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La Nature et le sentiment du sacré ?

mercredi 25 septembre 2019, par René Merle

La révélation d’un indicible

J’écrivais dans mon précédent blog :
« J’ai le plus grand respect pour les religions, même si je n’en professe aucune (ce qui ne m’empêche pas d’éprouver le sentiment du sacré devant quelques spectacles naturels, j’y reviendrai peut-être »... Ce qui avait amené des lecteurs à me demander si je n’abandonnais pas mon athéisme fondamental...
En ces temps d’écologie plus ou moins sincère (vous doserez le « plus » et le « moins » en visitant notre faune politique), je reviens donc sur ce que j’avais affirmé alors, à propos d’une correspondance de Sénèque (en fin de vie), avec Lucilius le Jeune, gouverneur de la Sicile [1].

« Que s’offre à tes regards un bois sacré, avec de vieux arbres à profusion, incroyablement élevés, dérobant le ciel à ta vue par l’épaisseur de leurs branches plusieurs fois superposées, et cette haute futaie, ce lieu solitaire, le saisissement devant un ombrage épais, continu, en un lieu si découvert, tout te suggère la présence du divin.
Si c’est une profonde caverne de pierre, maintenant suspendue une montagne, caverne largement excavée par la nature et non de main d’homme, voilà ton âme vivement frappée d’un religieux respect.
Nous vénérons la source des grands fleuves ; des autels s’élèvent là où l’eau jaillit, large et rapide, d’un gouffre caché ; on rend un culte aux sources d’eaux chaudes, et les lacs ténébreux aux profondeurs insondables nous sont sacrés. » (Traduction Annette Merle.)

Oui, comme le dit Sénèque, dans la profondeur d’une futaie antique, comme dans la solitude sauvage des sanctuaires naturels, l’âme éprouve le sentiment de la présence du sacré, mais un sacré qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle communément religion.
Pas la peine d’aller psalmodier de supposés mantras en honneur de Pacha Mama, la Terre Mère, qui n’en peut mais. Ou qui n’en peut plus
Ce sacré a rapport avec la révélation extatique de la solitude de l’être devant l’étrangeté absolue et magnifique de la Nature.
Rien à voir avec la catégorie touristique du « beau paysage »

De ces révélations inattendues, et solitaires, avec un paysage, avec un lieu, qui n’a pas les siennes, dans leur innombrable variété ? Pour mon compte, la besace est pleine. Mais je dois dire qu’aucun de ces moments n’a égalé la sorte d’effroi majestueux, et délicieux, que j’avais ressenti enfant, au sortir de la guerre, en m’aventurant sur les criques alors désertes du Cap Sicié. Criques aujourd’hui saturées de baigneurs et barrées d’un mur de bateaux (je ne dis « envahies », ce qui sous entendrait une prise de distance avec le légitime plaisir de chacun, voire une condamnation…)

PS – Rassurez-vous, je n’ai pas fumé la moquette.

Notes

[1Epistulae morales ad Lucilium - "Epistula XLI. « Si tibi occurrerit vetustis arboribus et solitam altitudinem egressis frequens lucus et conspectum caeli ramorum aliorum alios protegentium summovens, illa proceritas silvae et secretum loci et admiratio umbrae in aperto tam densae atque continuae fidem tibi numinis faciet. Si quis specus saxis penitus exesis montem suspenderit, non manu factus, sed naturalibus causis in tantam laxitatem excavatus, animum tuum quadam religionis suspicione percutiet. Magnorum fluminim capita veneramur ; subita ex abdito vasti amnis eruptio aras habet ; coluntur aquarum calentium fontes, et stagna quaedam vel opacitas vel immensa altitudo sacravit »

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