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Algérie 1870-1890, notamment Kabylie

vendredi 15 novembre 2019, par René Merle

Des textes des années 1870-1880

Erckmann – Campagne de Kabylie

Il fut un temps où, au fond de la classe, l’armoire de la bibliothèque proposait aux écoliers du primaire de quoi savoir et de quoi rêver.
Les romans d’Erckmann-Chatrian y tenaient bonne place, et, comme bien des élèves sans doute, j’ai longtemps cru qu’il s’agissait d’un seul et même auteur.
C’est dans les dix dernières années du Second Empire que les deux associés, Erckmann [1822-1899] et Chatrian[1826-1890], connurent consécration avec leurs « romans nationaux » qui faisaient revivre la geste des guerres de la Révolution et de l’Empire, à travers les récits de simples gens, leurs compatriotes vosgiens et alsaciens.
Encore aujourd’hui, je ne peux relire sans émotion Madame Thérèse(1863), ou Histoire d’un conscrit de 1813 (1864), et bien d’autres encore, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.
Passent dans tous ces ouvrages le respect des humbles, la dignité de l’espérance républicaine, pervertie dans la guerre de conquête napoléonienne, le patriotisme spontané devant l’invasion de 1814… On conçoit qu’ils aient contribué à forger dans le peuple français une conscience nationale progressiste pétrie de ces grands et si proches souvenirs.
Et voilà que, Internet ne nous laissant rien ignorer, je découvre
ce qu’Erckmann a écrit sur l’insurrection kabyle de 1871.
En effet, fuyant l’occupation allemande, il avait en 1872 entrepris avec un ami lorrain, Goguel, un long voyage en Égypte (où Goguel avait travaillé à la construction du canal de Suez). Goguel lui évoque son passé militaire : engagé volontaire lors de la guerre franco-prussienne de 1870, il se retrouve dans une unité engagée contre la grande insurrection kabyle de 1871. Erckmann en tire aussitôt matière à une longue nouvelle, Une campagne en Kabylie, qui sera publiée en 1873 et 1876 chez Hetzel. Vous pouvez facilement la lire sur internet.
Il est stupéfiant de voir comment Erckmann, qui de 1848 aux engagements décisifs des années 1875-1877, (en passant par l’Empire où il fut censuré) assuma ses opinions républicaines et démocratiques, relate cet épisode : le bon droit est du côté de l’occupant et non de l’insurgé, les horreurs de la guerre et de la répression sont peut-être regrettables, mais inévitables, et, tout est bien qui finit bien, l’ordre colonial est rétabli… Erckmann n’étant pas un épiphénomène, on peut comprendre à travers cette redoutable schizophrénie, combien l’opinion française « avancée » sera incapable de lier ses aspirations à la République démocratique et sociale à la cause de la libération des peuples colonisés.

Joseph M/ Vilbort, Kabylie

Sous le Second Empire, et aux débuts de la Troisième République, ils furent nombreux (de Daudet... à Marx) à faire le voyage d’Algérie, et à en rendre compte. Pour superficielles que soient ces relations de courts séjours, quelques semaines en général, elles n’en donnent pas moins un bon aperçu de ce que ces voyageurs étaient à même de percevoir de la jeune colonie (conquise à partir de 1830). Témoignages de mentalités françaises donc, tout autant que témoignages sur une Algérie en pleine mutation, après la défaite d’Abd-el-Kader, l’écrasement de l’insurrection kabyle de 1857, le développement urbain "à la française" et la colonisation de peuplement (contrainte pour les déportés politiques, ou les Alsaciens-Lorrains, volontaire pour des vagues d’Italiens, de Maltais, d’Espagnols...)
On trouvera ci-dessous quelques extraits d’un ouvrage qui connut un succès d’estime en 1875 : Joseph M. Vilbort, En Kabylie Voyage d’une Parisienne au Djurjura, Paris, Charpentier, 1875. On peut lire facilement tout le texte sur le net, et on peut également se le procurer dans une réédition récente (Nice, Gandini, 2005).
Joseph Vilbort, né à Bruxelles en 1829, installé en France depuis 1855, tenait sous L’Empire dans le journal Le Siècle (républicain modéré) tribune de politique internationale. Il relate ici le voyage de trois semaines qu’il accomplit en Algérie, en compagnie de son épouse Marie et d’un compagnon au fait de la réalité locale.
Bien que publié en 1875, le livre traite d’un voyage effectué en 1870, à la veille de la grande insurrection kabyle, et de sa terrible répression, épisode fondamental et incontournable dont il n’est pourtant pratiquement pas question dans ses pages.
L’ouvrage n’a pas peu contribué à répandre l’idée d’une originalité absolue de l’entité kabyle, et de nourrir bien des considérations sur la démocratie de base d’un peuple sans État. En voici quelques passages.
Les explications entre crochets sont de Vilbort.

"Cependant à peine eûmes-nous dépassé un coude de la route que la révolte de nos estomacs s’apaisa devant le tableau pittoresque qui régala nos yeux. Au pied du mamelon des Issers, dans une plaine baignée de lumière, des milliers de Kabyles étaient rassemblés pour le Souk-el-Djemâa, le marché du vendredi. A côté des hommes, debout ou accroupis, isolés ou réunis par groupes, il y avait des chevaux, des boeufs, des vaches, des chèvres, des moutons et une quantité considérable de mulets qui avaient apporté tous les produits de l’industrie indigène dans leurs tellis, sacs à double poche en laine, en poils de chèvre ou de chameau, qui recouvrent le bât. Dans cette masse de visages cuivrés et de burnous d’un blanc sale, à leurs larges chapeaux de feutre, à leurs vêtements sombres et à leurs ceintures de flanelle rouge, on distinguait quelques Roumis. C’est le nom que les Kabyles donnent aux Européens de toute provenance ; mais dans leur bouche, ce n’est pas comme dans celle des Arabes une expression méprisante. L’intolérance religieuse de ceux-ci n’a point pénétré chez ceux-là avec le Koran. Pour l’Arabe, le Koran est à la fois toute la religion, toute la morale, toute la politique : il est la loi divine et humaine.
En Kabylie, au contraire, en dehors du code musulman appuyé sur le dogme de la fatalité, il existe une constitution politique et civile, susceptible de perfectionnement comme en France, et que le prestige de Mahomet n’a jamais pu dominer. Dans leurs prises d’armes, l’orgueil national, le fanatisme de l’indépendance bien plus que le fanatisme religieux, soulevaient contre nous ces montagnards aux épaules vierges. Ne parlez pas à l’Arabe nomade d’indépendance et de patrie ; pour lui ces mots n’ont aucun sens. Pendant trois cents ans, il a, victime résignée, tendu son cou au yatagan du turc. [...] Dans toutes ses révoltes contre la domination française, ce n’est pas l’étranger qu’il (le Kabyle) combat, mais le chrétien que ses marabouts et ses derviches lui enseignent à haïr et à égorger. Cette différence essentielle entre les deux races conquises, si importante par ses conséquences, est aussi, comme l’hostilité innée et réciproque des Kabyles et des Arabes, un des traits de moeurs qui devaient le plus vivement nous frapper. Aux yeux des Kabyles, les Roumis sont les descendants des Romains, qui ainsi que nous passèrent la mer pour aborder à la côte africaine. Et si beaucoup d’entre eux nous détestent encore, c’est parce que nous sommes des envahisseurs, et non pas parce que nous sommes des chrétiens.
[...]
— La prison ! répondit Bel-Kassem [1] avec un air de souverain mépris, la prison ! Il n’y en a pas une seule dans toutes nos montagnes. La liberté est un besoin plus impérieux que la faim ou la soif. L’idée d’emprisonner un homme ne nous est jamais venue ; ceux qui se seraient avisés de cela auraient été traités de fous par tous les autres. Le Kabyle préfère la mort à la perte de la liberté.
Le philosophe rayonnait :
— Qu’on me vante, dit-il, la civilisation du dix-neuvième siècle ! Qu’on me cite notre code pénal comme une merveille !
— Mais les Kabyles ne sont-ils pas jugés au criminel, comme les autres indigènes et les Français de la colonie, par les cours d’assises ou les conseils de guerre d’Alger, de Constantine et d’Oran ?
— Oui, mais ce qui est crime en France ne l’est pas toujours en Kabylie, et réciproquement : le commandant supérieur décide, dans chaque cas qui arrive à sa connaissance, s’il faut ou non poursuivre le coupable devant la justice française. Pour tout le reste, nous appliquons nos kanouns et n’avons d’autres juges que nous-mêmes. C’est la djemâa [Assemblée de village] qui prononce les peines et applique les amendes. Chaque dachera ou thadderth [Village] a la sienne, formée par tous les hommes en état de porter les armes. En politique, elle délibère souverainement et décide de la paix et de la guerre, ainsi que des alliances ou sofs— à former. En justice, elle juge sans appel en appliquant les lois, elle en fait de nouvelles ou modifie les anciennes. En matière de finances, elle fixe par tête l’impôt que nous payons aux Français, quinze, dix, cinq francs ou rien, suivant les fortunes. Elle dispose des fonds de la djamâa [Trésor public, caisse municipale] où sont versés les amendes, les dons volontaires et les taxes prélevées sur les naissances, les mariages, les divorces et les successions. Elle décrète les travaux d’utilité générale et gère tous les intérêts de la commune. Enfin, elle tâche d’écarter les différends qui surgissent entre les familles ou les partis du village. Pour me servir d’une comparaison, chacun de nos villages est une république gouvernée par la djemâa, ou assemblée des hommes en état de porter un fusil.
— Voilà, ajouta le Philosophe, ce qu’il faut appeler un peuple souverain.
— Je pensais, dis-je, que le gouvernement, c’était l’amin.
— Oh ! non, Monsieur, l’amin est l’agent de la djemâa chargé d’exécuter ses décisions : mais il n’est pas le maître du village. Il est élu par le suffrage universel, ordinairement pour un an ; il est rééligible ou peut même, si tout le monde est satisfait de lui, continuer pendant un temps indéterminé ses fonctions où l’assistent les dhamen, représentants élus des kharouba ou familles. L’amin et les dhamen composent une sorte de conseil municipal ; mais c’est l’assemblée de tous les hommes portant le fusil qui fait les affaires de la commune.
Chaque kharouba comprend tous les membres d’une famille ; elle forme dans le village un groupe distinct, très-souvent un parti qui a ses sofs amis ou ennemis. De là les querelles qui éclatent, surtout pour l’élection de l’amin, chacun tenant à faire élire un membre de sa kharouba, puis les luttes qui ensanglantent le village, car si la djemâa ne parvient pas à mettre d’accord ses sofs hostiles, ils courent aux armes et se fusillent entre eux.
Voici, en cette matière, la législation des Kabyles : « Quand la division s’est mise dans le thadderth et que les troubles ont commencé, aucune fraction n’a le droit de nommer un amin dans son sein. Quand les troubles commencent, et qu’on est sur le point d’en venir aux mains, les gens de bien s’interposent. Celui qui, pendant ce temps, commet un vol quelconque, ou tire un coup de fusil, ou entre dans la maison d’un individu d’un sof ennemi, est passible d’une amende de 250 francs. S’il a tué quelqu’un, il doit être tué à son tour. Dès lors, il y a guerre ouverte, et chacun se prépare à la lutte".
— Mais s’il se rencontrait parmi vous, Bel Kassem, des ambitieux qui voulussent s’emparer du pouvoir et imposer leur volonté aux autres.
— Cela ne s’est jamais vu, et toute tentative de ce genre serait vaine. Quiconque voudrait faire la loi à la djemâa se verrait aussitôt abandonné par tous ses partisans, par sa propre kharouba.

[...]

Au fond de la place Randon [Il s’agit de Fort National, créé après l’insurrection de 1857], appuyé contre une colline, se dresse un double escalier de pierre. Nous le montons pour nous rendre chez le colonel qui commande le fort. La garnison ordinaire est de trois mille hommes ; mais ici, comme à Tizi-Ouzou, l’effectif a été réduit dans une proportion telle que, si elle n’est pas le fait d’une confiance aveugle, imprévoyante et téméraire, elle semble condamner absolument l’emploi de tout moyen violent contre la Kabylie. Huit cents baïonnettes opposées à soixante-quinze mille fusils ! Le Sud s’est soulevé, la révolte arabe s’est propagée depuis la frontière du Maroc jusqu’aux portes d’Aumale, jusqu’aux confins kabyles : et pas un coup de fusil n’a été tiré sur le Djurjura [Ceci a été écrit avant la révolte des Kabyles en 1870.] ! Les guerriers montagnards les plus intrépides et les derniers soumis seraient-ils donc devenus tout à coup, par miracle, des hommes pusillanimes ? Est-ce vraisemblable ? Non, aussi intelligents que braves, ils ont compris déjà que dans le commerce des Français ils ont peu à perdre et beaucoup à gagner. Mais alors était-il bien nécessaire de les réduire par la violence ? et la sanglante campagne de 1857 est-elle justifiée ? Là-dessus entre nous, grande controverse. Le Philosophe soutient que toute guerre est en soi immorale et condamnable, par la seule raison qu’elle force les hommes à s’entr’égorger ; qu’elle le devient doublement si elle s’attaque à l’indépendance d’un peuple, et qu’en cette matière-là, pas plus qu’en aucune autre, le but ne saurait justifier les moyens.
— Ainsi, dis-je, il fallait respecter ces bons pirates d’Alger qui venaient exercer leur honnête métier de meurtre et de pillage jusque dans les eaux de Marseille et de Gênes ?
— Je veux bien, me répondit-il, vous concéder le droit de détruire les brigands, comme les lions et les panthères : ceci constitue le cas de légitime défense, mais je n’irai pas plus loin.
M. Jules cherchait à se former une opinion dans les yeux de madame Elvire.
— Ami, dit-elle, en prenant le bras de son mari, tu ne seras jamais qu’un rêveur, affolé de la plus insaisissable de toutes les chimères : l’absolu. Et c’est par là surtout que tu m’as plu. Sois juste cependant, et avoue que, sans la campagne de 1857, les Kabyles ne posséderaient pas cette belle route, par où la civilisation et la richesse vont pénétrer dans leur pays.
— Eh ! qu’importe ? l’éclat des plus puissants empires du monde vaut-il la pauvreté républicaine [2] ?
— Chut ! fis-je, nous sommes ici en France."

Kohn-Abrest, paroles de colons

Le journaliste du grand journal républicain radical Le Rappel, Frédéric Kohn-Abrest, avait fait partie en septembre-octobre 1879 de l’excursion, la "caravane" parlementaire, en Algérie. Il en résultera un fort ouvrage bien illustré, publié le 1er janvier 1884 : F.Kohn-Abrest, En Algérie. Trois mois de vacances, Paris, Delagrave, 1884.

L’auteur embarque à Marseille sur le paquebot des Messageries maritimes, le Mœris. De nombreux militaires font le voyage.

"L’élément civil algérien était également représenté parmi les passagers. On pouvait juger par la vivacité des discussions à quel point les habitants de la belle colonie sont passionnés pour leurs intérêts, pour l’avenir du pays, et avec quel entrain et quelle intensité la vie publique se développe en Afrique. Il est rare que des colons habitant différentes provinces et se rencontrant devant des étrangers formant galerie, ne se livrent pas à une joute oratoire sur une des questions brûlantes qui ont le don d’échauffer toutes les têtes et de faire naître des torrents d’éloquence et d’encre. Car l’Algérien (c’est ainsi que l’on désigne l’Européen ou fils d’Européen établi en Algérie) a un faible pour les grands discours, il pense que la liberté de la presse n’a pas été créée pour les chacals et les chiens-loups. Nulle part on ne fait autant de politique et avec autant de brio. Pour le moment, nos colons du Mœris discutaient ou plutôt disputaient sur le traitement auquel il fallait soumettre les Arabes, et surtout les Kabyles des tribus nomades, qui ne voudraient pas renoncer à leurs habitudes de vol invétérées.
Un colon de la ville d’Alger, un notaire, était autant que possible pour la légalité et pour les règles de droit commun. Certes, il ne demandait pas le royaume arabe, il n’aurait pas voulu non plus céder « ça » de plus en dehors des concessions trop nombreuses déjà accordées aux indigènes ; mais enfin, aux yeux du notaire, la logique avait des droits imprescriptibles.
Il était difficile et même choquant de revendiquer en France les principes d’égalité, de liberté et de fraternité, d’avoir toujours les droits de l’homme à la bouche et de refuser tout droit et tout traitement équitable à des gens qui, en définitive, étaient chez eux. Que l’on applique durement la loi, dura lex, mais enfin que ce soit la loi et non l’arbitraire.
Un colon de Constantine, lui, se refusait complètement à entrer dans ces vues. Les principes de 89 et les droits de l’homme, c’était bon à invoquer de l’autre côté de la Méditerranée, quand on avait affaire à des gens intelligents et civilisés, comprenant les obligations qui leur étaient imposées en échange de leurs droits, mais non à des sauvages qui n’avaient pas accepté la domination française et peut-être ne l’accepteraient jamais ; dont les principes politiques se résumaient en ceci : voler et piller le plus possible.
« Eh bien, s’il y a des voleurs, fit l’Algérien, qu’on les mette en prison. »
Le Constantinois haussa les épaules : « En prison ! Avec cela que l’Arabe et le Bédouin ne s’en moquent pas ! Être enfermés avec leurs amis et camarades, ne pas travailler et manger, mais cela leur convient admirablement. Non, la seule peine efficace pour ces gens-là, c’est de les expédier à Nouméa. [3] Ah ! alors cela changerait. Être transportés à trois ou quatre mille lieues de chez eux sans espoir de retour, et avec cela astreints au travail, les bons Arbis craignent un semblable régime comme la perte.
— Mais, objecta l’Algérien, on ne peut cependant pas envoyer un homme à la Nouvelle Calédonie pour le vol de quelques moutons ou d’un bœuf.
— La première fois non, mais à la moindre récidive, embarquez-moi ça pour la « Nouvelle », c’est le seul moyen de dormir tranquille… Ah ! si, il y aurait bien encore la responsabilité collective des douars.
Il s’agit de s’en prendre, en cas de vol ou de meurtre, à toute la tribu (ou douar), dont le criminel pourrait faire partie. De cette manière une réunion de familles arabes pourrait payer pour le délit commis par un étranger ou même un Européen ; car il en est parmi les immigrants qui sont aussi dépourvus de scrupules que les indigènes es plus rapaces ? On n’est pas bien d’accord si cette responsabilité collective des douars doit avoir pour sanction une simple amende ou l’emprisonnent d’otages retenus jusqu’à ce que le véritable coupable soit découvert ; les discussions théoriques sur l’une et l’autre alternative peuvent d’ailleurs se donner librement carrière, le gouvernement n’étant guère disposé à entrer dans la voie que des colons trop zélés voudraient lui prêter. Il se contente d’augmenter considérablement la gendarmerie locale, composée en bonne partie d’indigènes, qui jusqu’à ce jour était réellement insuffisante ; il étudie encore s’il n’y aurait pas lieu de créer un corps de milice chargé de réprimer les vols et et de rechercher plus activement les criminels. Quant à la différence de vue entre le colon d’Alger et celui de Constantine, elle s’explique aisément. Dans la province d’Alger, Européens et indigènes font bon ménage ; la domination française est acceptée, du moins en apparence, et des transactions commerciales nombreuses, lucratives pour les deux parties, contribuent à augmenter encore l’aménité de ces rapports.
Il n’en est pas de même dans la province de Constantine, où l’élément indigène est représenté surtout par des Kabyles et des Arabes nomades venant du désert, et prêts à s’y replonger après avoir exécuté quelques mauvais coups. Pour les Européens établis dans la province de Constantine, la plupart agriculteurs, obligés de défricher le sol, condamnés à un dur labeur, la vie est moins facile que pour ceux d’Alger, et ils défendent avec plus d’âpreté ce qu’ils ont."

Paul Bourde et l’Algérie

Nous avons rencontré Paul Bourde en 1871, au lendemain de la Commune. Cf. "Paul Bourde, un regard à chaud sur la Commune", Catégorie "Communes de 1870-1871". Nous le retrouvons huit ans plus tard, alors qu’il accompagne pour le journal Le Temps une visite en Algérie de parlementaires.

Paul Bourde, À travers l’Algérie. Souvenir de l’excursion parlementaire (septembre-octobre 1879), Paris, Charpentier, 1880.

"Qu’en coûterait-il aux Kabyles pour avoir dès à présent un pain mieux fait, des charrues meilleures, des maisons plus propres ? [4] Rien que d’apprendre et de savoir, et croit-on qu’ils ne seraient pas reconnaissants à ceux qui leur apprendraient ? Qui donc se fera l’apôtre de la Kabylie ? Enseigner aux Français ce qu’ils gagneraient à rapprocher d’eux les indigènes, enseigner aux indigènes ce qu’ils gagneraient à se rapprocher des Français, réconcilier les deux races, faire entrer les vaincus dans la grande famille des vainqueurs, oh ! je voudrais qu’un homme éloquent se consacrât à cette glorieuse mission ! Serait-il possible d’employer plus noblement sa vie ? Où est cet homme ? Qu’il parle. Je sens, je sais qu’il se fera écouter parmi nous.
Encore un arabophile, diront certains Algériens [5] pour qui arabophile veut dire hostile aux colons. Non pas, mais un Français qui aime autant que personne ses compatriotes de l’autre côté de la Méditerranée. Je ne suis pas partisan du royaume arabe [6], je ne demande pas qu’on laisse les indigènes à leur barbarie ; au contraire, je demande qu’on les en arrache et malgré eux, au besoin, en usant de notre autorité de vainqueurs, s’il le faut. De même que l’État revendique le droit de diriger l’éducation de la jeunesse, je voudrais qu’il s’arrogeât celui de former l’esprit de ces autres enfants. Il faut qu’on prenne une série de mesures dans le but précis de préparer les indigènes à l’assimilation, c’est-à-dire à recevoir un jour le titre de citoyens français. Notre honneur et notre intérêt nous le commandent à la fois.
Notre honneur. La France s’est toujours glorifiée de marcher à la tête de la civilisation. Ce serait un scandale et une honte si elle considérait comme éternel l’état d’ilotisme où ces deux millions et demi d’individus sont réduits aujourd’hui. Quand nos troupes ont débarqué sur la côte d’Afrique, nous invoquions, pour légitimer la conquête, la nécessité de mettre fin à la barbarie qui y régnait. Eh bien, la barbarie y règne toujours. Seulement, ce n’est plus le drapeau turc qui l’abrite c’est le drapeau français. Pour moi, je me sentirais profondément humilié dans mon amour-propre national, s’il était entendu qu’il en sera toujours ainsi.
Notre intérêt. Tout fait prévoir que les indigènes garderont une supériorité numérique sur les colons pendant longtemps encore, pendant plus d’un siècle peut-être. Il s’agit donc de savoir si les colons auront pour voisins des fanatiques ignorants ou des gens civilisés, des amis ou des ennemis. Tant que les indigènes seront séparés d’eux par la langue, par les mœurs, par les traditions et les rancunes que leur isolement conserverait indéfiniment, la grande question de l’insécurité sera insoluble, parce que le vol au détriment des vainqueurs sera toujours méritoire chez des vaincus. Si l’on persévère dans le système adopté depuis la conquête, c’est l’insécurité à perpétuité la menace permanente de nouvelles révoltes, l’Algérie restant éternellement un camp. Si l’on se décide à tenter sérieusement et vigoureusement l’assimilation, c’est l’espoir de voir les haine de races disparaître, et la France compter un jour deux millions de sujets de plus [7]. L’Algérie présente deux problèmes étroitement liés, et l’un ne saurait être tenu pour résolu tant que l’autres ne le sera point. La colonisation européenne sera toujours menacée, précaire, tant que l’assimilation des indigènes ne sera point faite."
Bourde dénonce un peu plus loin l’attitude de certains colons, qui, par des humiliations et brutalités imbéciles et gratuites (dont il a été témoin), entretiennent l’antipathie des "indigènes" à l’égard de la France.

Maupassant à Alger

En consultant la collection du journal parisien (et quelque peu mondain) Le Gaulois, je lis, à la date du 17 juillet 1881, cet article de Maupassant [1850], dont le point de vue sur la colonisation tranche sur les éloges habituellement déversés par les lettrés voyageurs.

" Alger, 11 juillet.
Voir l’Afrique était un de mes vieux rêves ; et je voulais la voir, cette terre du soleil et du sable, en plein été, sous la pesante chaleur, dans l’éblouissement furieux de la lumière.
Tout le monde connaît la magnifique pièce de vers du grand poète Leconte de Lisle :
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine
Tombe, en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ;
La terre est assoupie en sa robe de feu
.
C’est le Midi du désert, le Midi épandu sur la mer de sable immobile et illimitée qui m’a fait quitter les bords fleuris de la Seine, chantés par Mme Deshoulières, et les bains frais du matin, et l’ombre verte des bois, pour traverser les solitudes brûlantes du Sahara.
En ce moment, une autre cause donnait encore, pour moi, à l’Algérie un attrait nouveau. Les populations musulmanes tentaient, disait-on, un dernier effort contre nous. On racontait que l’insurrection était partout, que les anciens habitants fanatisés se soulevaient d’un bout à l’autre du pays, et c’était une occasion peut-être unique de voir cette lutte d’une religion, si puissante qu’elle fait des forcenés de tous ses adeptes, contre la civilisation envahissante.
Beaucoup d’autres questions se lèvent et se heurtent en Algérie ; et, chacun à Paris, comme ici d’ailleurs, me semble les trancher avec une hardiesse tranquille doublée d’une suffisance admirable. Les bêtises, énormes à première vue, débitées par les phraseurs avocats attitrés de notre colonie ; le point de vue étroit, patriotique si l’on veut, mais odieusement inhumain où ils se placent, donnent un désir ardent de tenter de comprendre quelque chose à cette situation unique au monde des populations algériennes.
Après les beautés de nature que présente ce pays, à côté de l’intérêt descriptif et platoniquement artistique, apparaît la question des races, des mœurs, des tempéraments humains.
Flaubert disait quelquefois :
— On peut se figurer le désert avant de l’avoir vu ; mais ce qu’on ne s’imagine point, c’est la tête d’un barbier arabe ou turc accroupi devant sa porte.
Ici, je crois, personne ne cherche à savoir ce qui se passe dans cette tête de l’Arabe ou du Kabyle qui regarde passer l’Européen vainqueur.
Donc, en traversant l’Algérie, province par province, je m’efforcerai de saisir, si c’est possible, la situation exacte où se trouvent le colon et l’indigène. Je ferai cela sans partie pris pour l’un et pour l’autre, sans tendresse pour l’Arabe et sans enthousiasme pour le sabre français.
Ce qui frappe d’abord, quand on cause avec les habitants d’Alger, c’est leur ignorance invraisemblable sur tout ce qui touche à leur pays. En ce moment, par exemple, toute l’attention se porte vers Géryville, Saïda et autres lieux que fréquente en ses promenades inattendues le vagabond Bou-Amena [8]. Eh bien ! si l’on demande aux citoyens d’Alger les plus enragés à indiquer la solution nécessaire de toutes les difficultés pendantes, quelques détails précis sur cette contrée, ils ne savent rien, mais rien de rien.
Les immenses distances à parcourir d’un point à un autre sont une des causes de cette ignorance. Les renseignements fournis par les intéressés, soldats ou colons, peuvent être nécessairement suspects, et c’est là-dessus pourtant que sont échafaudés les raisonnements. Ici, à part la troupe, personne ne voyage. Un habitant d’Alger ne connaît pas plus Oran qu’un Parisien connaît Carpentras. Quant à Saïda, les officiers seuls peuvent en parler avec quelque certitude.
Tant de descriptions d’Alger ont été faites que je n’en tenterai point une nouvelle. Rien n’est joli comme cette ville. C’est un rêve. De la pleine mer, elle apparaît comme une tache blanche qui grandit. On approche, la ville s’étend, devient distincte. Une immense terrasse longe le port, avec des arcades élégantes. Au-dessus s’élèvent de grands hôtels européens et le quartier français ; au-dessus encore s’échelonne la ville arabe, amoncellement de petites maisons blanches, bizarres, enchevêtrées les unes dans les autres, séparées par des rues qui ressemblent à des souterrains clairs. L’étage supérieur est soutenu par des suites de bâtons peints en blanc ; les toits se touchent. Il y a des descentes brusques en des trous habités, des escaliers mystérieux vers des demeures qui semblent des terriers pleins de grouillantes familles arabes. Une femme passe, grave et voilée, et chevilles nues, des chevilles peu troublantes, noires des poussières accumulées sur les sueurs.
De la pointe de la jetée, le coup d’œil sur la ville est un ravissement. On regarde extasié cette cascade éclatante de maisons dégringolant les unes sur les autres du haut de la montagne jusqu’à la mer. On dirait une écume de torrent, une écume d’une blancheur folle, et de place en place, comme un tourbillonnement plus gros, une mosquée éclatante luit sous le soleil.
Partout grouille une population stupéfiante, une sorte de résidu de la crapulerie humaine.
Des gueux innombrables, vêtus d’une simple chemise ou de deux tapis cousus en forme de chasuble, ou d’un vieux sac percé de trous pour la tête et les bras, toujours mi-jambes et nu-pieds vont viennent, s’injurient, se battent, vermineux, loqueteux, barbouillés de fange et puant la bête.
Tartarin disait qu’ils sentent le TEUR (Turc) et on sent le TEUR partout, ici. Puis il y a tout un monde de mioches à la peau noire, métis de Kabyles, d’Arabes, de nègres et de blancs, fourmilière de cireurs de bottes, harcelants comme des mouches, cabriolants et hardis, qui vous injurient en arabe et vous poursuivent en français de leur éternel « Ciré mosieu ». Ils vous tutoient et on les tutoie. Tout le monde ici d’ailleurs se dit « tu ». Le cocher qu’on arrête dans la rue vous demande : « Où je mènerai-toi ». Je signale cet usage aux cochers parisiens, qui sont dépassés en familiarité.
Alger semble l’exutoire de l’Afrique en fait de races indigènes, et l’exutoire de l’Europe en fait de races dites civilisées. Le désert y envoie sa vermine, la France y rejette tout ce qui est vieux, le monde y crache ses aventuriers.
C’est le pays du casier judiciaire, le royaume des apparences plus ou moins sauvées, la patrie des tares mal dissimulées. Et vraiment, sans le connaître, je plains l’Arabe, l’Arabe des provinces, que gouvernent ces gens.
Dès qu’on débarque, une large enseigne vous tire l’œil : « Skating-Rink algérien ! » [9] et dès les premiers pas on est saisi, gêné par la sensation du progrès mal appliqué à ce pays, de la civilisation brutale, gauche, peu adaptée aux mœurs, au climat et aux gens. C’est nous qui avons l’air barbare au milieu de ces barbares, brutes il est vrai, mais qui sont chez eux et auxquels les siècles ont appris des coutumes dont nous semblons ne pas encore avoir compris le sens. Napoléon III a dit un mot peut-être soufflé par un ministre : « Ce qu’il faut à l’Algérie, ce n’est pas des conquérants, mais des initiateurs. » - Nous sommes restés des conquérants brutaux, maladroits, infatués de nos idées toutes faites. Nos mœurs imposées, nos maisons parisiennes, nos usages choquent sous ce ciel comme des fautes grossières d’art, de sagesse et de compréhension. Tout ce que nous faisons semble un contre-sens, un défi à ce pays, non pas tant à ses habitants qu’à la terre elle-même.
J’ai vu le soir même de mon arrivée un bal en plein air à Mustapha. C’était la fête de Neuilly, telle qu’elle m’apparut la semaine dernière. Des boutiques, des quadrilles mabiliens [10], la femme-silure [11], et des calicots [12] dansant avec des demoiselles de magasin ; tandis que derrière le bal, dans la plaine immense et sablonneuse, des centaine d’Arabes couchés sous la lune, immobiles en leurs loques blanches, écoutaient les refrains des chahuts [13] sautés par les Européens.
Demain, je quitte Alger et je pars pour Saïda (les Bou Ahmana). Ce chef vient de nouveau de passer le Schot et semble se diriger vers Daya, qu’il se propose de razzier sans doute. Les officiers signalent sa marche jour par jour ; quant à l’atteindre, c’est autre chose. Eux-mêmes semblent le juger imprenable. Il accomplit des courses fantastiques avec ses cavaliers, infatigables, qui mangent peut-être tous les deux jours, tandis que nos pauvres soldats, éreintés par le soleil, surchargés de matériel, assoiffés sans cesse, réclament des liqueurs fortes pour les soutenir, ce qui les achève, et tombent de fatigue à la première étape.
Un bataillon de zouaves doit partir demain pour Géryville. Je le suivrai, si c’est possible.
Guy de MAUPASSANT."

kabyles et marseillaise

Les Kabyles et La Marseillaise

François Charvériat, Huit jours en Kabylie. A travers la Kabylie et les questions kabyles, Paris, Plon-Nourrit, 1889.

François Charvériat, fraîchement arrivé de France et professeur de droit à Alger, avait rédigé cet ouvrage intéressant en 1887-1888, après plusieurs randonnées en Kabylie. Il y relate une de ces excursions.
Il meurt à 34 ans en 1889. L’Avertissement de l’éditeur à cette publication posthume explique l’intérêt du jeune professeur pour la Kabylie :

« Il comprit bientôt qu’un peuple dont toute la vie a pour base la religion mahométane ne pouvait devenir français qu’en devenant chrétien ». Cette conversion des Arabes d’Algérie sera grandement facilitée par la conversion initiale des Kabyles. En effet « les habitants de ce pays n’ont ni la même origine, ni la même langue, ni tout à fait la même religion que les Arabes, car bien qu’ils aient adopté l’islamisme, qui leur a été imposé par la conquête, ils ne le pratiquent pas comme les Arabes et, pour leur organisation civile et poitique, ils suivent plutôt leurs anciennes coutumes que les règles du Coran. C’est donc par les Kabyles que la France doit commencer la conquête morale de l’Algérie ».

On ne trouvera pas chez ce métropolitain à peine acclimaté le moindre doute sur le droit qu’a eu la France de coloniser. Il écrit par exemple :

« La fondation de Fort-National date de l’année 1857, pendant laquelle le maréchal Randon soumit définitivement toute la région. Jusqu’alors, la Kabylie était toujours demeurée indépendante. La France a l’honneur d’avoir conquis un pays où l’étranger, Turc, Arabe, et même Romain n’avait jamais pu s’établir. »

Il n’a aucun état d’âme devant les expropriations :
« Les confiscations de terrains ont, en effet, permis de créer près de vingt villages français »

On ne trouvera pas non plus sous sa plume la moindre réserve dans l’approbation de la répression qui a suivi l’insurrection kabyle de 1871 :

« Ces mesures militaires ont jusqu’à présent dissuadé les indigènes de renouveler l’expérience de 1871. Le souvenir du châtiment exemplaire qui leur fut alors infligé contribue au surplus, à les maintenir dans le calme. »
Les Kabyles d’ailleurs respectent la force, même cruelle, affirme Charvériat.

Rien dans tout cela qui puisse étonner de la part d’un républicain français bon teint, fermement persuadé de la mission civilisatrice de sa patrie.

Il est particulièrement intéressant de voir comment il présente un épisode peu relaté, mais majeur, de l’insurrection de 1871, où apparaît ce chant de La Marseillaise—, qui venait seulement d’être proclamé hymne national en France en 1879, et qui, en 1871, était encore un chant séditieux.
Cet épisode n’est relaté qu’au détour d’un incident assez désagréable survenu avant Tamazirt, où, à la différence des autres villages traversés, des gamins demandent l’aumône.

« Notre voiture est assaillie par une bande d’enfants, plus pouilleux les uns que les autres. A peine vêtus, qui d’une chemise en loque, qui d’un fragment de burnous, qui d’une simple chechia, ils nous accompagnent en criant à tue-tête : « sourdi, missieu, sourdi, donar sourdi ». Trouvant que les "sourdi" (les sous) n’arrivent pas assez vite, ils se mettent à chanter, en battant la mesure à tour de bras : « Une, deux, une, deux… le drapeau de la France qui s’avance, qui s’avance, le drapeau de la France… Sourdi, missieu, sourdi, donar sourdi… qui s’avance, le drapeau de la France…une, deux, sourdi, sourdi… » C’est une chanson apprise par quelques-uns à l’école, et enseignée par eux à tout ce jeune peuple qui l’arrange à son usage. La civilisation pénètre ainsi chez les Kabyles, à la façon dont l’éducation se répandrait parmi les merles d’une contrée où auraient été lâchés deux ou trois de ces oiseaux auxquels on aura seriné un air ».

Et Charvériat d’ajouter en note, dans la plus complète incompréhension du sens de cet épisode particulièrement émouvant, où le colonisé retourne contre le colonisateur les paroles que nous connaissons tous :

« Il est probable qu’à la prochaine insurrection les Kabyles chanteront "le Drapeau de la France", comme en 1871, lorsqu’ils assiégeaient les Français dans Fort-National, ils chantaient "La Marseillaise". (Beauvois, "En colonne dans la grande Kabylie") »

Notes

[1Un Kabyle qui leur présente son pays

[2en 1870, la France est encore un Empire

[3La déportation au bagne de Nouméa fut le sort de nombreux Kabyles après l’insurrection de 1871

[4Bourde vient d’évoquer sa campagne natale de l’Ain où en une génération les agriculteurs sont passés d’un état comparable à l’arriération kabyle, à la modernité

[5Le mot a à l’époque le sens d’Européens d’Algérie

[6Projeté par Napoléon III

[7Il s’agit là de l’ensemble de la population « indigène » et non des seuls Kabyles

[8Chef de tribu orthographié plus bas Bou Ahmana ; vagabond à cause du nomadisme de ses guerriers. Cf. infra

[9Patinoire

[10Le Mabile, célèbre bal parisien

[11numéro de fête foraine : toucher la main de cette femme donne une secousse électrique, comme celle du silure

[12Commis de boutiques en lingerie féminines

[13Nom d’une danse

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