La Seyne sur Mer

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Rafle du Val d’hiver, et suites

lundi 21 octobre 2019, par René Merle

Une mémoire apaisée ?


« Rafle du Vel’d’Hiv : 77 ans après, d’aucuns parlent de « mémoire apaisée ». « Comptes apurés » par les réparations politiques, judiciaires, matérielles… Gestion de la mémoire par des institutions… Conditions enfin normales de travail pour les historiens…
Il reste que tout ceci n’apaise en rien la mémoire de qui veut avoir de la mémoire.
Il reste que les 16 et 17 juillet 1942, de son propre chef, une administration française, servie par une police française, arrêta 13152 Juifs étrangers, vieillards, adultes, enfants vivant en France, en enferma 8160 au Vélodrome d’Hiver, avant de les livrer à l’extermination nazie.
Il reste que cette haine antisémite épouvantable, mijotée depuis des décennies par une presse d’extrême droite, désormais triomphante, s’assouvit dans cet anéantissement du soi-disant Autre, simplement voué à la mort parce qu’il était désigné comme Autre.
Il reste que des journalistes français « de souche » se félicitèrent que l’on « nettoie » Paris de ces « judéo-bolcheviks », de ces ouvriers, de ces artisans venus de Pologne et d’Europe centrale, qui renouvelèrent les lettres de noblesse de Belleville et Ménilmontant, hauts lieux de la Commune, dans l’épopée de la M.O.I.
Aucune « normalisation de la mémoire » ne peut peser cet indicible aux balances de l’histoire et aux indifférences de l’opinion…
Ce crime infâme se poursuivit en métropole par la traque de tous les Juifs, étrangers et français, et l’on ne dira jamais assez à quel drame ont échappé nos compatriotes d’Afrique du Nord, (alors que le décret Crémieux, leur donnant la nationalité française, venait d’être cassé), si les Alliés n’avaient pas débarqué sur leurs côtes en cette fin 42… Utile rappel à ceux d’entre eux qui aujourd’hui se laissent tenter par les sirènes de la droite extrême…
L’on ne dira non plus jamais assez combien de Français non juifs ont eu le courage d’aider de leur mieux, et souvent de sauver, ceux que traquaient désormais des uniformes français. J’en ai trouvé l’exemple dans ma belle-famille rémoise de Raymonde et Léon Borgniet.
Certes, les bons sentiments refleuriront à chaque commémoration. Et c’est tant mieux.
Il y manquera sans doute l’évocation de ce que furent les brigades spéciales de la police nationale française, chargées d’anéantir les "ennemis intérieurs", et notamment les Juifs. On trouvera facilement sur Internet le rappel de ce qu’il advint d’elles à la Libération, et de la mansuétude dont en définitive fit preuve la justice de la Quatrième République, quand d’autres "ennemis de l’intérieur", qui souvent étaient les mêmes, furent désignés...

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