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Religion, « L’avenir d’une illusion » ?

jeudi 10 octobre 2019, par René Merle

Sortir de l’enfance, sortir de la névrose religieuse


Nous avons mis trois siècles à nous délivrer de l’emprise des religions guerrières. Et voici qu’elles reviennent.
Peut-être est-il temps de relire, ou de lire, L’avenir d’une illusion (1927), où Freud affirme que la religion est « la névrose obsessionnelle de l’humanité », névrose infantile que l’humanité devra abandonner si elle veut s’acheminer, enfin, vers la maturité…
Vœu pieux (si j’ose dire) ?

Cf. : Freud

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  • Religion, « L’avenir d’une illusion » ? Le 11 octobre à 18:44, par MP

    Oui, texte fondamental de Freud, dans lequel il conceptualise la notion d’illusion. L’illusion se distingue de l’erreur : derrière elle il y a un désir. En sorte qu’il n’est pas facile de se débarrasser de ses illusions. Donc l’illusion religieuse a de beaux jours devant elle. Voir l’actualité.

    Ceci dit je me permets une petite digression.

    Page 34, je lis :

    « Il est douteux que les hommes, au temps où la religion régnait en maîtresse absolue, aient été dans l’ensemble plus heureux qu’aujourd’hui ; en tout cas ils n’étaient certes pas plus moraux. Ils se sont toujours entendus à transformer les prescriptions religieuses en pratiques extérieures, déjouant par là les intentions de ces préceptes. Et les prêtres, dont la fonction était de veiller à l’observance de la religion, se faisaient à demi leurs complices. La bonté de Dieu devait paralyser sa justice. On péchait, puis on apportait des offrandes ou bien l’on faisait pénitence, et alors on était libre de pécher à nouveau. Le mysticisme russe s’est enfin élevé à cette conception : le péché est indispensable si l’on veut jouir de toutes les bénédictions de la grâce divine ; le péché est donc en fin de compte une oeuvre agréable à Dieu. Il est de notoriété publique que les prêtres ne purent maintenir la soumission des foules à la religion qu’au prix de ces grandes concessions aux instincts des hommes. Et on en demeura là : Dieu seul est fort et bon, l’homme est faible et pécheur. De tout temps, l’immoralité a trouvé dans la religion autant de soutien que la moralité. Si ce que la religion a accompli pour rendre heureux les hommes, les adapter à la civilisation et leur donner une maîtrise morale sur eux-mêmes, n’est pas de plus grande valeur, alors la question se pose : ne nous sommes-nous pas exagéré la nécessité de la religion pour les hommes, et avons-nous raison de fonder sur elle les exigences de notre civilisation ? »

    Freud répond à l’avance à Sarkozy qui pensait que le curé est mieux placé que l’instituteur pour donner un enseignement moral.
    Cela dit, je me demande si on ne pourrait pas opposer à Freud une critique de type bergsonienne en faisant remarquer que ce qu’il désigne comme morale n’est peut-être que la moralité, ce que Bergson nomme "la morale close". Et en effet, le surmoi freudien ressemble bien à ça. Je me permets de citer Peguy commentant Bergson pour éclairer cette idée apparemment absurde selon laquelle le salut passe par le péché. Idée qui n’est pas propre à la mystique russe. Qui est un "scandale" chrétien. Je cite le texte presque en entier parce qu’il est magnifique :

    Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée.

    (...)

    On peut faire beaucoup de choses. On ne peut pas mouiller un tissu qui est fait pour n’être pas mouillé. On peut y mettre beaucoup d’eau, autant d’eau que l’on voudra, car il ne s’agit point ici de quantité, il s’agit de contact. Il ne s’agit pas d’en mettre. Il s’agit que ça prenne ou que ça ne prenne pas. Il s’agit que ça entre ou que ça n’entre pas en un certain contact. C ’est ce phénomène si mystérieux le que l’on nomme mouiller. Peu importe ici la quantité. On est sorti de la physique de l’hydrostatique. On est entré dans la physique de la mouillature, dans une physique moléculaire, globulaire, dans celle que régit le ménisque et la formation du globule, de la goutte. Quand une surface est grasse, l’eau n’y prend pas. Elle ne prend pas plus si on y en met beaucoup que si on n’y en met pas beaucoup. Elle ne prend pas, absolument (. . .)

    De là viennent tant de manques (car les manques eux-mêmes sont causés et viennent), de là viennent tant de manques que nous constatons dans l’efficacité de la grâce, et que remportant des victoires inespérées dans l’âme des plus grands pêcheurs, elle reste souvent inopérante auprès des plus honnêtes gens. C ’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défauts eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude une invisible arrière anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché. Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont plus vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or, celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé.

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