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"Classes populaires" et assistanat

samedi 21 septembre 2019, par René Merle

Le germe du fascisme

Classes sociales ? Depuis longtemps le concept avait été considéré comme obsolète par les tenants de l’idéologie dominante. À ranger au rayon des vieilles lunes marxistes, définitivement éteintes.
Tout au plus daignait-on considérer que le syndicalisme, dont on se plaisait à rappeler le peu de représentativité, pouvait témoigner d’intérêts catégoriels de salariés, en lieu et place d’une classe ouvrière désormais disparue.
Mais voici qu’avec le mouvement des Gilets jaunes, qui pourtant ne se revendique pas comme un mouvement « de classe », sinon par défaut, les concepts de « classes populaires », « classes moyennes », etc., ont brusquement fait leur réapparition dans la grille de lecture proposée par l’idéologie dominante et les hommes de pouvoir. Il n’est que de voir l’usage fourni qu’en fait notre monarque présidentiel, et récemment encore dans son interview à Time magazine. Et dans la tempête sociale qui s’annonce au sujet des retraites, il est fort à parier que l’on n’a pas fini de parler de classes sociales…
Pour autant, et cela rassure du côté du pouvoir, le clivage affirmé entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas », tel que le mouvement des Gilets jaunes en a attesté, n’engendre pas (pour l’heure tout au moins) une conscience globale de solidarité de classe entre les « petits ». Loin de là.
Quiconque, pour des raisons professionnelles, familiales, ou de résidence, a contact avec les fameuses « classes populaires », doit subir quotidiennement la lamentation enragée contre les « assistés », ceux qui à force d’aides sociales touchent plus sans travailler qu’un honnête travailleur à petit salaire. L’ennemi, c’est le plus pauvre que soi, le parasite, pour ne pas parler des migrants qui nous volent nos sous… L’aide sociale, c’est bon pour soi, (complément familial, ASF, RSA, ASS, allocation d’adultes handicapés, aide au logement, prime de rentrée scolaire, etc. etc.), mais c’est un scandale que d’autres en profitent. D’autant que ces Autres sont fortement enclins à frauder la Sécu, à travailler au black tout en étant chômeurs déclarés, etc.
L’ennemi c’est la pauvre, le voisin, qui prend abusivement sa part du gâteau. Mais ce n’est pas « le Riche », ce ne sont pas les profits annoncés en millions de milliards, chiffres inconcevables pour qui compte ses euros au quotidien, ce ne sont même pas les lamentables profiteurs au petit pied qui se servent de l’argent public en profitant de leur mandat électoral (« après tout, ils ont raison de se servir, j’en ferais bien autant à leur place »).
Rien de neuf sous le soleil. Combien de fois dans mon adolescence ai-je entendu critiquer les Allocations familiales par de "braves gens" !
Et ce n’est pas le Rassemblement national qui crée cette idéologie, sur laquelle il surfe avec le succès que l’on sait. Ce sont les moins éduqués, les moins conscientisés, et ils sont légion, qui la secrètent et la répandent, dans l’entre soi du voisinage et du réseau familial. Le Rassemblement national n’a qu’à se baisser pour les amener à lui. Le fascisme de notre temps a bien des visages. Mais ce déni de la solidarité nationale, cette haine de l’autre si proche, cette affirmation victimaire imperméable à tout raisonnement, en sont certainement une des facettes, et peut-être la plus importante.

1 Message

  • "Classes populaires" et assistanat Le 22 septembre à 18:10, par Gérard Pavillon

    Cher René,
    Votre dernier paragraphe est très pessimiste mais pose la bonne question. Je me rappelle de la remarque du concierge portugais qui gardais les immeubles de la société où je travaillais il y a un bon nombre d’années et qui disait : " en France vous êtes trop bons : vous accueillez tous les immigrés".
    Qu’est ce qui se passe ? Il me semble que l’on a affaire à une sorte de pensée du moindre effort renforcée par le mécanisme du bouc émissaire. Ce que je constate c’est que cela est présent dans les classes dites "populaires" mais j’ai entendu récemment une de mes parentes par alliance, communiste avec un passé de résistante, se plaindre de l’omniprésence des arabes dans sa compagne qui consomme beaucoup de main d’œuvre agricole temporaire. Et là, je ne comprends plus…

    Avec toute mon amitié

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