent sur la pointe des pieds en plaçant leur enfant à l’école privée, mais notre couple s’accroche tant qu’il le peut, avant de craquer lui aussi. Bref, le retour à un réel qui ne correspond pas à l’idéologie des Belles Âmes, vivant dans des quartiers « non sensibles »…
Mais alors, surprise, c’est le gamin qui veut rester dans le public, bref dans sa classe…
Je ne vous raconterai évidemment pas ici les péripéties qui ont amené cette fin inattendue. Mais elles valent la peine d’être vues.
Le réalisateur Michel Leclerc, déjà auteur de sympathiques comédies politiques populaires, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère dans le casting « sociologique » (de belles figures de femmes notamment !). Nous avons droit à la visite quasiment documentaire d’un panel de parents d’élèves originaires de cette France que l’on dit un peu vite métissée. Nous avons droit également au traitement « neutre » mais objectivement bienveillant de leurs jugements et opinions, apparemment contradictoires avec l’idéologie laïque, ce qui ne les empêche pas de mettre leurs enfants à l’école publique, gratuite et ouverte à tous… École publique qui sort grandie de l’épreuve.
Bref, après moult crises, notre bobo-punk laïque fraternisera avec l’ex copain de son épouse, (désormais vigile, et résolument musulman). Le film conclut dans le positif d’une fête scolaire qui mobilise tout le quartier et suture un affrontement a priori insoluble…
On peut sourire ou s’énerver ; en ce qui me concerne, j’ai assez aimé l’optimisme qui a animé le réalisateur, et le message de confiance dans l’école publique, message que je partage et qui, au plan cinématographique, me rappelle la terrible Journée de la jupe (2009, dix ans déjà !).
Il n’en reste pas moins que ce film pos la question qui, à tort ou à raison, taraude tant de parents vivant dans des quartiers populaires : faut-il choisir l’école privée pour assurer une scolarité « normale » et prometteuse à ses enfants ? La question se pose d’autant plus que, comme nous pouvons le constater dans notre Sud bien aimé, nombre de familles issues de la fameuse « diversité », lorsqu’elles en ont les moyens, choisissent l’école privée.
Bref, un film que l’on peut regarder en amusette sociologique, ou que l’on peut au contraire recevoir comme un cri d’alarme en faveur de l’école publique, la seule vraiment ouverte au peuple sociologique, dans toutes ses composantes, où des enseignants mal payés s’échinent à dispenser les connaissances qu’ils méritent à tous les enfants, même si certains de ses élèves ont déjà intériorisé un sentiment d’échec par rapport à une société où il est bien difficile de se faire une place…

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