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Du patrimoine et du déni de l’Autre…

jeudi 19 septembre 2019, par René Merle

Qui nous rendra les traces à jamais effacées ?

Nous voici à la veille des désormais traditionnelles journées du patrimoine (quelque peu menacées par les vilains Gilets jaunes), journées où le bon peuple est invité à découvrir les legs architecturaux de notre passé féodal, monarchiste, bourgeois, parfois industriel, et rarement esclavagiste (n’est-ce pas amis de Bordeaux, Nantes et la Rochelle ?). Suivez le guide… Et n’oubliez pas de participer au Loto du Patrimoine, salvateur des vieilles pierres en péril, avec la bénédiction de notre Première Dame de droit divin.
Ce respect hexagonal du passé le nez sur la vitre, légitime, et sympathique à bien des égards, est aussi trop souvent manipulateur dans l’admiration béate sans vraie remise en contexte historique [1]… Tant mieux si ce respect aide nos concitoyens à sortir de l’éternel présent dans lequel on les maintient, leur permet de se situer dans le fil de l’Histoire dont nous héritons, et peut-être, sait-on jamais, d’en assumer la leçon libératrice….
Mais au-delà de cette nouvelle piété hexagonale, il est permis de considérer comment a fonctionné, au plan mondial, la machine à broyer les patrimoines.
Les destructions iconoclastes de Daesh dans l’Assyrie d’aujourd’hui s’inscrivent tristement dans la lignée de celles qui, depuis la plus haute antiquité, ont accompagné les substitutions de pouvoirs et de religions, et la pratique ordinaire des populations passées au fil de l’épée. Et dans nos campagnes, combien de chapelles sur les lieux de cultes gaulois rasés… L’Europe dite occidentale a eu sa part, notamment avec l’anéantissement, au nom de la foi chrétienne, des constructions cultuelles et recueils historiques amérindiens, du Mexique au royaume Inca, sans parler des brasiers missionnaires d’idoles, masques, statues africaines, mélanésiennes ou polynésiennes au XIXe siècle colonisateur. Ainsi va l’esprit religieux et colonial quand il s’accompagne du déni de l’Autre. L’Autre présent concrètement, comme dans les phases de conquête, ou l’Autre surgi d’un passé sien dont on ne veut pas procéder…
Ce ne sont pas les étouffantes célébrations touristiques, de l’Acropole aux pyramides aztèques, en passant par Venise et le Colisée, qui sutureront ces plaies à jamais ouvertes…

Notes

[1J’ai le souvenir de quelques visites guidées de châteaux où l’admiration béate de la guide s’accompagnait d’une dénonciation de la fureur révolutionnaire

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