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L’affaire du voile ?

jeudi 17 octobre 2019, par René Merle

Religion privée et religion d’État

Je viens de recevoir hier soir, de change.org, l’invitation à signer, avec 90 personnalités, la pétition « Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? », accompagnée de l’émouvante photographie de cette mère réconfortant son fils après l’agression verbale par un élu RN du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté :
"Jusqu’à quand allons nous accepter que la laïcité, socle de notre République, soit instrumentalisée pour le compte d’une vision ségrégationniste, raciste, xénophobe, mortifère de notre société ?"
Et a contrario, depuis des mois je ne compte plus les demandes de signer des pétitions qui m’invitent à refuser l’islamisation croissante de notre société et, partant, le viol de nos principes républicains.
Je n’ai signé ni l’une, ni les autres, car je ne crois guère à l’impact de telles pétitions, et surtout parce que je refuse l’hystérisation du débat sur le voile.
Ce qui ne signifie pas que le débat n’ait pas lieu d’être.

Alors, le voile ?
Je ne peux que constater que porter le voile est devenu une banalité dans les rues de nos villes. Je ne sais quelle est la part de la coquetterie, de l’entrainement collectif, de la contrainte ou du libre choix dans ce qui est reçu par le plus grand nombre de nos concitoyens en appartenance proclamée à une communauté, et en allégeance à une religion.
Naturellement, je partage l’opinion de ceux qui refusent de faire l’amalgame facile et dangereux entre le port du voile, et l’adhésion à l’intégrisme politique, voire le soutien à Daesh.

Personnellement, je n’ai aucune raison de haïr quiconque éprouve le besoin d’afficher dans l’espace public son identité religieuse, qu’il s’agisse de la croix catholique, de la croix huguenote, de la kippa, du voile musulman, de la robe bouddhiste ou de l’effigie de Ganesh. La loi l’autorise et je n’ai pas à juger des motivations des uns et des autres, même si je peux m’en étonner, car, personnellement encore, je n’éprouve aucun besoin de signifier aux autres mon athéisme par une marque distinctive.
Bref, notre société démocratique doit permettre à chacun de vivre sa foi comme il l’entend. Mais de la vivre en engagement personnel.

Or il s’agit de bien autre chose lorsque cette religion devient religion d’État, religion imposée à tous, de gré ou de force, et religion prosélyte. Le dire suscite alors aussitôt l’avalanche de suffixes en « phobe ».
Et pourtant…
Est-ce être christianophobe que dire que je n’aurais pas aimé vivre au temps de la très chrétienne Inquisition espagnole, ni sous le catholicisme d’État de l’Espagne franquiste.
Est-on l’ennemi du bouddhisme quand on condamne la chasse aux musulmans initiée par le très totalitaire Bouddhisme birman ?
Est-ce être islamophobe que dire que l’on n’aimerait pas vivre (moi en tout cas), dans des pays où la charia fait loi, comme la République islamique d’Iran, le Royaume d’Arabie saoudite ou le Royaume chérifien du Maroc… J’en passe, car la liste serait longue.
Il me semble que dans notre société démocratique, tout partisan du catholicisme, du bouddhisme, de l’indouisme, de l’islam, devrait s’interroger sur la nature de ces religions quand elles deviennent religions d’État : leur totalitarisme est-il une déviation regrettable, ou au contraire ne révèle-t-il pas leur nature profonde ?
À chacun d’en juger, en son âme et conscience.

1 Message

  • L’affaire du voile ? Le 18 octobre à 06:12, par comte Lanza

    Monsieur Merle,

    Il me semble que le voile dit islamique (dans toutes ses variantes), n’a que secondairement à voir avec la religion.
    Il est par contre central dans la vision de la société des musulmans et notamment leur conception de la femme.
    J’ai trouvé un texte sur un site que je connaissais pas, qui m’a l’air de le dire très bien :

    http://sisyphe.org/spip.php?article5486

    (on trouve un peu partout d’autres remarques du même genre).

    Ce texte a reçu une réponse d’une personne portant le voile qui me semble caractéristique : il est dit plus ou moins explicitement qu’une femme qui ne se voile pas est une prostituée.

    De plus le voile n’a pas besoin d’une religion d’état pour s’imposer : je lisais je ne sais plus où, il y a peu, le témoignage d’une femme (d’un certain âge) habitant une "cité" , et expliquant qu’elle était la dernière à refuser de mettre un voile, et qu’elle était pour cela considérée avec mépris par les autres habitants/habitantes.

    Evidemment ces perceptions demanderaient à être confirmées par des enquêtes de terrain, journalistiques, voire sociologiques, ou même de simples sondages d’opinion (par ex. que pensent les personnes qui se disent musulmanes, hommes et femmes, des femmes qui ne portent pas le voile).

    Mais qui aurait le courage de les entreprendre dans un pays où on marche sur des œufs (euphémisme) et où le politiquement correct est devenu à son tour religion d’état ?

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