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Umberto Saba - La capra – la chèvre

mardi 17 septembre 2019, par René Merle

Ho parlato a una capra.
Era sola sul prato, era legata.
Sazia d’erba, bagnata
dalla pioggia, belava.

Quell’uguale belato era fraterno
al mio dolore. Ed io risposi, prima
per celia, poi perché il dolore è eterno,
ha una voce e non varia.
Questa voce sentiva
gemere in una capra solitaria.

In una capra dal viso semita
sentiva querelarsi ogni altro male,
ogni altra vita.

Umberto Saba, Casa e campagna, 1909-1910.

Traduction littérale, R.M

J’ai parlé à une chèvre.
Elle était seule sur le pré, elle était attachée.
Rassasiée d’herbe, trempée
de pluie, elle bêlait.

Cet égal bêlement fraternisait
avec ma douleur. Et je répondis, d’abord
pour plaisanter, puis parce que la douleur est éternelle,
qu’elle n’a qu’une voix et ne change pas.
Cette voix s’entendait gémir en une chèvre solitaire.

En un chèvre au visage sémite
s’entendait se plaindre tout autre mal,
tout autre vie.


Picasso

Umberto Saba, 1883-1957). Oui, c’est à Trieste, ville carrefour de tant de peuples, de langues et de régimes, que Saba naquit, vécut et écrivit. Comme le grand Magris, dont il m’est arrivé sur ce site de dire tout ce qu’il m’a apporté.
Saba dut abandonner sa librairie et se cacher quand les lois raciales furent appliquées de façon terrible par la République fasciste et les nazis, avec son camp d’extermination de Riseria.
J’aime sa poésie limpide qui fuit toute préciosité et tout hermétisme

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