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Citoyens ?

vendredi 27 septembre 2019, par René Merle

Aux armes, Citoyens


Citoyens ?
Je me suis souvent interrogé, comme vous sans doute, sur ce que peuvent ressentir les supporters galvaudant sur les gradins du stade la terrible injonction révolutionnaire et patriotique :
« Aux armes, Citoyens ! »
Savent-ils seulement, dans leur ivresse chauvine, qu’il s’agissait là du cri d’un peuple qui venait d’abattre la monarchie absolue, et qui affrontait la coalition des puissances décidées à effacer ce germe de liberté et d’égalité…

Avant 1789 et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, on était « sujet » du Roi. Après, on était « citoyen » c’est à dire, selon la définition de l’antique Larousse, « disposant dans la communauté politique de tous ses droits civils et politiques ».
« Citoyen ». C’est ainsi que l’on s’appelait fièrement aux débuts de la Première République.
En oubliant certes quelque peu les citoyennes, moteurs de la Révolution [1], mais dont on n’imaginait pas, hormis quelques ardentes féministes, qu’elles puissent un jour voter.

« Ici on s’honore du titre de Citoyen », pouvait-on lire sur les murs des Clubs révolutionnaires…
Aujourd’hui, et particulièrement depuis les séquences Mitterrand et Jospin, le mot est un peu mis à toutes les sauces, comme l’indique le site de l’Académie française, (Catégorie « extensions de sens abusives ».) :
« Il est fait aujourd’hui un fréquent mais curieux usage du nom Citoyen, qui devient un adjectif bien-pensant associant, de manière assez vague, souci de la bonne marche de la société civile, respect de la loi et défense des idéaux démocratiques.
Plus à la mode que l’austère Civique, plus flatteur que le simple Civil, Citoyen est mis à contribution pour donner de l’éclat à des termes jugés fatigués, et bien souvent par effet de surenchère ou d’annonce.
Les vertus civiles ou civiques sont ainsi appelées vertus citoyennes. On ne fait plus preuve d’esprit civique, mais d’esprit citoyen.
Les jeunes gens sont convoqués pour une journée citoyenne. Les associations citoyennes, les initiatives et entreprises citoyennes fleurissent, on organise une fête citoyenne, des rassemblements citoyens. Les élections sont citoyennes, ce qui pourrait aller sans dire.
Au fil des extensions, Citoyen entraine dans sa dérive le mot de Citoyenneté, dont le sens s’affaiblit de la même manière. »

En 1791, quand les bourgeois libéraux donnèrent sa première Constitution à la France, ils introduisirent la notion de « citoyen actif » par rapport au « citoyen passif », et privaient ainsi de droits civiques l’immense peuple des pauvres [2]

Mais que voilà de vieilles lunes, me direz-vous. Nous sommes tous aujourd’hui citoyens actifs.
Voire…
L’attitude de notre Président depuis la crise des Gilets jaunes est un bon exemple de la négation de la notion de citoyenneté.
Hier encore, près avoir abandonné sweet à capuche et barbe de trois jours qui ont enflammé la toile, notre Président devait inaugurer à Rodez une grande « concertation citoyenne » sur les retraites. Le décès de Jacques Chirac l’en a empêché. Mais n’en doutez pas, la « concertation citoyenne » va continuer jusqu’au vote de la loi Retraites : « Je parle, je vous écoute et je n’en fais qu’à ma tête. Et si vous n’êtes pas contents, vous aurez affaire aux forces de l’Ordre citoyennes ! »

Dans ces conditions, on peut concevoir que se proclamer « Citoyen » est un acte de résistance à cette appropriation du mot par une caste de nantis. C’est depuis longtemps la position de Jean-Luc Mélenchon :
Dans son blog intitulé sans complexes L’Ère du Peuple, Jean-Luc Mélenchon écrivait le 22 septembre :
« Pour nous qui ne prétendons pas construire un parti révolutionnaire mais un peuple engagé dans le processus de révolution citoyenne, les mécanismes d’apprentissage collectifs sont essentiels. »
Quid alors de cette « Révolution citoyenne » ? Cela signifie-t-il que, comme dans la belle formule des Insurgés républicains de décembre 1851, « le Peuple doit reprendre ses droits » ?
Sans doute.
Mais alors, pourquoi jouer sur les mots ?
Si « Révolution » il doit bien y avoir, je vois mal comment elle pourrait se faire sans un vrai « parti révolutionnaire », ce que rejette formellement J.-L. Mélenchon au profit de sa nébuleuse « citoyenne » qu’il n’ose appeler Parti.
En fait, avec tout le respect que je lui dois, il n’a pas inventé l’eau chaude en disant et redisant qu’il faut militer en citoyens sans attendre les élections, qu’il faut être prêt au cas où le pouvoir sombrerait dans une crise imprévisible…
Mais c’est ce qu’ont fait depuis des générations et essaient de faire encore, dans les conditions extrêmement difficiles du présent, ceux qui œuvrent pour la République démocratique et sociale, en osant désigner le véritable ennemi : le capitalisme (dont la caste politique et médiatique au pouvoir est la fidèle servante), et en essayant de rassembler ceux qui, à des titres divers, en sont victimes.

Notes

[1Que l’on se rappelle la marche des femmes sur Versailles, le 5 octobre 1789

[2..
Article 1.- Pour former l’Assemblée nationale législative, les citoyens actifs se réuniront tous les deux ans en Assemblées primaires dans les villes et dans les cantons.
- Les Assemblées primaires se formeront de plein droit le second dimanche de mars, si elles n’ont pas été convoquées plus tôt par les fonctionnaires publics déterminés par la loi.
Article 2.- Pour être citoyen actif, il faut :
- Être né ou devenu Français ;
- Être âgé de vingt-cinq ans accomplis ;
- Être domicilié dans la ville ou dans le canton depuis le temps déterminé par la loi ;
- Payer, dans un lieu quelconque du Royaume, une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail, et en représenter la quittance ;
- N’être pas dans un état de domesticité, c’est-à-dire de serviteur à gages ;
- Être inscrit dans la municipalité de son domicile au rôle des gardes nationales ; - Avoir prêté le serment civique.

1 Message

  • Citoyens ? Le 28 septembre à 18:02, par jean yves Salmeron

    Depuis la fin des années 50, le mot "citoyen" fait vibrer des choses en moi.
    A ce moment là, les évènements politiques, dans une ancienne colonie, où je vivais,
    venaient ,en exercice pratique, appuyer les cours sur la Révolution française que nous apprenions à ce moment là au collège.
    J’entends encore le professeur avec sa voix un peu sifflante dire : "la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen etc..."..
    Et dans les rues partout des drapeaux , tricolores, comme pour appuyer ce que je ressentais à ce moment là : l’exaltation pour une noble cause.
    Bien sûr, la politique et l’Histoire avaient une vision bien différente de la mienne.
    Je crois être resté quand même, citoyen dans l’âme.

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