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Voyage découverte au plus près de chez soi

vendredi 21 décembre 2018, par René Merle

ou des bienfaits d’une fermeture de l’autoroute

J’ai souvent expliqué dans mon blog précédent pourquoi je ne voyageais plus, sinon en chambre. Dérogation à la règle, je viens d’effectuer un voyage inattendu, un voyage de découverte dans la proximité.

J’habite Toulon. Le 18, je devais me rendre au Nord de Bandol pour un RV médical et matinal incontournable : normalement un saut par l’autoroute, avec sortie et accès immédiat chez mon médecin.

Seulement, voilà. Dans la nuit, le péage de Bandol avait été incendié et l’autoroute était fermée. J’avais pas mal emprunté ce péage ces derniers jours, il était occupé par un groupe compact et sympathique de gilets jaunes, hommes et femmes, qui laissaient le passage gratuit, au grand dam de Vinci.
Les infos trafic signalaient des difficultés conséquentes de circulation, et pour ne pas rater mon RV j’ai décidé de partir deux heures avant.

Donc en route vers Bandol par le littoral, faute d’autoroute. Un littoral mangé de constructions modernes, où on oublie la mer. Embouteillages interminables, particulièrement dans la traversée de Bandol, jusqu’à ce que j’arrive enfin après près de deux heures au pas, alors que le trajet m’aurait pris normalement moins d’une demi heure.

Ce qui m’a ramené au début des années 1970, quand l’autoroute, fort discutée, était en chantier. J’entendais dire par des personnes âgées que la brèche ouverte dans les reliefs à l’Ouest de Toulon allait créer un passage où le mistral s’amplifierait et modifierait notre micro climat. Je me souviens aussi des protestations écolo-libertaires plus ou moins occitanistes, et d’un épisode cafouilleux de sabotage de matériel de chantier… Comme tout cela semble loin.

Au retour j’ai donc décidé de prendre des voies secondaires plus ou moins parallèles au littoral, mais en dehors des grands axes de circulation, et que j’espérais donc moins embouteillées.
Depuis mes anciennes balades en vélo, et cela remonte loin, je n’avais plus circulé dans cet immédiat arrière pays de Bandol et Sanary. Ce sont des endroits où l’on ne va plus que si on y habite…
Ce qui m’a permis de découvrir, en lieu et place des bastides, vignes, oliviers et pinèdes, le décor de ce qui est vraiment la vie aujourd’hui, dans ces lieux bénis de l’héliotropisme pour retraités hexagonaux. Un invraisemblable méli-mélo, lacis de routes étroites et de ronds points, sans grande signalisation, petits immeubles proprets et m’as-tu-vu, villas isolées, soigneusement protégées par des barrières végétales disparates, lotissements serrés style plus ou moins néo-provençal, parfois une chapelle perdue, anciennes bastides aux volets clos, bungalows de vacances organisées, lieux inattendus d’exposition artistique, garages incongrus de bateaux, zoo miniature, dernières vignes pelées en attente de construction, dépôts de matériaux, ubacs trop ombreux aux tristes bâtisses déjà délabrées, aucun plan d’ensemble, aucune organisation, pas de magasins, pas de trottoirs, pas de piétons, le règne du déplacement en voiture, bref, comme nous étions toujours roue contre roue, une heure de tristesse dans les joies présumés de la propriété au soleil (et à l’ombre), sans trop deviner ce que cette incohérence peut abriter de bonheurs et de misères.

Une fois Six Fours retrouvé avec son axe routier partageant ses lotissements proprets, ses grandes surfaces, son ex hameau de Reynier devenu centre ville avec bâtiments publics, CES, commerces et guirlandes de Noël à l’appui, une fois traversées les grandes cités ultra populaires de la Seyne, piétons black blancs beurs, CES, Lycée technique, et mosquée à l’appui, une fois retrouvé le terminal d’autoroute de l’entrée de Toulon, retour au paisible quartier urbain avec de vraies rues, quatre magasins, trois bars, une papèterie loto et une pharmacie, des gens que l’on connaît à force de les croiser, et même des gens que l’on connaît vraiment, bref le village en pleine ville.

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