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René Merle. À propos de ma biographie dans le "Maitron"

dimanche 15 septembre 2019, par René Merle

Je n’ai pas aimé me retrouver ainsi figé dans une « immortalité » biographique, aussi fraternelle soit-elle…

Vous savez ce qu’il en est du narcissisme, et vous avez sans doute, comme moi, à l’occasion, tapé votre nom sur Google pour voir ce qu’il en adviendrait.
C’est ce que j’ai fait hier, dans une phase d’interrogation sur l’intérêt de poursuivre un site où l’addiction sur des événements anciens, particulièrement ceux de le Seconde République, (évènements qui me paraissent à bien des égards être la matrice de notre présent), ne semble guère susciter l’intérêt des lecteurs, sans doute plus friands d’interventions sur notre présent, et particulièrement sur la politique.
J’ai donc tapé mon nom sur Google, pour voir un peu quel écho avait pu avoir la somme d’interventions diverses en matière politique et culturelle, que j’ai menées sur mes différents blogs, depuis bien longtemps.
Et voilà que, à ma grande surprise, je tombe sur une biographie de René Merle, publiée sur le site du Dictionnaire Maitron. Je dis à ma grande surprise, parce que j’avais toujours répondu par la négative aux demandes des sympathiques rédacteurs de ce dictionnaire, boulimiques de nécrologies.
D’une part parce que je pensais que, si biographie il doit y avoir, elle doit être post mortem. Or, tout en étant grandement pré mortem, je ne pensais pas qu’il fallait ainsi se précipiter.
D’autre part parce que, étant moi-même historien et à l’occasion biographe, je connais la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, à donner par l’alignement de repères biographiques factuels, ce qui fait la chair et le sang d’une vie, dans ses élans, dans ses erreurs, dans ses découvertes. D’autant que le biographe, pour ne pas l’avoir vécue, serait bien en peine d’atteindre la vérité du personnage qu’il est censé mettre en perspective historique.
Je considère donc comme une sorte de viol la publication de « ma » biographie sur le dictionnaire, sans mon accord, et sans mention d’auteurs.
Certes, rien n’y est à reprendre factuellement, sinon l’orthographe du nom de ma mère, à rétablir en « Dufourg », et le fait que mon épouse est professeur agrégé par concours, précision utile par ces temps de repère élitistes.
J’y retrouve des informations que j’avais fournies dans des conversations privées, d’autres qui figurent sur mes textes. Mais tout n’y est pas, et pour cause, car ce manque relève de l’intimité.
Je ne souhaite à personne (sauf aux épris d’eux-mêmes) de voir ainsi énumérés et livrés à tous des épisodes censés être l’ossature d’une vie, alors que l’intime vérité du « personnage » est absente, comme le foisonnement des expériences (celle du handicap par exemple !) et de ces rencontres qui font le sel de la vie.
Pour celles et ceux des lecteurs qui se demanderaient quel est l’auteur de ce site Points de vue & documents, je donne donc ci-dessous l’article du Maitron, en les priant de croire que je me reconnais sans me reconnaître dans le miroir ainsi tendu par des collègues animés des meilleures intentions, mais auxquels je ne demandais rien, sinon de ne pas me figer ainsi.
Il faut réserver l’exercice biographique aux femmes et aux hommes qui ont marqué l’Histoire, et laisser les autres faire eux-mêmes le bilan d’une vie, qui ne se réduit pas au déroulement d’un peloton d’informations factuelles. Déroulement qui réduit l’existence à un linéaire, alors que, chacun le sait ou devrait le savoir, l’existence est un bouillonnement.

Article du Maitron :

MERLE René - Né le 9 août 1936 à La Seyne-sur-Mer (Var) ; professeur, écrivain ; militant communiste (1953-1980) et associatif, cofondateur et responsable de l’association 1851 pour la mémoire de l’insurrection républicaine.
René Merle naquit dans une famille d’enseignants au sein de laquelle il reçut une éducation laïque, communiste et profondément imprégnée de culture ouvrière et républicaine. Il est le fils de Toussaint Merle, instituteur et militant syndicaliste qui participa avec le SNI à la grève du 30 novembre 1938, militant socialiste puis communiste ; élu communiste enfin qui « marqua profondément la vie politique de La Seyne et du département après la Seconde Guerre mondiale » (Jacques Girault). Sa mère, Marie Louise Dugourg, née à La Seyne en 1913 était elle aussi institutrice. Elle figura sur la liste « d’union républicaine et résistante présentée par le PCF » pour le collège départemental chargé d’élire le Conseil de la République, le 24 novembre 1946 et devait plus tard, entre 1971 et 1977, être conseillère municipale de La Seyne-sur-mer.
Après avoir fréquenté à La Seyne-sur-mer l’école communale puis le collège Martini, René Merle rejoignit l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence en classe de 1ere lors de la rentrée d’octobre 1951. C’est là, en se liant à un « groupe communiste » informel mais néanmoins bien structuré, que se précisa son intérêt face aux questions sociales. Élève boursier en classe préparatoire au lycée Lakanal de Sceaux après l’obtention du baccalauréat en 1953, René Merle adhéra dans la foulée au Parti communiste. Il intégra l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) en 1954 et y demeura jusqu’en 1957, précédant de quelques années dans ces établissements son ami d’enfance Jacques Girault. René Merle adhéra au SNET cette année-là puis assuma des responsabilités au sein du comité national de l’UJRF pendant l’année scolaire 1955-1956. Militant de la cellule communiste de Lakanal, René Merle assuma des responsabilités durant deux années au comité national de l’UJRF, participant notamment au 5e Festival de la jeunesse à Varsovie en 1955.
Après l’obtention du CAPET lettres, René Merle fut nommé à sa sortie de l’ENSET professeur au lycée technique de Reims lors de la rentrée 1957. En 1960-1962, père de famille, il accomplit son service militaire en métropole. Libéré à l’automne 1962, il obtint un poste de professeur au lycée technique de garçons Rouvière à Toulon. À l’automne 1969, René Merle fut nommé au lycée Beaussier à La Seyne-sur-Mer. Agrégé d’histoire en 1972, il exerça un an au lycée Dumont d’Urville à Toulon (Var) avant de retourner en 1974 au lycée Beaussier. Durant toute cette période, il milita dans les cellules communistes de ces établissements sauf à Reims (Marne) où son activité politique avait lieu dans la cellule de son quartier.
Sur le plan syndical, René Merle avait accompagné, au milieu des années 1960, la logique de rapprochement du SNET et du SNES qui aboutit à la fusion des deux syndicats au sein du « nouveau SNES » (classique, moderne, technique). En 1966, il suivit la direction du courant « Unité et Action », né de la fusion du courant UASE du SNET et de la « liste B » du SNES. Membre du comité de section La Seyne-ville et du comité Fédéral PCF du Var, René Merle devint en 1977 conseiller municipal de La Seyne. À partir de cette décennie, il se retrouva en désaccord avec une direction nationale du PCF qui prenait, selon lui, des « virages successifs » jamais complètement justifiés ou assumés. Tout en restant « communiste de cœur », il ne reprit pas sa carte en 1980.
En 1987, René Merle soutint une thèse sur l’écriture du provençal de 1775 à 1840. Intitulée Inventaire du texte occitan, publié ou manuscrit dans La Zone culturelle provençale et ses franges, elle fut publiée en 1990 aux éditions Cido à Béziers (Hérault). Il publia entre 1987 et 2011 de nombreux ouvrages de recherche sociolinguistique dans les domaines occitan et franco-provençal.
Et c’est autour d’autres enjeux, d’écriture (langue provençale), d’histoire et de mémoire (la Seconde République et ses liens avec le mouvement ouvrier) que René Merle développa un militantisme occitaniste articulé à son engagement politique. Il publia en 1977 aux Éditions sociales, Culture occitane, per avançar ainsi que de nombreux articles sur de thème dans la presse communiste (La Marseillaise, L’Humanité, France-nouvelle, La Nouvelle critique).
Redécouvrant l’utilisation politique de la langue populaire chez les « démoc-socs » (démocrates-socialistes) et revisitant l’insurrection de 1851, René Merle cofonda en 1997 L’Association 1851-2001 pour la mémoire de l’insurrection républicaine et en devint président, dans le cadre du 150e anniversaire, visant à la fois un « travail d’éducation populaire et de masse » fort actif dans le Sud-est. Il fut l’auteur de nombreuses publications sur ces thématiques (voir son œuvre). En 2002, 1851-2001devint l’Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines, une équipe réunie autour de l’historien Jean-Marie Guillon prolongea alors le travail entrepris.
C’est à la suite d’un contact avec Patrick Raynal, directeur de la Série noire depuis 1991, que René Merle écrivit 13 reste raide en 1997. L’écriture de polars mêlant l’étude de la société méridionale et les questions sociales se prolongea avec Gentil n’a qu’un œil. Ce roman noir et politique, très bien accueilli par la presse-notamment le journal l’Humanité par la plume de Claude Mazauric, faisait revivre une certaine tradition, celle du feuilleton populaire très prisé au XIXe siècle.
René Merle avait épousé Annette Borgniet, fille d’instituteurs, professeur, qui milita au PCF et au Planning familial. Son beau père Léon Borgniet, instituteur, avait été dans le département de la Marne secrétaire de la section du SNI, conseiller général (1945-1956) et secrétaire fédéral du PCF (1946-1948).
Le parcours de René Merle, depuis longtemps attaché au souvenir de l’insurrection républicaine de 1851 témoigne d’une trace singulière, celle d’un créateur et d’un militant pleinement « convaincu que les idéaux de la démocratie socialiste qui animaient les insurgés sont toujours porteurs de dignité et d’espérance… ».

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