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Des « réformes » anti sociales et de la servitude volontaire

jeudi 26 septembre 2019, par René Merle

De l’acceptation résignée à l’acceptation convaincue

Je voyais avant-hier soir sur Arte deux économistes distingués, quelque peu confortés par les présentateurs, expliquer péremptoirement à une représentante de la CGT qu’il était légitime de mettre fin aux injustes et coûteux régimes de retraites de certaines catégories professionnelles, la RATP et les cheminots au premier chef.
Et j’ai imaginé ce que pouvaient ressentir à nouveau certains de mes amis, ou ex-amis, devant cette certitude technocratique (et bien politique) qui ne pouvait que les hypnotiser.
J’ai repensé alors aux débats qui nous avaient opposés à maintes reprises ces dernières années, à propos des réformes sociales qu’ils approuvaient, avant et après l’élection d’Emmanuel Macron, candidat salvateur qu’ils avaient soutenu sans états d’âme.
Nul doute que nous allons avoir ces mêmes débats sur la nécessité des nouvelles réformes Macron.
Alors, plutôt que me faire monter la tension en essayant de les convaincre, je les renvoie à un long message que je leur avais adressé le 21 juin 2014 :

« Commedia dell’Arte ? Dans le jeu de rôles que le traitement médiatique de l’actualité nous propose, je ne sais plus trop qui est le bouffon, et qui est le bouffonné. Ou plutôt, je devine que l’enjeu est d’amener la plus grand nombre à se ranger « volontairement » du côté des puissants et des maîtres...
À ce propos, je veux envoyer un message à quelques amis, fidèles lecteurs de ce blog (et je les en remercie, car je sais bien que c’est plus par amitié que par connivence idéologique), dont les réactions par mails à la récente grève des cheminots m’ont consterné.
Chers Amis, je vous ai connus jadis, du temps de votre activité professionnelle (majoritairement enseignante ou administrative), comme des citoyens fidèles à ce qu’il est convenu d’appeler la Gauche, dans laquelle plusieurs d’entre vous s’étaient investis en militants syndicaux et/ou politiques.
La retraite est venue, et avec elle le temps de jouir d’un temps libre qui vous a à la fois refermés sur vous-mêmes (fin des discussions de bureau, de récré, de salle des profs.) et mieux ouverts à ce monde qu’il est si facile de parcourir aujourd’hui, pourvu qu’on dispose de quelque revenu. Or ce revenu, vous le possédez, patiemment épargné, puis investi dans la sécurité immobilière (j’en participe aussi), d’abord pour vous, puis pour vos enfants, que vous avez souvent poussés dans les voies royales de la médecine, de la gestion financière, voire de la haute administration, mais qui vous ont aussi parfois déçus, en prenant le chemin de l’insécurité aventureuse, celle de l’intermittence artistique ou de l’entreprenariat hasardeux... (raison de plus pour les aider).
Bref, vous avez changé de vie, vous avez beaucoup voyagé, vous avez reçu enfants et petits enfants dans la maison de vos rêves, et vous avez suivi de moins en moins une actualité qui, j’en conviens, n’a rien d’exaltant. Vous avez cependant gardé des liens avec elle, d’abord par vos deux Bibles occasionnelles, j’entends votre chère Libé et votre combien rassurant le Monde (je les lis aussi). Mais surtout, quand voyages, petits enfants et jardinage vous en laissaient le temps, et délaissant les chaînes vouées à l’amusement des plébéiens et des beaufs, vous avez joui de la manne quotidienne des débats à fort QI de la 5, de LCI, etc. Le nombre et la rotation des invités étant extrêmement limités, vous avez fini par nourrir une sorte de lien de connivence avec cette poignée de journalistes et d’économistes, stipendiés de « la pensée unique », d’autant plus rassurants que la plupart (tout contempteurs qu’ils soient du fonctionnariat) participent également d’un professorat qui souvent fut le vôtre.
Résultat des courses, sur la foi de cette présence obsessionnelle, péremptoirement « qualifiée », vous avez cru bon de participer au lynchage médiatique des cheminots grévistes, cette tourbe de « braillards » comme s’est permis de dire le directeur d’un grand magazine, et vous m’en avez fait part en toute naïveté : il ne s’agissait pas de me convaincre, car vous n’imaginiez même pas que l’on puisse avoir un autre point de vue que le vôtre ; il s’agissait seulement de laisser couler votre indignation devant cette grève bassement corporatiste, cette défense égoïste d’un statut privilégié, cette indifférence à la gêne insupportable imposée aux usagers, pardon, aux clients, je ne sais plus comment il faut dire... Vous m’avez asséné comme une évidence incontournable que directive européenne impérative il y a, et qu’il serait inconscient, et dangereux, de s’y dérober. Vous m’avez fait part de votre confiance dans la saine concurrence qui se met en place, et qui profitera à tous ceux qui doivent, ou veulent voyager.
Vous dire que la séparation gestionnaire du réseau et de son entretien s’est avérée catastrophique, que l’ouverture à la concurrence dans le fret a été un échec retentissant, qui a profité à la route et à la pollution, que la dette énorme est liée aux emprunts nécessités par une politique forcenée de développement du TGV, tout ceci vous a laissés parfaitement indifférents.
Pis, alors que l’âge et ses maux font que vous (comme moi) êtes devenus de grands dépendants de la Sécurité sociale, alors que vous jouissez sans remords d’une retraite paisible, j’ai senti, au-delà de la question des cheminots sur laquelle vous étiez si remontés, que, au nom de l’avenir de vos enfants, vous considérez comme indispensable la réduction des dépenses publiques et la réforme du régime des retraites, sans même imaginer que ces « réformes" »pourraient également vous concerner, concerner l’aide que vous apportez à vos enfants ; et surtout concerner vos enfants.
À propos d’enfants justement, bien que la perspective d’annulations de vos chers festivals estivaux vous afflige, j’ai cru sentir une certaine indulgence, voire une compréhension, à l’égard du mouvement des intermittents, car, si à ma connaissance, aucun d’entre vous n’a d’enfants cheminots, il se trouve, comme je le signalais au début de ce billet, que quelques-uns se sont égarés dans l’intermittence...
Voilà, Chers Amis, ce que je tenais à vous dire pour « m’expurger » comme on disait jadis ici, après vos commentaires sur la grève cheminote. Garder sur le cœur et sur l’estomac ma réaction n’aurait pas contribué à maintenir ou renforcer notre amitié. Mieux vaut en l’occurrence parler franchement. Je ne prétends pas parler d’un lieu de vérité absolue, et je suis comme vous conscient des immenses bouleversements (techniques, économiques, politiques, idéologiques) actuels, et par conséquent des révisions indispensables de bien des certitudes. Je me garde de donner des leçons. Mais, aussi naïf que cela puisse vous apparaître, je persiste à penser que l’égoïsme des puissants est sans limites, mais qu’il ne peut régner que par la domestication des esprits, y compris de ceux qui s’estiment les plus libres : La Boétie avait déjà appelé cela la Servitude volontaire... »

2 Messages

  • Merci et encore merci pour vos commentaires.
    Non les cbeminots ne sont pas des privilégiés , il sont protégés. C’était un très belle entreprise .
    Il faut voir les bâtiments des gares à l’abandon, les chantiers ou il ne subsiste que des rails Avec de l’herbe mais tout autour c’est la misère. La SNCF est une belle entreprise. Pourquoi ce déclin ? Que font les politiques depuis des années à part de la CASSE. 75% de son personnel est du personnel d’exécution. Il faut le dire et le crié haut et fort. Les retraites ne sont pas celles d’un député ou autre. Les réactions de certains citoyens sont lamentables !!!!!!!
    Il y a le TGV mais......................
    J’ai lue le livre des PINCON -CHARLOT - le Président des ultras riches ou l’on parle d’un certain Mathieu
    Vicherat qui veut faire la peau de la SNCF. Mme Borne a été à la direction de la SNCF ainsi que d’autres ministres en activité qu’ont ils fait .??????? Je me le demande.........

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  • Des « réformes » anti sociales et de la servitude volontaire Le 26 septembre à 13:33, par DUBOIS Jean Michel

    Merci pour ce judicieux et éclairant écho.

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