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Caballo viejo...

vendredi 6 septembre 2019, par René Merle

Retour sur la célèbre chanson de Simón Diaz

Je suis en train de lire (eh oui !) la confession romancée de la célèbre journaliste de télévision colombienne Virginia Vallejo, par ailleurs maîtresse du célèbre baron de la drogue Pablo Escobar [1].
Elle évoque son premier séjour dans une immense propriété d’Escobar, en plaine tiera caliente colombienne.

« Dans le lointain, on entend s’élever d’une cabane les notes de la chanson de Simón Diaz, Caballo viejo (le vieux cheval), interprétée par la voix reconnaissable de Roberto Torres [2] : c’est l’hymne des plaines vénézuéliennes que les hommes d’âge mûr ont adopté sur tout le continent, et qu’ils chantent à l’oreille des pouliches alezanes lorsqu’ils veulent lâcher leur bride en espérant qu’elles en fassent autant. « Quand l’amour arrive ainsi, de cette manière, on ne s’en rend même pas compte… » prévient le poète dans le récit qu’il livre des prouesses de son vieil étalon. « Quand l’amour arrive ainsi, de cette manière, on ne peut pas être tenu pour responsable… » se justifie l’homme des plaines avant d’enjoindre à l’espèce humaine de suivre son exemple « car après cette vie il n’y aura plus d’autre opportunité », sur un ton aussi empreint de sagesse populaire que de cadences rythmiques complices d’un air tiède empli de promesses. »

Ce qui m’a soudainement renvoyé vers cette chanson dont j’ai, un peu trop peut-être, abreuvé les lecteurs de mes précédents blogs, et qui dormait depuis dans ma mémoire, comme tant d’autres bonnes vieilles chansons nées de la culture « llanera » [3] profonde, vénézuélienne et colombienne, encore empreinte de ruralité, mais capable toujours d’embraser des salles.
Il peut paraître dérisoire de revenir sur un Caballo viejohors temps, quand on connaît la terrible situation présente du Venezuela et de la Colombie.
Mais ce n’est pas une raison pour oublier ce magnifique hymne (désormais bi-national) à la vie, au désir et à l’amour, ce tonique (à tous points de vue) Caballo viejo, (Le vieux cheval) dont Simón Diaz [4]fit paroles et musique, et que chante ici, comme dans le texte de Virgina Vallejo, Roberto Torres.
Je la donne ici par une vidéo sans images, ce qui nous évite le flot plus ou mois (plutôt plus que moins) racoleur de la masse des vidéos sur ce même titre.

Cuando el amor llega así de esta manera
uno no se da ni cuenta
el carutal reverdece y guamachito florece
y la soga se revienta
Caballo le dan sabana porque está viejo y cansao
pero no se dan ni cuenta
que un corazón amarrao
cuando le sueltan las riendas
es caballo desbocao
Y si una potra alazana caballo viejo se encuentra
el pecho se le desgarra y no le hace caso a falseta
y no le obedece al freno ni lo paran falsas riendas
Cuando el amor llega así de esta manera
uno no tiene la culpa
quererse no tiene horario
ni fecha en el calendario
cuando las ganas se juntan
Caballo le dan sabana
y tiene el tiempo contao
y se va por la mañana con su pasito apurao
a verse con su potranca
que lo tiene embarbascao
El potro da tiempo al tiempo
porque le sobra la edad
caballo viejo no puede
perder la flor que le dan
porque después de esta vida
no hay otra oportunidad

J’emprunte la traduction au beau site Venezuelalatina (Vous pouvez tenter la vôtre).

Quand l’amour arrive ainsi de cette manière
on ne s’en rend même pas compte
le caruto reverdit et le guamachito fleurit
et la corde se rompt
On laisse courir le cheval dans la savane parce qu’il est vieux et fatigué
mais on ne se rend même pas compte
qu’un cœur attaché
si on lui lâche les rênes
c’est un cheval emballé
Et si le vieux cheval fait la rencontre d’une pouliche alezane
sa poitrine se déchire et il ignore la conduite
il n’obéit plus au mors et les rênes ne l’arrêtent plus
Quand l’amour arrive ainsi de cette manière
ce n’est pas de notre faute
s’aimer n’a pas d’horaire
ni de date dans le calendrier
lorsque les envies se rejoignent
Le cheval on le laisse courir dans la savane
et il a son temps compté
et il s’en va au petit matin de son petit pas pressé
rencontrer sa pouliche
qui le rend tout confus
Le poulain donne le temps au temps
parce que l’âge peu lui importe
Le vieux cheval ne peut
perdre la fleur qu’on lui donne
parce qu’après cette vie-ci
il n’y aura plus d’autre occasion

Notes

[1Virginia Vallejo, Pablo, je t’aime, Escobar, je te hais. J’ai lu, 2018

[2Célèbre chanteur et musicien cubain

[3llano : « plaine » ; llanero : habitant des plaines herbeuses du Venezuela occidental et de la Colombie orientale

[4Célèbre chanteur et compositeur vénézuelien, père de la tonada

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