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De la littérature et de la cuistrerie

mercredi 2 octobre 2019, par René Merle

De la vacuité des néologismes

Je me souviens du plaisir que j’ai ressenti en lisant ces quelques lignes de Georges Mounin [1], en un temps où régnaient les néologismes creux que mes collègues enseignants de Lettres étaient tenus de faire leurs, quand ils ne se délectaient pas de découvrir le fil à couper le beurre :

« Sans aller jusqu’à reprendre l’aphorisme de La Bruyère : " Tout est dit depuis six mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent ", force est de bien constater que les conditionnements idéologiques anti-historiques qu’on vient d’évoquer nous valent de prétendues redécouvertes de l’Amérique : faute de découvrir ou d’inventer, on néologise beaucoup.
Serait-il illégitime de se demander ce qu’apportent tant d’exercices (naïfs ?) de réécriture : le style devenant l’écriture, l’écart devenant la différance [2], l’œuvre littéraire rebaptisée objet stylistique, les traces de la culture d’un auteur dans un texte devenant intertextualité, depuis que les mots influence et sources ont été bannis, etc. Sans parler de paradigme, qui est anglicisme et qui n’ajoute rien à modèle ni à structure ni à théorie, sauf de l’obscurité. »

Voilà qui fait toujours du bien à lire…

Notes

[1Georges Mounin, Sept poètes et le langage, Gallimard, 1992

[2Différance : inventé par Jacques Derrida, ce "concept" (?) plus qu’obscur se supporte de nombreuses définitions et propositions, la plus connue étant que la différance est l’origine et le mouvement actif de toutes les différences

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