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L’anglais menace le français ?

dimanche 8 septembre 2019, par René Merle

À terme, une situation diglossique ?

Un récent numéro de Télérama a déclenché une violente réaction chez des défenseurs de la langue française
Ainsi cet article de tenants de la francophonie :
Francophonie avenir

Je dirai tout de suite que, même si je suis francophone et résolument défenseur du français, je me méfie beaucoup des défenseurs du français attaqué par le méchant anglais, quant je considère avec quel désintérêt, pour ne pas dire quel mépris, ces francophones ont passé aux pertes et profits les parlers populaires et langues dites aujourd’hui « régionales », parfaitement phagocytées par la glottophagie française.
Je peux en témoigner par ce qui demeure en moi de « patois », pris à jamais dans l’ambre des rivages comme un insecte des temps jadis, pièce de musée inutile désormais.

Mais revenons à nos moutons, sans autrement nous focaliser sur ce pauvre numéro de Telerama, marronnier de fin de saison trop chaude.
Le français est-il menacé par l’anglais ?
On peut essayer de ne pas mélanger les choses pour apporter une réponse dépassionnée.

L’usage franchement disproportionné de mots anglais dans la publicité quotidienne, dans nos magazines, dans l’usage administratif, etc., procède à l’évidence d’un snobisme ridicule mais combien gratifiant pour ceux qui l’utilisent. L’anglais est un marqueur social, et l’utiliser signifie que l’on se place du bon côté de la barrière linguistique, celle du prestige.
Il n’en demeure pas moins que les émetteurs et les récepteurs de cette invasion de mots anglais parlent français et continueront à parler français. L’usage seul nous dira ce qui subsistera de cette avalanche. Je peux d’ailleurs relativiser en pensant à mes grands parents qui ont digéré sans trauma particulier le langage sportif anglicisé : « penalty, goal, dribble, tacle », et j’en passe. Je peux aussi m’amuser en tapant sur la touche « escape » de mon ordinateur en pensant que le mot vient tout droit de mon « patois » où « s’escaper » a encore un sens.

Mais ce semis de mots anglais dans le pudding (oh pardon, le gâteau) français n’a guère à voir avec le vrai apprentissage d’une vraie langue.
De toute façon, et sans barguigner, chacun sait qu’il est utile de parler anglais. Au plan international, l’anglais joue le rôle que joue le français dans l’Afrique qui fut française : une langue permettant aux locuteurs des innombrables langues locales de se comprendre, si besoin est. Et dorénavant, en Allemagne comme aux Pays-Bas ou en Scandinavie, tout écolier doit être précocement bilingue. (L’avenir lointain dira si ce bilinguisme perdurera ou se transformera en monolinguisme).

Mais au-delà de ce ridicule effet mode, et de cet utile apprentissage, il est possible de se demander si notre français entre dans une situation de diglossie : une langue « haute » se substituant à une langue « basse ». Le processus ne peut qu’être lent. Il a fallu quelques siècles pour que le latin fasse disparaître le gaulois, et quelques décennies pour que le français fasse disparaître, ou presque, les « patois ». La langue « haute » a d’abord été celle du conquérant et des élites assimilées, et elle est devenu celle du peuple (sociologique) moins par coercition que par imitation valorisante et par utilité. Mais encore, en ce qui concerne le français, fallait-il une prégnance administrative et scolaire. L’anglais connaîtra-t-il cette prégnance dans une Europe unifiée dont rêvent nos fédéralistes ? Le français ne sera-t-il donc plus dans l’avenir (lointain) qu’un "patois" de cette entité politique, tout comme il n’est plus qu’un "patois" louisianais dans l’entité politique étasunienne ? Nous ne seront plus là pour en juger.

Aujourd’hui en tout cas, il est évident que nos « élites » font tout pour afficher leur familiarité avec la « langue de l’Empire ». Renvoyant aux oubliettes de la linguistique les balbutiements anglophone de ses deux derniers prédécesseurs, notre président en est un magnifique exemple, qui ne rate pas une occasion de montrer qu’il peut parler anglais (sans faute) avec le président américain (lequel n’aurait même pas l’idée de lui répondre par quelques mots de cet idiome de la lointaine Europe, si tant est qu’il en connaisse).
Au-delà de cette ivresse narcissique de premier de la classe, ce comportement montre bien quels lendemains nous préparent nos "élites" pour lesquelles la France n’est plus qu’une province culturelle de l’univers désormais anglo-saxon.
Qu’en sera-t-il à terme ?

1 Message

  • L’anglais menace le français ? Le 8 septembre à 08:38, par comte Lana

    Bonjour Monsieur Merle,

    L’initiative des quelques défenseurs de la langue française que vous mentionnez est d’autant plus ridicule que ce qui menace le français, ce n’est pas quelques mots d’anglais mais l’usage d’une véritable novlangue qui serait tout autant ridicule si on enlevait les mots d’anglais qui la parsèment comme des cerises sur le gâteau.

    A titre d’exemple un texte administratif pris sur Légifrance
    https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000039060975
    .
    PREMIER MINISTRE
    Convention du 6 septembre 2019 portant avenant no 1 à la convention du 2 juillet 2018 entre l’Etat
    et Bpifrance relative au Programme d’investissements d’avenir (action « Adaptation et
    qualification de la main-d’œuvre » volet « French Tech ticket et diversité »)

    on peut y lire des phrases comme :

    " L’action « French Tech ticket et diversité », désormais appelée « French Tech tremplin », vise à favoriser une
    plus grande diversité sociale dans l’écosystème de la French Tech.
    Le concours « French Tech tremplin » vise à introduire plus de diversité sociale dans l’écosystème des start-up
    en France, en soutenant des projets présentés par des entrepreneurs divers socialement
    (…)
    L’enveloppe de 15 M€ sera mobilisée pour le financement du concours « French Tech tremplin », qui vise à
    soutenir des start-up ou des projets de création de start-up portés par des acteurs issus de la diversité sociale.
    L’enveloppe pourra également financer, à la marge, des dispositifs de sensibilisation et d’animation des
    écosystèmes des acteurs concernés, proposés par des administrations.
    Le numérique est un moteur d’innovation et de croissance dans presque tous les secteurs d’activité. C’est
    pourquoi l’initiative French Tech s’adresse à l’ensemble des entrepreneurs, des start-up et des entreprises à forte
    croissance dont l’activité est centrée sur le numérique ou dont une partie de la valeur repose sur le numérique (par
    exemple : entreprises des technologies de santé - medtech, entreprises des technologies vertes - greentech,
    entreprises des biotechnologies ou encore start-up industrielles etc…"

    Enlevez les mots anglais, et mis de côté la lourdeur du style administratif, cela reste du charabia dont on se gargarise ("écosystème", appliqué à des entreprises, "acteurs divers socialement " - qu’est- ce à dire ? on croit comprendre qu’il s’agit d’acteurs issus "des quartiers", eux-mêmes issus "de la diversité".?)

    Les défenseurs de la langue française, plutôt que leurs éructations habituelles, devraient plutôt se scandaliser de ce jargon émanant de l’Etat (quant à l’utilité des dispositifs, je ne peux en juger, mais qui s’exprime mal a des chances de raisonner mal aussi...).

    Bien cordialement
    GP

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