Categories

Accueil > Idéologies - Identités > Idéologies du mouvement social sur le long XIXe siècle > 1828 -1847. Néo-Babouvistes et Communistes > Néo-Babouvistes – I -

Néo-Babouvistes – I -

jeudi 7 novembre 2019, par René Merle

Buonarroti vu par Trélat

Cf. : Fin de la Conspiration des Égaux, première initiative « communiste »

Trente et un ans après l’exécution de Gracchus Babeuf, il appartenait à l’ancien conjuré Philippe Buonarroti, à partir des textes du temps et de ses souvenirs, de faire enfin connaître ce qu’avait été la Conjuration des Égaux, pratiquement alors passée aux oubliettes de l’Histoire. C’est ce qu’il fit dans cet ouvrage en deux tomes, nourri de textes d’archives et de souvenirs, Conspiration pour l’égalité dite de Babeuf, suivi du procès auquel elle donna lieu et des pièces justificatives, etc., etc. Par Ph.Buonarroti, Bruxelles, à la Librairie romantique, rue de la Madelaine, n°458, (1928) [1].

Sous l’emblème de l’oiseau de la Liberté, la couverture porte cette inscription latine de Diodore de Sicile :

Eas enim optimas esse leges putandum
est quibus non divites sed honesti
prudentesque homines fiant

Diod. Sic., Lib.2, Cap.5

(soit, traduction libre : Il faut penser en vérité que les meilleures des lois sont celles qui rendent les hommes, non pas riches, mais sages et dignes d’estime)

L’ouvrage est important, tant par son versant "amont", qui fit découvrir à nombre de contemporains un épisode bien oublié de la période révolutionnaire, que par son versant "amont", qui vit la référence à Babeuf et à Buonarroti irriguer des courants révolutionnaires français à l’œuvre sous la Monarchie de Juillet (1830-1848).
On trouvera sur ce site quelques textes du temps et références bibliographiques concernant ces deux versants. Mais il convient d’abord de présenter l’auteur.

Une brochure d’Ulysse Trélat donne une bonne idée de la vision que purent avoir de Buonarroti bien des républicains avancés du temps.

Ulysse Trélat [2], Notice biographique sur Buonarrotti [3], à Épinal, chez A.Cabasse, imprimeur, 21, place de l’Atre, chez Thirion-Jouve, libraire, et chez les principaux libraires du département, 1838, 16 p.

« Philippe Buonarotti, descendant du grand Michel-Ange Buonarotti [4], naquit à Pise, le 11 novembre 1761. Il eût pu aisément obtenir les faveurs des princes, et il ne sut encourir que leur colère. Il n’avait que douze ans lorsque le grand-duc Léopold [Léopold de Toscane]], qui ayant de l’affection pour son père, l’avait décoré du cordon de Saint-Étienne, prit un jour plaisir à faire jouet le jeune Philippe avec un hochet. On dit qu’il avait lui-même reçu les insignes de cet ordre, on s’est trompé : Buonarotti n’a jamais porté aucune décoration. A peine entré dans le vie réelle, il déchire ses lettres de noblesse, et renonça à tous ses privilèges de famille. D’une origine illustre, il eut la vigueur, l’amour du travail, la patience et le courage de l’homme du peuple : il n’a dû sa propre illustration qu’à ses vertus populaires. [5]
Aussitôt que la révolution française éclata, il s’attira, par son ardeur à la saluer de ses vœux et de ses efforts, la disgrâce et le colère du prince qui avait essayé d’éveiller en lui de si bonne heure la convoitise des distinctions extérieures. Obligé de se réfugier en Corse [6], il y publia un journal intitulé : l’Ami de la liberté italienne. [7] En 1792, il sortit de sa retraite [8] et vint à Paris, où l’énergique et sincère expression de son républicanisme le fit bientôt remarquer dans la société des Jacobins. Envoyé en Corse avec des pouvoirs extraordinaires [9], il fit prononcer, à son retour, par la Convention, la réunion de l’île Saint-Pierre, voisine de la Sardaigne, au territoire français. Le comité de salut public l’honora ensuite de plusieurs missions, tant à l’intérieur de la France qu’au-delà des Alpes. Il rendit de grands services dans les États italiens où il avait été délégué comme agent de la république française [10], quand il fut arrêté, à l’époque de la réaction du 9 thermidor (1794) [11], et ramené à Paris. Buonarotti commençait alors la longue carrière de persécutions qu’il a sanctifiée par une si haute raison et par un sacrifice si complet de ce qui attache communément les hommes à la vie. Il resta, cette fois, détenu jusqu’au mois de vendémiaire an IV, dans la prisons du Plessis, où il contracta, avec Babeuf, Germain et un grand nombre de membres des comités révolutionnaires départementaux, des liens qui attirèrent sur lui de si rudes épreuves. Voici comment, dans son livre intitulé : Conspiration de Babeuf, il s’exprime lui-même sur le temps de sa première captivité :
"De ces maisons de douleur, jaillirent les étincelles électriques qui firent pâlir tant de fois la nouvelle tyrannie. Un spectacle aussi touchant que nouveau embellit alors l’intérieur des prisons : ceux qu’y avait plongé l’aristocratie vivaient frugalement dans la plus intime fraternité, s’honoraient de leurs fers et de leur pauvreté, suite de leur dévouement patriotique, se livraient au travail et à l’étude, et ne s’entretenaient que des maux de la patrie et des moyens de les faire cesser. Les chants civiques, dont ils faisaient tous à la fois retentir les airs, rassemblaient, tous les soirs, autour de ces tristes séjours, une foule de citoyens qu’y attirait la curiosité ou l’analogie de leurs sentiments avec ceux des prisonniers".
Le premier emprisonnement de Buonarotti n’ayant fait qu’appeler davantage sur lui la confiance du parti patriote [12] ; encore une fois affranchi pour quelques instants, on le chargea du commandement de la place de Loano [13]. Une dénonciation l’en fit rappeler. Dès-lors, il observa la marche des affaires, la réprouva, et comme un juge austère fait exécuter sans remords la sentence qu’il a consciencieusement prononcée, il ne s’occupa plus qu’à conspirer activement contre le gouvernement qu’il avait condamné dans la probité de son âme [14]. Arrêté avec Babeuf et Darthé [15], il dédaigna comme eux de marchander sa vie en recourant à la dénégation. "Traduit devant la haute cour de Vendôme, lisons-nous dans la Biographie des contemporains, par Rabbe, il se glorifia d’avoir pris part au projet d’insurrection dont on l’accusait, et professa solennellement son dévoûment [sic] à la démocratie pure. Le ministère public, qui le jugeait aussi coupable que le chef même de la conspiration, conclut contre lui à la peine de mort ; mais le jury ne prononça de condamnation capitale que contre Babeuf et Darthé, et frappa de la peine de déportation Germain, Gazin, Moroy, Blondeau, Menessier et Buonarotti." C’est sur le banc même de l’accusation que ce dernier fit à ses deux amis, près de mourir, la promesse de dissiper les calomnies répandues contre eux. Cette promesse, il l’a tenue, après avoir consacré trente-deux ans d’étude à l’examen des immenses questions qu’il allait soulever, tant cette âme honnête craignait de répandre toute erreur qui eût pu la surprendre. Le livre de la Conspiration de Babeuf ne parut qu’en 1828, à Bruxelles.
C’est ici qu’il convient de relever une faute commise par la biographie qui vient d’être citée. On dit que Buonarotti obtint la commutation de sa peine en une simple surveillance qu’il subit jusqu’en 1806 dans une ville des Alpes maritimes [16]. Buonarotti n’a jamais rien demandé, n’a jamais adressé aucune plainte au pouvoir.
On conduisit les condamnés à la déportation dans le fort construit sur l’île Pelée, à l’entrée de la rade de Cherbourg. Ils parcoururent la longue route qui les en séparait, dans des cages grillées, tantôt exposés aux injures et aux menaces, tantôt recevant les plus touchantes marques d’affection et de respect. A Falaise, à Caen et à Valogne, ils coururent d’imminents dangers ; mais ils furent accueillis avec amitié et honorés au Mellereau, à Argentan et à Saint-Lô. Dans cette dernière ville, le maire, à la tête du corps municipal, les félicita, et les embrassa en les appelant nos frères malheureux. "Vous avez défendu, dit-il, les droits du peuple ; tout bon citoyen vous doit amour et reconnaissance." Par arrêté du conseil général, ils furent logés dans la salle de ses séances, où on leur prodigua les soins et les consolations les plus tendres.
Les déportés attendirent long-temps au fort de Cherbourg leur translation à la Guyanne [sic]. Enfin, en l’an VIII, on les conduisit à l’île d’Oléron. C’est de là que Buonarotti, sans avoir été prévenu des causes ni de l’exécution de cette mesure, fut enlevé et soumis à la simple peine de la surveillance dans une ville de l’Est. Peut-être le premier consul s’était-il rappelé qu’il avait quelque temps habité la même chambre et couché dans le même lit que celui dont la noble infortune lui causait un remords trop amer.
Toutefois, l’homme qui avait entendu Bonaparte s’écrier après le 31 mai : "Voilà une belle occasion pour se faire roi de France !" et qui l’avait deviné dès cette époque, ne cachait pas, tout exilé qu’il était, sa pensée sur le futur empereur. "La cause de la liberté, disait-il, est encore une fois condamnée par les aristocrates, qui aiment mieux se gorger d’or, se chamarrer de cordons et ramper sous le sceptre d’un soldat, que de vivre libre et égaux avec le peuple." Il ne put rester en France, et se retira dans le pays de Genève, [17]. Il se réfugia en Belgique [18], et y resta jusqu’à la révolution de juillet. [19]
L’on voit combien il aimait le peuple. Il faisait sur la constitution de l’an III les réflexions suivantes, qui pourraient s’appliquer à beaucoup d’autres [20] :
"Pour imposer silence à toutes les prétentions, et pour fermer à jamais toutes les voies aux innovations favorables au peuple, on lui ravit ou l’on tronque ses droits politiques. Les lois se font sans sa participation, et sans qu’il puisse exercer sur elles aucune espèce de censure. La constitution l’enchaîne à jamais, lui et sa postérité, car il lui est interdit de la changer. Elle déclare bien le peuple souverain ; mais toute délibération du peuple y est déclarée séditieuse. Après avoir parlé confusément de l’égalité des droits, on y ravit les droits de cité à une foule de citoyens, et on réserve exclusivement aux gens aisés celui de nommer aux principales fonctions de l’État. Enfin, pour maintenir à jamais cette malheureuse inégalité, source d’immoralité, d’injustice et d’oppression, les auteurs de cette constitution écartent avec le plus grand soin toute institution tendant à éclairer suffisamment la nation entière, à former une jeunesse républicaine, à diminuer les ravages de l’avarice et de l’ambition, à rectifier l’opinion, à améliorer les mœurs, et à soustraire la masse du peuple à la domination des oisifs et des ambitieux.
Dès qu’on eût placé le bonheur et la force de la société dans les richesses, on fut nécessairement conduit à refuser l’exercice des droits politiques à tous ceux qui n’offrent pas, par leur fortune, une garantie de leur attachement à un pareil ordre, réputé le bien par excellence.
C’est un fait digne d’observation que l’accroissement ou la diminution de l’énergie nationale pour la défense de la révolution, selon que les lois semblaient favoriser l’égalité ou s’en éloigner. C’est la classe laborieuse, si injustement méprisée, qui enfanta tant de prodiges, de dévoûment [sic] et de vertu. Presque tout le reste a constamment entravé la régénération publique."
Écoutez son jugement sur le but que s’était proposé Jean-Jacques.
"Rousseau proclama les droits inséparables de la nature humaine ; il plaida pour tous les hommes sans distinction ; il plaça la prospérité de la société dans le bonheur de chacun de ses membres, et sa force dans l’attachement de tous aux lois. La richesse publique est pour lui dans le travail et dans la modération des citoyens ; la liberté réside dans la puissance du souverain, qui est le peuple entier, et dont chaque élément conserve l’influence nécessaire à la vie du corps social par l’effet de l’impartiale répartition des jouissances et des lumières."
Jugez enfin combien il attachait d’importance à la puissance des mœurs :
"La réforme des mœurs doit précéder la jouissance de la liberté. Avant de conférer au peuple l’exercice de la souveraineté, il faut rendre général l’amour de la vertu, substituer le désintéressement et la modestie à l’avarice, à la vanité et à l’ambition, qui entretiennent entre les citoyens une guerre perpétuelle ; anéantir la contradiction établie par nos institutions entre les besoins et l’amour de l’indépendance, et arracher aux ennemis naturels de l’égalité les moyens de tromper, d’effrayer et de diviser. Renoncer à cette réforme préliminaire, c’est abandonner le pouvoir aux amis de tous les abus, et perdre le moyen d’assurer la félicité publique."
Buonarotti avait 70 ans quand il revint à Paris, en 1830. Les trente-cinq années écoulées depuis qu’il l’avait quitté, bien que dévorées par la prison et par l’exil, avaient été entièrement consacrées à l’étude, sous l’inspiration du plus religieux amour de l’humanité. Il a toujours employé ses jours et une partie de ses nuits au travail, et n’a suspendu ses habitudes laborieuses que lorsque la maladie l’a vaincu, moins de trois semaines avant sa mort. Le seul livre qu’il ait produit, c’est la Conspiration de Babeuf ; mais il a laissé de précieux manuscrits, qui ne seront pas perdus. Au reste, il avait tant de modestie qu’il n’écrivait jamais rien en vue de la publicité. Il n’étudiait et ne s’instruisait que pour verser dans l’âme de ses amis les trésors de son savoir et surtout de son éminente vertu. Ses conseils étaient sans faste et sans vanité comme toute sa vie : c’était un sage qui causait avec le vieillard, avec l’homme fait, avec le jeune homme ou avec l’enfant comme l’ami, le frère le plus intime. Il avait été témoin des époques les plus terribles de notre révolution ; il y avait pris part ; ni son corps ni son âme n’avaient ployé sous près d’un demi-siècle des plus rudes persécutions, et cette âme douée de tant de vigueur, loin de s’être endurcie dans la lutte, avait conservé toute sa douceur et toute sa bonté. Nul n’avait le droit d’être plus sévère que Buonarotti, et nul n’était plus indulgent que lui ; mais indulgent pour les fautes, pour les erreurs réparables ; inflexible pour les vices du cœur, pour les corruptions d’argent, pour les lâches trahisons qui sacrifient les nations au fol orgueil ou à la cupidité de quelques hommes.
La vie de Buonarotti s’est prolongée 77 ans sans qu’on y ait jamais découvert aucune tache. Ceux qui l’ont constamment approché, qui ont le plus vécu dans son intimité, n’ont pu rien trouver dans le passé, rien surprendre au temps présent qui ait troublé cette âme des temps antiques.
Sa plus extrême vieillesse n’a pas été complètement à l’abri des défiances du pouvoir. Le préfet de police (c’était M.Gisquet) fit arrêter un jour et comparaître cet homme vénérable devant ses agents [21], et ne lui rendit la liberté que lorsqu’il eut sous les yeux le décret de la Convention déclarant Philippe Buonarotti citoyen français, en reconnaissance des services qu’il avait rendus à la république. "Monsieur, vous n’êtes pas Français, lui dit en cette circonstance l’employé chargé de l’interroger. - Vous n’étiez pas né que je l’étais, lui répondit avec douceur le descendant de Michel-Ange ; cherchez dans vos cartons le décret du 27 mai 1793."
Sans cette éclatante adoption de la Convention nationale, on eût cruellement repoussé de la France, à l’âge de 74 ans, celui qui l’avait si dignement servie. C’est sous la protection de ce décret de la république qu’il a pu mourir en France.
Mais il y est mort sous un autre nom que le sien. La condamnation de la haute cour de Vendôme avait prononcé contre lui la mort civile, et aucun acte ne le releva de cette condamnation. L’amnistie de 1830, en faveur des condamnés de la restauration, garda prudemment le silence sur toutes les condamnations antérieures. Une fiction légale avait dépossédé de son nom l’homme dont tout pouvoir moral eût du signaler la vie à la reconnaissance publique. Ne trouve-t-on pas qu’il y a là une amère ironie contre notre justice et notre société officielle ? Il était insensible à cette iniquité comme à toutes les autres. Pourvu qu’il fît le bien, peu lui importait qu’il l’accomplît sous le nom de Buonarotti ou sous celui de Raymond. Il plaignait les erreurs des hommes et ne s’en irritait jamais, cherchant toujours dans celles dont il avait à souffrir un motif pour éviter aux autres de pareilles atteintes.
Après avoir rempli d’éminentes fonctions, Buonarotti est toujours resté pauvre : de quoi eussent servi les richesses à ce sage qui n’avait aucun besoin ? Il a vécu, presque jusqu’à ces derniers temps, des leçons de mathématiques et de musique qu’il donnait, et l’on dira plus tard, quand une autre tombe sera fermée, combien il fallut de nobles luttes pour obtenir du vieux professeur, devenu presque aveugle, qu’il cessât enfin, non d’étudier et de travailler chez lui, mais de poursuivre ses occupations au dehors.
Ses amis l’ont vu à ses derniers moments, fort comme il l’avait toujours été, ayant jusqu’à la fin la mémoire, l’intelligence et les sentiments affectueux de sa jeunesse. Plusieurs d’entre eux ont pu l’entendre dire, quelques instants avant d’expirer et avec l’accent d’une piété profonde : "Je vais aller rejoindre bientôt les hommes vertueux qui nous ont donné de si bons exemples !". Et comme un de ses amis lui répondait : "C’est nous qui avons besoin des tiens, et tu nous resteras encore. - Tu me traites avec trop d’indulgence, ajouta-t-il ; parle-moi de ceux dont nous honorons la mémoire."
Quinze cents citoyens ont suivi ses restes : presque tous ont pu voir ce front si élevé, cette tête si belle où s’était conservé le caractère des grandes proportions de Michel-Ange. Buonarotti paraissait dormir : on ne trouvait sur son visage rien du triste aspect de la mort. Chacun disait qu’on n’avait jamais vu de plus beau type ; il y avait de la puissance dans ces froides reliques, et les jeunes gens qui le contemplaient venaient encore y puiser une leçon de vertu.

TRELAT "

Suite : Néo-Babouvistes II

Notes

[1Le "révolutionnaire professionnel" Buonarroti était depuis longtemps réfugié en Belgique

[2Le médecin Ulysse Trélat (1795-1879), ex-soldat de l’Empire, avait milité dans les rangs libéraux sous la Restauration, et dans les rangs républicains au début de la Monarchie de Juillet. Il fut condamné à trois ans de prison en 1835 et libéré par l’amnistie générale de 1837. Il écrivit alors cette biographie de Buonarotti, qui venait de mourir en septembre 1837, et la publia peu après.

[3Les confusions sont fréquentes sur l’orthographe de Buonarroti. Tout au long de sa brochure, Trélat orthographie "Buonarotti"]

[4En fait, d’un frère de l’artiste

[5Dans le très réactionnaire duché de Toscane, son entreprise journalistique et franc-maçonne de diffusion des Lumières le rend indésirable

[6Les liens entre la Corse et la Toscane voisine sont ancestraux

[7Avril 1790, journal publié en italien : L’amico della liberta italiana, il Giornale pattriotico della Corsica, dont il ne subsiste qu’un numéro

[8Il fut chassé de Corse par les Paolistes

[9Commissaire national auprès du tribunal du district de Corte. En remerciement, la Convention lui décernera la nationalité française

[10Il regroupe en Piémont et Ligurie les patriotes jacobins

[11Il est arrêté comme robespierriste, en mars 1795

[12C’est à dire le parti fidèle à la période montagnarde et à la Constitution démocratique de l’an I (juin 1793)

[13Loano, en Ligurie, près de Savone. Bonaparte, commandant de l’armée d’Italie en 1796, avec qui il est lié, lui confie à nouveau cette mission de regroupement des patriotes italiens

[14Il fait parti du Club du Panthéon, qui regroupe ces jacobins "patriotes"

[15mai 1796

[16Sospel

[17Genève, alors dans le département français du Léman] où il vécut modestement de sa profession de compositeur de musique [[Mais depuis Sospel, il conspire avec les "Charbonniers", et bientôt, et pour toute sa vie, avec les Carbonari italiens avec lesquels il est très lié. La floraison d’articles dans la presse italienne à l’occasion du 150° anniversaire de l’Unité italienne n’a pas ignoré le rôle de Buonarrotti. Cf. par exemple dans sa patrie toscane, Mauro Bonciani, « Il Buonarroti rivoluzionario », Corriere Fiorentino, 16 février 2011. Lisible sur le net)]. C’était un point de plus de ressemblance avec J.J.Rousseau, dont il fut le contemporain et le dévoué sectateur. Élevé dans un collège de jésuites, il y avait été tourmenté pour avoir lu Rousseau.
La diplomatie européenne ne le laissa pas en paix, et obtint son expulsion du territoire suisse [[Genève est désormais suisse

[181824

[19Bruxelles était un lieu de refuge pour de nombreux Jacobins

[20La Constitution de l’an III, qui fonda le très bourgeois Directoire, rétablit le suffrage censitaire à deux tours

[211833

1 Message

  • Néo-Babouvistes – I - Le 7 novembre à 10:29

    Bonjour,

    j’ai été intéressé par la notice biographique de Trélat (bien entendu très hagiographique mais c’est la loi du genre).

    Sur l’activité en Corse de Buonarroti ( son poste de "commissaire" d’ailleurs provisoire auprès du tribunal de district de Corte était tout sauf important !) , on peut lire un article de l’historien corse Ange Rovere publié dans une revue italienne de bon niveau qui parait liée à l’ordre chevaleresque de Saint Etienne (qui existe toujours), ce qui est - un peu - amusant car A. Rovere, est communiste, il a même été élu un temps sur une liste communiste au conseil municipal de Bastia si je me trompe pas.
    Cet article est consultable ici
    https://scripteur.typepad.com/files/buonarroti-1.pdf
    La même revue comporte un article (qui n’est pas reproduit in extenso dans le lien ci-dessus, mais en abstract (p 136) sur l’appartenance de Buonarroti à l’ordre de ST Etienne (Trélat s’est trompé sur ce point !) de 1778 à … 1799 (radiation pour ordre, c’est le cas de le dire !) ainsi que d’autres articles sur Buonarroti, non reproduits malheureusement (le site à partir duquel l’extrait de la revue est disponible est un site corse consacré… au roman policier en méditerranée https://scripteur.typepad.com/corsicapolar/2017/09/buonarotti-vs-paoli-de-lenthousiasme-%C3%A0-la-d%C3%A9sillusion-.html ).

    Sur le rôle de Buonarroti au commissariat d’Oneglia, on peut lire (mais le lien n’est pas génial) un article des AHRF de 2017 reproduit sur le site Academia, qui montre que Buonarroti approuva (mais c’était de la simple prudence à l’époque !) le 9 thermidor.
    https://www.academia.edu/33845099/Le_Commissariat_d_Oneille_au-del%C3%A0_de_Buonarroti_1794-1796_in_Annales_historiques_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_n._388_2017_2_pp._75-105

    Enfin, votre appréciation sur le gd duché de Toscane me paraît un peu sévère : "Dans le très réactionnaire duché de Toscane, son entreprise journalistique et franc-maçonne de diffusion des Lumières le rend indésirable".
    Il me semble que l’historiographie dominante considère le gouvernement toscan de la fin du 18ème comme un gouvernement "éclairé", comme en témoigne l’abolition de la peine de mort parle grand-duc (abolition célébrée aujourd’hui par une fête annuelle cf par ex https://www.intoscana.it/it/articolo/festa-della-toscana-in-ricordo-dellabolizione-della-pena-di-morte/

    sur Wikipédia, article Cesare Beccaria : "L’ouvrage de Beccaria sera à la base de la réforme menée par le prince Pierre-Léopold du Code pénal du grand-duché de Toscane, qui deviendra le premier État au monde à abolir totalement la peine de mort et la torture"

    Enfin, une jolie expression : dans Ces sacrés Toscans, Malaparte parle du style mozartien de la politique des grands-ducs de Toscane, ce qui est assez expressif et bien trouvé, à mon sens.
    Evidemment, avec la révolution française, ce style mozartien de réformisme prudent apparut dépassé à des hommes comme Buonarroti.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article