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À propos de la querelle du voile

mardi 5 novembre 2019, par René Merle

Du voile et du défaussement devant l’islamisme politique

J’écrivais récemment de mes amis retraités, quelque peu acquis à la réforme présidentielle des retraites :
« D’autant, sucre sur les poires, que leur intérêt est opportunément obnubilé par l’hystérique campagne autour du port du voile. J’y reviendrai. »
J’y reviens donc. Mais avec prudence, les discussions que je peux avoir avec des proches et des amis me montrent l’entrelacement des certitudes et des présupposés, chacun campant mordicus sur son point de vue.

Voile ? J’en ai déjà parlé plusieurs fois ces derniers mois (voir le mot clé), et depuis le débat s’est en effet encore plus hystérisé. Il suffit d’aller voir du côté des sites de l’extrême droite « laïque » pour constater la haine diffusée, haine à laquelle veulent répondre, à gauche et à l’extrême gauche, des appels à manifester contre l’islamophobie avec de bien surprenants et pour certains inquiétants partenaires « musulmans » [1].
Peut-on appeler ceci une mobilisation à gauche ? Cf. : Regards, 30 octobre :

On ne me fera pas croire que cette querelle du voile, vieille de trente ans déjà, a ressurgi innocemment ces jours ci comme un champignon né de la dernière averse : « Parlons de l’essentiel, c’est-à-dire du voile, et oublions les retraites et le chômage… »
La tactique du défaussement est vieille comme les pluies, et comme les pouvoirs qui aiment l’utiliser. Depuis deux siècles, on l’a vu, rien n’a valu une bonne guerre pour calmer la protestation sociale et asseoir son pouvoir dans l’unanimisme patriote. Sauf qu’en l’occurrence le conflit est intérieur, et qu’à défaut de guerre étrangère, grâce à nos apprentis sorciers, il peut tout bonnement nous amener au chaos civil, en mobilisant des masses de gens qui jusqu’alors, d’un côté et de l’autre, se contentaient d’intérioriser leurs convictions.

Pour autant, je ne veux pas dire par là qu’il ne faut pas traiter de la question de l’islamisme politique, de ses progrès, du danger qu’il représente pour notre vie commune dans la République. Bien au contraire, car là est l’essentiel !

En fait, l’affaire du voile est doublement l’occasion d’occulter cet essentiel.

Doublement, parce que du côté du pouvoir cette affaire intervient opportunément pour faire oublier les tensions sociales.
La polarisation sur la question du voile permet à notre président de jouer les Ponce Pilate en se réfugiant derrière la loi pour ne pas se confronter à la prise en main (financière et idéologique) de l’islam de France par des puissances étrangères, la cristallisation religieuse des frustrations sociales dans les cités-ghettos, viviers de l’engagement pour le Califat, la progression de la conviction que la loi religieuse doit primer sur la loi républicaine, etc. etc.
Doublement parce que du côté des ennemis de l’islamophobie, on fait un peu trop facilement l’impasse sur le danger de l’islamisme politique.
Les appels à lutter contre l’islamophobie ne pourront pas entraîner une adhésion massive, parce qu’ils ne pointent pas ce qui préoccupe l’opinion, le lien entre l’islamisme politique et Daesh dont personne ne devrait oublier les centaines de victimes des attentats. Dire cela n’est pas être islamophobe, mais tout simplement réaliste. Laissons aux Belles Âmes leurs points de vue tout en nuances et balancements, pour regarder la vérité en face.

Notes

[1Appel.

1 Message

  • À propos de la querelle du voile Le 5 novembre à 14:33, par comte Lanza

    Juste deux remarques (qui valent ce qu’elles valent !) :

    1) Il n’est pas certain que "la question du voile" soit une question exclusivement religieuse et par conséquent, relevant seulement d’une analyse en termes de laïcité. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une
    question culturelle (volonté d’imposition progressive d’ un modèle culturel).

    Pour un fait-divers récent en région parisienne, mettant en cause une automobiliste voilée ( je ne pense pas que la dame en question soit particulièrement une mystique) :

    http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/seine-saint-denis-l-arrestation-d-une-femme-voilee-degenere-un-molosse-abattu-19-10-2019-8176248.php
    L’article vaut moins par le récit que par les commentaires des témoins.

    2) Dans la société française actuelle, on ne peut séparer les problèmes sociaux et "sociétaux".
    Un seul exemple : les personnes qui portent ce que j’appellerai "le voile complet", ne travaillent certainement pas (ni ne recherchent du travail) ; il en résulte divers effets "sociaux" (moindres rentrées des cotisations sociales puisqu’elles ne travaillent pas, recours au minimum non contributif une fois l’âge de la retraite atteint ...).
    Certes, vu le nombre des personnes concernées (actuellement), c’est certainement négligeable comparé à la population globale, mais on pourrait certainement tirer d’autres conséquences sociales de la pratique culturelle dont on parle ici… (ne travaillant pas, il est probable que ces personnes - seules ou dans un couple - sont dans l’obligation d’avoir plus souvent recours aux dispositifs de solidarité que la moyenne de la population etc).

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