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« La deuxième droite », un ouvrage de salubrité publique.

mardi 8 octobre 2019, par René Merle

La vraie nature de la mystification socialiste

J’évoquais hier, à propos de Bernard Cazeneuve, ma lecture de l’ouvrage de Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, La Deuxième Droite, (Albin Michel, 1986).
Cazeneuve président ?
J’ai salué ainsi, en mai 2013, sa réédition chez Agone, au moment du retour au pouvoir des hommes de François Mitterrand, François Hollande en tête :

« Étrange sensation, vingt-sept ans après sa première parution (1986) de relire ce brûlot plus que lucide.
Doublement étrange.
D’abord parce que, pour un lecteur non prévenu, c’est bien en 2013 qu’il semble avoir été écrit. Le mystificateur en chef a disparu, mais la plupart des idolâtres sont toujours aux affaires ; les mêmes ministres, ou presque, égrènent les mêmes nécessités de soumission ; les mêmes relais associatifs et syndicaux, ou presque, les mêmes "intellectuels", ou presque, apportent la même bénédiction ; les mêmes épigones, ou presque, tiennent les mêmes chroniques décervelantes ; les mêmes bouffons ministériels, ou leurs fils spirituels, tiennent le même rôle de l’électron libre...
Ensuite parce que cette lecture fait prendre la mesure de la résignation politique, que j’ai hélas partagée quelques fois depuis 1986. Je ne dis pas "naïveté", je dis bien résignation. Résignation qui, en pleine connaissance de cause sur la nature de cette "Deuxième Droite", a fait que nous lui donnions un aval électoral aux élections présidentielles : "On ne va quand même pas laisser passer les Autres...".
Et nous y revoici.
Les lecteurs qui, comme moi, ont cru que pouvait exister vraiment à la gauche de cette "Deuxième Droite" un vrai mouvement de résistance et de proposition liront avec grand profit ce que dit l’ouvrage des thèses du PSU et du premier écologisme, et de la façon dont elles ont été reconverties dans le programme électoral de 1981. Très étrange sensation encore en l’occurrence, car cette façon de "dépasser le capitalisme" ressemble furieusement à ce qui tient lieu de programme au Front de Gauche, comme si l’Histoire n’en avait pas déjà pointé l’inanité...
Alors, me direz-vous, pourquoi se mortifier en relisant ou en découvrant les 316 pages de Garnier et Janover ? À quoi bon retourner le couteau dans la plaie, puisque le constat impitoyable de 1986 n’a en rien, semble-t-il, désaliéné les citoyens "de gauche" ?
Certes, on pourrait s’en tenir à ce désarroi.
Pour autant, et c’est en tout cas ce que j’ai ressenti à ma seconde lecture, la tonicité de cette démonstration et de cette dénonciation ne peut que contribuer à faire naître, enfin, une prise de conscience définitive. Celle de la nécessité de la rupture, celle de la fin de l’illusion que l’on peut réorienter à gauche cet appareil de justification et de gestion du capitalisme...
Mais, me direz-vous encore, c’est chose faite, puisque notre Lider máximo de la gauche de la gauche agite son sabre de bois. Peut-être, sinon que (voir ci-dessus pour le programme du PSU), au-delà des vérités clamées qui font plaisir à entendre, l’on retombe dans la même phraséologie qui refuse de prendre en compte la vraie nature du mal. D’autant que, sans en faire mystère, et au contraire, notre Lider ne manque pas une occasion de témoigner sa révérence à son ancien Mentor, deux fois Président...
Bref, en republiant cet ouvrage dans la collection qui porte bien son nom : "Contre-Feux", Agone fait œuvre de salubrité publique, et on ne saurait trop l’en remercier. »

Et j’ajoutais le lendemain :

« J’évoquais hier la vertu démystificatrice et la nouvelle jeunesse de La Deuxième Droite de Garnier et Janover, Agone, 2013.
On se souvient de l’implacable pamphlet de Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary [1], fustigeant le reniement a priori stupéfiant de l’intelligentsia "révolutionnaire" et tiers-mondiste de l’après-68. Il est devenu depuis à la fois salutaire et banal d’évoquer, et de railler, reniements, et réussites, de nos ex-ultra marxistes-léninistes à fort QI, et à redoutable entregent.
Mais, en cette même année 1986, le scalpel impitoyable de La Deuxième Droite proposait une analyse de classe de cette mutation, dont, en profil de carrière plus pertinent, la volte-face d’un quarteron hyper-médiatisé n’était en fait que l’épiphénomène.
L’ouvrage se clôt en effet sur cette phrase en majuscules : "AUX PETITS-BOURGEOIS NOUVEAUX, LA BOURGEOISIE RECONNAISSANTE". Et s’en explique en particulier dans le chapitre : "Le petit-bourgeois nouveau est arrivé".
Qui a effectivement mis en place et dirigé ce "changement" politique au profit de la classe vraiment dirigeante, sinon ce Parti socialiste dont le terreau, et depuis fort longtemps, n’est plus celui des "couches populaires" ? Qui a "accompagné ce changement", sinon cette médiacratie de philosophes autoproclamés, historiens, journalistes, chroniqueurs, artistes, dont la fonction est de servir par la "communication" la nouvelle dynamique du capital ? Quel a été le socle sociologique de ce changement, sinon cette nouvelle petite bourgeoisie de couches intermédiaires entre bourgeoisie et salariat des ouvriers et employés, petite bourgeoisie en expansion spectaculaire avec l’accélération du développement scientifique et technique, petite bourgeoisie investie des multiples fonctions régulatrices du système social ? Et qui a été l’avant-garde politiquement et médiatiquement agissante de cette véritable "troisième classe", sinon les éléments les plus résolus de l’intelligentsia, conscients de leur poids culturel, et depuis longtemps avides de sortir de la marginalisation et d’exercer enfin des pouvoirs, le pouvoir politique et culturel ? Ainsi, au-delà des itinéraires individuels, c’est bien d’une responsabilité collective qu’il s’agit, celle d’une couche sociale et celle de ses représentants, qui s’imaginent être les acteurs de l’histoire alors qu’ils n’en sont, dans leur sujétion au capital, que les profiteurs. »

Notes

[1Albin Michel, 1986, réédité par Agone, 2003

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