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Catalan, occitan, du destin contraire de deux langues sœurs

lundi 21 octobre 2019, par René Merle

Renaissantisme littéraire et renaissantisme politique


Il est souvent difficile de traiter sereinement du nationalisme catalan avec des amis français, qui ont pour seule grille de lecture comparative les régionalismes plus ou moins florissants sur l’hexagone, ou encore les fédéralismes ou séparatismes apparus récemment dans d’autres pays voisins, l’Italie par exemple. Je crois plus intéressant de comparer la réussite de ce nationalisme et l’échec confirmé jusqu’à aujourd’hui d’un nationalisme occitan.
J’ai eu maintes fois l’occasion de m’expliquer dans mes blogs précédents sur ce qui a pu et peut différencier la revendication catalaniste de la revendication occitaniste, revendications a priori germaines puisque le catalan et l’occitan sont langues sœurs, nées de la même racine romane.
Pour aller vite, disons que si l’histoire offre au départ le même constat de terres conquises ou rattachées par héritage à un état puissant et centralisé (France, Espagne), les Catalans, toutes classes sociales confondues, n’ont pas vraiment trouvé leur compte dans la tutelle de la monarchie madrilène rétrograde, alors que, bon gré mal gré au départ, puis de plein gré ensuite, les habitants des terres d’Oc, bourgeois, paysans ou prolétaires, ont estimé trouver relativement ou pleinement leur compte dans l’État-Nation France, et particulièrement sous sa forme républicaine.
Au milieu du XIXe siècle, en Catalogne d’Espagne [1] comme dans les provinces françaises de langue d’Oc [2] s’est développé une courant littéraire de défense et illustration de la langue injustement traitée en patois. Ces « renaissantistes » catalans et occitans se sont d’ailleurs réunis un temps dans le même Félibrige mistralien – En témoigne la célèbre Coupo santo, offerte par les Catalans, coupe célébrée dans l’hymne du Félibrige.
Ce renaissantisme en demeurera au stade étroitement culturel et se limitera à quelques cénacles dans les provinces françaises de langue d’Oc, où la grande masse de la population, n’en déplaise à Frédéric Mistral, acceptera sans états d’âme de ne pas transmettre la langue natale à des enfants pour lesquels l’acquisition du français, et du seul français, apparaissait le garant de la réussite scolaire et de la promotion sociale.
Au même moment, ce courant renaissantiste se transformait en Catalogne en un courant politique majoritaire, autonomiste puis nationaliste, mouvement entraîné par la bourgeoisie industrielle et urbaine, et gagnant les couches populaires. La langue du peuple se transformait en arme d’un Peuple.
C’est la détermination de classe qui a joué en Catalogne, et non en France méridionale (y compris dans les Pyrénées orientales de langue catalane), où jamais, faute de conscience nationaliste, la langue du peuple ne s’est transformée en langue d’un Peuple, et où jamais, au grand jamais, les puissantes bourgeoisies portuaires de Marseille ou de Bordeaux n’ont été tentées par l’autonomisme couvert de la tunique linguistique. La création de mouvements politiques occitans s’est fondée dans les années 1970 sur la notion de colonialisme intérieur , proposée par Robert Lafont. L’échec était évidemment à la clé. Ce mouvement se perpétue aujourd’hui essentiellement par une revendication linguistique sommant l’État central abhorré de favoriser l’enseignement de l’occitan à des enfants qui ne le parlent plus ! De quoi laisser perplexe les autorités catalanes qui ont depuis longtemps imposé le bilinguisme, voire le monolinguisme, dans un pays qui n’avait jamais perdu sa langue, en dépit des pires répressions.

Notes

[1Comme la carte le montre, la langue catalane est celle de la Generalitat de Catalogne, celle de la généralité de Valence et celle des Baléares. La principauté d’Andorre de langue catalane échappe à la souveraineté de Madrid (enclave grise sur la carte)

[2Ne pas confondre avec l’appellation restrictive d’Occitanie, appliquée à une région ; les contours de cette région sont matérialisés sur la carte

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